Ecrits Sur Les Cimaises
Philippe Guiguet Bologne
Bientôt disponible à GALLERY KENT
Étudiant en théorie de l’art à Paris III et Paris I, où il fut doctorant, Philippe Guiguet Bologne réfléchit et écrit sur l’art contemporain au Maroc depuis maintenant trente-et-un an. Il vit depuis ce temps à Tanger, choix qui lui a permis de dresser le bilan desannées fondatrices de l’art moderne, puis de rencontrer et de sympathiser avec des figures aussi fortes que Khalil El Ghrib, Mohamed Melehi, Mohamed Chebaa, Farid Belkahia ou Fouad Bellamine, tout en accompagnant l’émergence de la postmodernité marocaine et de se passionner pour l’art contemporain plus récent. Auteur de nombreux textes de catalogues et d’articles de presse, il fallut attendre cette dernière décade pour que la rencontre avec Aziza Laraki et Gallery Kent confère un tour plus systématique et approfondi à cette double passion de l’art et de l’écriture, ainsi qu’une réflexion plus pérenne, conduisant à la possibilité de constituer ce recueil. Écrits sur les cimaises n’est en rien une leçon sur l’histoire de l’art, moins encore un réquisitoire, mais plutôt le partage d’une expérience, celle de connaître depuis tant d’années et de l’intérieur l’art du Maroc. À l’heure où les jeunes diplômés des écoles des Beaux-Arts confèrent un ton plus mondialisé au panorama culturel chérifien, à l’heure où ouvrent de nombreux musées et que les galeries et les fondations commencent à proliférer, il n’était pas vain de se pencher sur ce nouveau monde avec une expérience et un regard de plus d’un quart de siècle.
Trompe-l’œil. Les carnets de Mohamed Benyaïch.
Gallery Kent, Tanger, 2025 140 pages couleur, 15 Euros, 80 dh 21x13,5 cm Dépôt légal : 2025MO4586 ISBN 978-9920-438-36-0
Résumé
Après avoir édité la première monographie consacrée à Abdelkrim Ouazzani, Gallery Kent poursuit son œuvre de valorisation des artistes de la région de Tanger et du Nord du Maroc, en publiant un petit beau-livre sur les superbes carnets de travail du peintre tétouanais Mohamed Benlyaïch, qui longtemps s’est illustré sous le pseudonyme de Freaky. Trublion de la scène artistique septentrionale, héritier de la pensée expressionniste de son proche ami Mohamed Drissi, Mohamed Benlyaïch tient depuis le début de sa carrière des carnets, dans lesquels il rapporte ce dont il devra se souvenir dans son travail, il expérimente de nouvelles formes et de nouvelles idées, il écrit, il réfléchit, il laisse libre cours à son imagination. Ce sont de petits trésors, absolument superbes, qui s’inscrivent directement dans la tradition dont Eugène Delacroix, avec ses fameux Carnets de voyage, s’est fait le chantre. Le livre est un objet à part entière, qui donne la part belle au dessin de Benlyaïch, accompagné d’un texte écrit pour l’occasion par Philippe Guiguet Bologne, qui s’interroge sur ce qu’est un carnet, pourquoi l’expressionnisme a-t-il une place aussi forte dans les cultures contemporaines nord-africaines, et surtout qu’est-ce qui fait toute la singularité de l’œuvre de son ami peintre. L’ouvrage est tiré à cent-cinquante exemplaires numérotés et signés par l’artiste, plus soixante exemplaires réservés aux auteurs.
Néanmoins, se différenciant catégoriquement de son inspirateur, c’est avec sincérité et authenticité que Mohamed Benyaïch abordant la scène expressionniste, invente tout un art inédit du trompe-l’œil, qui équivaudrait à une réelle ingéniosité à tromper l’esprit. Avec une grande indépendance de conscience, le peintre a fait siens les codes du mouvement nord-européen né des prémices de la Première Guerre mondiale – le trait appuyé, le symbolisme littéraliste, l’onirisme outré, la satire sociale omniprésente… -, laissant ainsi saisir qu’il n’a en rien occulté tout le mal-être qui s’opère autour de lui – les horreurs perpétrées à médias ouverts au tournant du troisième millénaire, le profond doute écologiste par lequel s’exprime la fragilité du vivant et de notre espèce, la crise morale traversée par le modèle libéral qui se féliciterait d’une universalité assignable à tous les peuples… -, utilisant cependant ces codes esthétiques pour figurer des personnages qui, eux, ne subissent ni n’expriment aucune violence, aucun outrage, aucune torture. Où les hommes et les femmes de Mohamed Drissi étaient soumis aux flammes de l’enfer social, fracassés par la morale et l’oppression, mis à nu par un monde qui ne voulait pas de leur conscience ni de leur liberté, les personnages de Mohamed Benyaïch vivent pleinement leurs vies. Ils sont ce qu’ils sont et s’assument tels qu’ils sont. Ils pousseraient leur plénitude, si provocatrice, jusqu’à s’aimer, entre eux et eux-mêmes. C’est bien là la différence majeure entre tout l’expressionnisme et ce trompe-l’œil proposé par l’œuvre de Mohamed Benyaïch : là où l’expressionnisme ne s’aimait pas, criait son dégoût de soi, d’appartenir à un monde haïssable et de ne pouvoir agir autrement qu’en s’y montrant un paria, un hors-la-loi, un freak, Mohamed Benyaïch prend ses distances avec l’horreur qui l’entoure. Mieux : il en rit, de ce rire démoniaque et libérateur qui émancipe jusqu’à effrayer et offusquer toutes les expressions du pouvoir. L’artiste jubile à laisser son monde être tel qu’il va et veut être.
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Trompe-l’œil, d’un tirage limité et signé par l’artiste, est disponible en exclusivité à Tanger, à Gallery Kent.
Philippe Guiguet Bologne
Écrits sur les cimaises Gallery Kent, Slaïki, Tanger, 2024 162 pages, 5 Euros, 80 dh 11x18 cm Dépôt légal : 2024MO1656 ISBN 978-9920-531-30-6
Résumé
quatrième de couverture
Étudiant en théorie de l’art à Paris III et Paris I, où il fut doctorant, Philippe Guiguet Bologne réfléchit et écrit sur l’art contemporain au Maroc depuis maintenant trente-et-un an. Il vit depuis ce temps à Tanger, choix qui lui a permis de dresser le bilan des années fondatrices de l’art moderne, puis de rencontrer et de sympathiser avec des figures aussi fortes que Khalil El Ghrib, Mohamed Melehi, Mohamed Chebaa, Farid Belkahia ou Fouad Bellamine, tout en accompagnant l’émergence de la postmodernité marocaine et de se passionner pour l’art contemporain plus récent. Auteur de nombreux textes de catalogues et d’articles de presse, il fallut attendre cette dernière décade pour que la rencontre avec Aziza Laraki et Gallery Kent confère un tour plus systématique et approfondi à cette double passion de l’art et de l’écriture, ainsi qu’une réflexion plus pérenne, conduisant à la possibilité de constituer ce recueil. Écrits sur les cimaises n’est en rien une leçon sur l’histoire de l’art, moins encore un réquisitoire, mais plutôt le partage d’une expérience, celle de connaître depuis tant d’années et de l’intérieur l’art du Maroc. À l’heure où les jeunes diplômés des écoles des Beaux-Arts confèrent un ton plus mondialisé au panorama culturel chérifien, à l’heure où ouvrent de nombreux musées et que les galeries et les fondations commencent à proliférer, il n’était pas vain de se pencher sur ce nouveau monde avec une expérience et un regard de plus d’un quart de siècle.
La modernité avait aussi ce projet, une utopie il va sans dire, de ne rien cacher tant de la structure de l’objet créé, quel qu’il soit, que du process, du procédé qui aura permis de l’imaginer et de le fabriquer : les fameuses Acanthes peintes par Henri Matisse dans le Parc Brooks de Tanger, comme toute la série des Nymphéas de Claude Monet inaugurent cette démarche dans l’art de la peinture. Abdelkrim Ouazzani aboutit le dispositif, le pousse dans ces retranchements et ses limites, et ne donne plus à voir que ce qui devrait demeurer invisible : la structure et le contour. À vouloir tout montrer, on parvient rapidement à ne plus révéler, manifester plutôt, que ce que l’on ne peut plus dire, puisque c’est ce qui reste quand tout est vu, comme on annonce que tout est dit. Ce qui demeure : la structure à fleur de la représentation, jusqu’à ce que la représentation ne soit plus que structure. Mais, plus important, bien plus remarquable et que l’on oublie ou que l’on occulte systématiquement : jusqu’à ce que la représentation ne soit aussi plus que l’espace entre les choses, l’air qui circule entre les éléments de la structure, la lumière qui traverse cela, et la relation entre le vide et le matériau qui le définit : une dimension qui finalement relève de l’indicible de la poésie et du sacré.
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Écrits sur les cimaises est disponible à Gallery Kent, les Insolites à Tanger et toutes les librairies au Maroc.
Abdelkrim Ouazzani
(collectif avec Philippe Guiguet Bologne, Moulim El Aroussi, Abdelkrim Chiguer et Charafdine Majdouline) Gallery Kent, Tanger, 2023 194 pages en couleurs, 50 Euros, 500 dh 23×28 cm Dépôt légal : 2021MO2752 ISBN 978-9920-9265-1-5
Résumé
Abdelkrim Ouazzani, qui est aujourd’hui l’une des figures les plus importantes et les plus appréciées de la scène marocaine de l’art contemporain, a importé la Figuration libre – et ses affranchissements.
– au Maroc dans les années 80, a formé plusieurs générations d’artistes de premier plan en dirigeant
– avec un succès célébré par tous – l’Institut national des Beaux-Arts de Tétouan pendant une vingtaine d’années, école dont le rayonnement actuel lui est entièrement redevable ; il a suscité et permis le débat dans les milieux culturels marocains post-hassaniens, et il a participé, malgré lui presque, à la création d’un véritable marché de l’art national qui a aidé à rationnaliser l’échange des œuvres avec les collectionneurs, les institutions et les investisseurs. Aucune monographie relatant ce parcours d’exception ne lui était pourtant consacrée jusque-là. Gallery Kent a donc décidé de palier ce manque et publie ce beau-livre sur la vie et l’œuvre de la figure septentrionale de la seconde génération des plasticiens historiques du Royaume : cent quatre-vingts-quatorze pages de propos à bâton rompu, de couleurs façon Ouazzani, de témoignages, d’archives et de sourire. Un grand livre pour un grand artiste. Avec la participation du philosophe et écrivain Moulin El Aroussi (Le jeu et le voyage, en tant que réflexion sur le devenir humain), de l’enseignant-chercheur Abdelkrim Chiguer (Fragments d’avenir), du poète Philippe Guiguet Bologne (Abdelkrim Ouazzani en toute liberté) et de Charafdine Majdouline.
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Abdelkrim Ouazzani est disponible dans toutes les librairies du Maroc, à Gallery Kent et sur livremoi.ma
« – Vous croyez donc au caractère chamanique de l’activité de l’artiste ? L’inspiration passerait par vous sans que vous décidiez totalement de ce que vous faites…
– L’artiste ne sait faire que de l’art. Il compose avec ses mains et ses yeux, et sans doute avec un autre élément difficilement explicable, mais qui serait, je crois, l’amour pour l’art lui-même. Il en va dans l’art comme dans la religion. Quand je travaille, j’ai aussi le même comportement avec mon
œuvre que celui que je peux manifester avec un autre être humain : face à moi se trouve un support avec lequel je dois communiquer, qu’il s’agisse de la toile ou de l’idée elle-même. Il faut qu’il y ait communication. Je croise parfois certains objets qui me donnent le sentiment de m’interpeler pour me
demander de faire quelque chose avec eux : quand je me ballade dans une ferraille, une roue peut m’attirer et c’est à partir de cette rencontre que naîtra l’œuvre.
– Vous laisseriez donc une place au hasard ?
– Non, jamais, il ne s’agit vraiment pas du hasard. Je choisis tout. Même quand je prends une photographie, je ne fais que des choix, de cadre et de lumière : le hasard peut s’y exprimer s’il s’y passe quelque chose inattendu, voire d’improbable : ça existe, je ne le nie pas. Mais dans l’art, en général, il n’entre que très peu de hasard. En revanche, une œuvre peut donner un sentiment de ce qu’est le hasard, et ce sentiment-là, sa fragilité, un côté ténu et inattendu, saura lui conférer une certaine beauté. Quand Daniel Spoerri prenait des bouteilles et les collait sur une table, il piégeait le hasard en faisant ses capsules de temps. C’est parfaitement intéressant : le mouvement des Nouveaux réalistes a beaucoup apporté à l’art et en a complètement changé notre conception. Le hasard est là, il faut vivre avec lui, mais il ne faut pas qu’il prenne le dessus. Par exemple, les monotypes entièrement conçus sur le mode du hasard ne sont en rien de l’art à mes yeux. La gravure le serait un peu plus, car l’artiste y décide encore de ce qui sera vu.
Un peintre qui projette sa peinture sur la toile compte sur le hasard, mais c’est très loin de mon univers ; certains artistes mélangent de l’eau, de l’huile de lin et des pigments pour produire une sorte de papier à la cuve : c’est absolument à l’opposé de ma démarche. Pour moi, toutes ces techniques et ces gestes, n’ont plus aucun intérêt sortis de la période expérimentale des années 30 aux années 60. En plus, dans mon travail, je me dois de raconter quelque chose…
– Votre art est donc très narratif ?
– Bien sûr, tout ce que je fais est narratif ! (…) »
