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👁 Pourquoi Ebola frappe la RDC plus que tout autre pays ?
AFRIQUE
6 min de lecture
Pourquoi Ebola frappe la RDC plus que tout autre pays ?La RD Congo a connu plus d'épidémies d'Ebola que n'importe quel autre pays au monde. La géographie, l'insécurité, les infrastructures faibles créent les conditions idéales pour que cette maladie mortelle revienne encore et encore.
Des agents de la Croix-Rouge désinfectent l'hÎpital de Rwampara, avant de manipuler le corps d'une personne décédée d'Ebola. / Reuters

Pourquoi Ebola revient-il en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo plus souvent que partout ailleurs dans le monde ? Les scientifiques estiment que la rĂ©ponse se situe Ă  l’intersection de la gĂ©ographie, des conflits, de systĂšmes de santĂ© fragiles et d’un virus en constante Ă©volution.

La RDC a connu 17 flambĂ©es d’Ebola — plus que tout autre pays. Chaque rĂ©surgence met Ă  nu la mĂȘme vĂ©ritĂ© douloureuse : Ebola n’est pas seulement une crise mĂ©dicale en RDC.

C’est une crise façonnĂ©e par l’écologie, l’insĂ©curitĂ©, les infrastructures et les inĂ©galitĂ©s.

La géographie du danger

À la diffĂ©rence de nombreux pays oĂč Ebola apparaĂźt de façon sporadique, la RDC se trouve en premiĂšre ligne de l’existence Ă©cologique du virus.

Selon le Dr Nicksy Gumede-Moeletsi, conseillĂšre rĂ©gionale de l’OMS pour l’Afrique et virologiste, la gĂ©ographie de la RDC la place directement dans l’habitat naturel d’Ebola.

« La RDC reste l’épicentre des flambĂ©es d’Ebola, en grande partie parce qu’elle se situe dans la niche Ă©cologique naturelle du virus, oĂč les transmissions zoonotiques depuis des rĂ©servoirs sauvages comme les chauves‑souris se produisent plus frĂ©quemment », explique-t-elle Ă  TRT Afrika.

Dans de vastes rĂ©gions forestiĂšres oĂč les humains vivent Ă  proximitĂ© de la faune, les Ă©vĂ©nements de transmission sont beaucoup plus probables.

La chasse, la consommation de viande de brousse, la dĂ©forestation et les interactions quotidiennes entre humains et animaux augmentent toutes l’exposition aux animaux infectĂ©s portant le virus.

Le virus aime le chaos

Mais la gĂ©ographie seule n’explique pas pourquoi les flambĂ©es prennent une telle ampleur.

De nombreux foyers d’Ebola en RDC se situent dans des zones minĂ©es par des conflits armĂ©s et une insĂ©curitĂ© chronique. Les agents de santĂ© travaillent souvent sous la menace, tandis que des communautĂ©s entiĂšres sont dĂ©placĂ©es par la violence. Les consĂ©quences pour le contrĂŽle des flambĂ©es sont dĂ©vastatrices.

« Les conflits et l’insĂ©curitĂ© compliquent fortement les efforts de riposte contre Ebola en restreignant l’accĂšs aux communautĂ©s touchĂ©es, en mettant en danger les soignants, ainsi qu’en perturbant ce qui a Ă©tĂ© lancĂ© en matiĂšre d’activitĂ©s de surveillance », dĂ©clare Gumede‑Moeletsi.

Dans les zones de conflit, mĂȘme les stratĂ©gies de base telles que recherche des contacts, tests, isolement, campagnes de vaccination et sensibilisation communautaire, deviennent extraordinairement difficiles.

Les déplacements de population accélÚrent en outre la transmission, alors que des familles fuient des régions instables et peuvent potentiellement transporter le virus dans de nouvelles communautés.

Le problĂšme des infrastructures

L’immense superficie de la RDC et ses infrastructures limitĂ©es aggravent encore la difficultĂ©.

« L’un des plus grands dĂ©fis du pays est son manque d’infrastructures, car l’épicentre de la flambĂ©e actuelle est une zone difficile d’accĂšs », observe Gumede‑Moeletsi.

Des villages reculĂ©s reliĂ©s par des routes en mauvais Ă©tat, des tĂ©lĂ©communications limitĂ©es et des systĂšmes de transport faibles peuvent retarder l’arrivĂ©e des Ă©quipes mĂ©dicales et des fournitures de plusieurs jours voire de plusieurs semaines.

Dans les flambĂ©es d’Ebola, de tels retards peuvent ĂȘtre mortels.

Les urgences sanitaires exigent de la rapidité. Mais dans de nombreuses régions de la RDC, la riposte rapide demeure structurellement difficile.

Un systÚme de santé fragile

Les flambées récurrentes mettent également en lumiÚre la fragilité des systÚmes de santé dans les régions affectées.

« Des mesures inadĂ©quates de prĂ©vention et de contrĂŽle des infections ont tendance Ă  augmenter la probabilitĂ© d’une transmission non dĂ©tectĂ©e », explique la virologiste.

Sans systÚmes de surveillance solides, les flambées se propagent souvent silencieusement avant que les autorités puissent les identifier et les contenir.

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« Ainsi, ces lacunes seules permettent aux flambĂ©es de croĂźtre avant mĂȘme qu’elles ne soient reconnues ou efficacement gĂ©rĂ©es. »

Les travailleurs de la santĂ© eux‑mĂȘmes sont frĂ©quemment parmi les plus vulnĂ©rables.

L’insuffisance d’équipements de protection, des cliniques surchargĂ©es et une formation limitĂ©e peuvent transformer des Ă©tablissements de santĂ© en foyers de transmission plutĂŽt qu’en centres de confinement.

Comment l’Afrique de l’Ouest a brisĂ© le cycle

Les flambĂ©es rĂ©currentes en RDC contrastent avec l’Afrique de l’Ouest, qui a subi une Ă©pidĂ©mie catastrophique d’Ebola entre 2014 et 2016 mais a en grande partie Ă©vitĂ© depuis des reprises Ă  grande Ă©chelle.

L’épidĂ©mie a dĂ©vastĂ© la GuinĂ©e, le LibĂ©ria et la Sierra Leone ; la Sierra Leone enregistrant le plus grand nombre de cas et le LibĂ©ria le plus grand nombre de dĂ©cĂšs.

Plus de 11 000 personnes ont perdu la vie dans la rĂ©gion pendant cette Ă©pidĂ©mie, ce qui en fait la plus meurtriĂšre de l’histoire d’Ebola.

« L’Afrique de l’Ouest a en grande partie Ă©vitĂ© des reprises Ă  grande Ă©chelle grĂące Ă  une coordination rĂ©gionale renforcĂ©e, Ă  l’amĂ©lioration des systĂšmes de surveillance et Ă  des investissements durables dans la prĂ©paration », indique Gumede‑Moeletsi.

La rĂ©gion a tirĂ© des leçons sĂ©vĂšres de l’épidĂ©mie, et les gouvernements ont renforcĂ© la coordination transfrontaliĂšre, investi dans la prĂ©paration, amĂ©liorĂ© la surveillance des maladies et formĂ© des Ă©quipes d’intervention rapide.

« L’Afrique de l’Ouest a dĂ©montrĂ© que l’investissement dans la surveillance et les rĂ©seaux, la formation des agents de santĂ© et le maintien d’une capacitĂ© de rĂ©ponse rapide peut rĂ©duire significativement l’impact des flambĂ©es. »

Mais Gumede‑Moeletsi met en garde : les solutions ne peuvent pas simplement ĂȘtre copiĂ©es et collĂ©es en RDC, en raison du contexte unique du pays, en particulier dans les zones affectĂ©es par le conflit.

Un virus en mutation

La flambĂ©e actuelle ajoute une complication : la souche impliquĂ©e n’a pas de vaccin approuvĂ©.

« Pour ce type de souche d’Ebola (Bundibugyo), malheureusement, il n’existe pas de vaccin », prĂ©cise Gumede‑Moeletsi.

Alors que des vaccins existent pour la souche Zaire d’Ebola, de nouvelles souches et variantes continuent d’émerger au fur et Ă  mesure que le virus mute.

À mesure que le virus change gĂ©nĂ©tiquement, les vaccins plus anciens peuvent devenir moins efficaces.

« Malheureusement, c’est ainsi que le virus survit », estime la virologiste.

Cette course aux remĂšdes Ă©volutive est l’une des raisons pour lesquelles Ebola reste une menace persistante.

L’engagement communautaire

MalgrĂ© les progrĂšs scientifiques, l’un des outils les plus puissants contre Ebola demeure l’engagement des communautĂ©s.

Les personnes vivant dans les zones touchées sont invitées à éviter tout contact direct avec des individus symptomatiques, à se faire tester rapidement et à coopérer avec les autorités sanitaires.

Gumede‑Moeletsi souligne que l’engagement communautaire est crucial, en notant que la mĂ©fiance, la dĂ©sinformation et la peur ont sapĂ© des rĂ©ponses antĂ©rieures Ă  Ebola en RDC.

Sans confiance du public, mĂȘme les meilleures interventions mĂ©dicales peuvent Ă©chouer.

Au‑delĂ  de la rĂ©ponse d’urgence

La crise d’Ebola en RDC rĂ©vĂšle une rĂ©alitĂ© plus large sur la sĂ©curitĂ© sanitaire mondiale : les flambĂ©es prospĂšrent lĂ  oĂč les systĂšmes sont les plus faibles.

Ebola continue de frapper la RDC non pas parce que le pays manque d’expĂ©rience face Ă  la maladie, mais parce que les conditions qui permettent la transmission (exposition Ă©cologique, insĂ©curitĂ©, pauvretĂ©, infrastructures faibles et systĂšmes de santĂ© fragiles) restent profondĂ©ment ancrĂ©es.

Tant que ces vulnĂ©rabilitĂ©s structurelles ne seront pas traitĂ©es, le pays risque de continuer Ă  livrer la mĂȘme bataille meurtriĂšre, encore et encore.

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