Brasil 70, le troisième sacre : le souvenir abîmé sur Netflix
Cette minisérie de fiction raconte la conquête de la Coupe du monde de football par la Seleçao du roi Pelé. Sans la magie de l’époque.
Passer la publicité Passer la publicitéPelé, Jairzinho, Gerson, Tostao, Rivelino, Carlos Alberto… Tandis que se profile la 22e édition de la Coupe du monde, dont treize matchs auront lieu au Mexique dont cinq au stade Azteca de Mexico, certains noms reviennent forcément en mémoire chez ceux qui aiment le beau football. Les moins jeunes n’oublieront jamais la magie de l’équipe du Brésil, championne du monde pour la troisième fois de son histoire en 1970, après une finale de légende remportée face à l’Italie (4-1)… sur la pelouse de l’Azteca, devant près de 110 000 spectateurs. Des joueurs dribbleurs et virevoltants, un match au scénario parfait et des moments de grâce. L’image emblématique du roi Pelé, hilare avec le poing levé en célébrant le premier but dans les bras de « l’ouragan » Jairzinho (avec son n° 7 dans le dos), a fait le tour du monde et continue d’être célébrée aujourd’hui sur les réseaux sociaux. Une émotion imprimée chez les plus de 50 ans grâce à la première retransmission en couleur à la télévision de la finale de Coupe du monde 1970…
Images de synthèse
Surfant sur la vague du souvenir, Netflix sort aujourd’hui sur sa plateforme en France une création titrée Brasil 70, le troisième sacre, invitant à « revivre ces grands moments » et à « plonger dans les coulisses de la légende de l’une des équipes les plus iconiques de tous les temps », promettait la présentation. Un challenge de haut niveau pour cette minisérie de fiction réalisée par Paulo Morelli, metteur en scène, scénariste et producteur brésilien présent lors du Festival Séries Mania à Lille l’an dernier. On le sait, les fictions ou docu-fictions appuyées sur le football sont souvent jugés décevants par les passionnés : trop peu réalistes ou surjoués par les acteurs, pauvres en montée d’adrénaline sur les terrains, pâles reproductions de la passion populaire en tribune… Celle-ci n’échappe pas à la règle. La simple lecture de la bande-annonce donne le ton.
Passer la publicitéAu manque de saveurs habituelles s’ajoutent des choix discutables. Le plus étonnant est celui d’utiliser des images de synthèse pour recréer les actions des matchs de la Seleçao. Difficile de se contenter de vues créées par ordinateur, dont on reconnaît qu’elles ont été générées à partir de données numériques traitées par intelligence artificielle. Les actions ressemblent à des séquences déjà vues lors de l’utilisation de consoles de jeux. Si l’on conçoit que cela peut être légitime pour toucher des générations qui n’ont pas connu les images télévisées originales, les dingues de PlayStation resteront eux aussi sur leur faim en raison de la médiocrité du rendu. Au point qu’on leur conseille de faire l’effort de regarder le documentaire Le Monde à leurs pieds, produit par la Fifa avec des vraies images d’archives du Mondial 1970. Ou même le documentaire titré Pelé, sorti sur Netflix en 2021, composé lui aussi d’interviews et d’extraits de l’époque. Est-ce une lecture générationnelle qui conduit à ne pas vouloir se tourner vers ce Brasil 70, le troisième sacre ? Sûrement. Il reste toutefois que l’incarnation à l’écran du génial sélectionneur Mario Zagallo reste bien loin de l’original et abîme, elle aussi, les images authentiques du passé.
