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⇱ Magique ou surcoté : faut-il toujours aller dans le désert d’Agafay, aux portes de Marrakech ?


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Des touristes chevauchent des dromadaires dans le désert d’Agafay, situé à seulement 30 minutes de voiture de Marrakech. Mark - stock.adobe.com

Magique ou surcoté : faut-il toujours aller dans le désert d’Agafay, aux portes de Marrakech ?

C’est l’excursion la plus demandée au départ de Marrakech et pourtant elle divise. Désirable comme le promet Instagram ou passée de mode comme l’affirment les nostalgiques de la première heure ? Réponse dans les méandres de cet ersatz de désert où de belles adresses continuent de séduire les voyageurs.

Par Anne-Claire Delorme

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La sentence est nette. « Le désert d’Agafay ? C’est devenu n’importe quoi, c’est fini !», lance ce responsable d’une grande agence mondiale de voyages de luxe croisé à Marrakech. Allons bon, et ces photos glamour de Madonna posant en princesse des 1001 nuits sur fond de fantasia, de tente caïdale et de palmiers ? Les images de la reine de la pop festoyant dans le désert d’Agafay pour le réveillon du Nouvel an ont fait le tour de la planète, plaçant une nouvelle fois ce spot sous les feux des projecteurs, pour le meilleur…et pour le pire.

Tête de liste des demandes d’excursions et de compléments de séjour à la ville rouge, cette étendue minérale de 400 km² aux ondulations dorées singeant les dunes de sable, semble victime de son succès. Du goudron tout neuf, des poteaux électriques, un escalier de ciment bariolé menant à un camp et son restaurant perché …En venant de Marrakech, ville la plus touristique du Maroc, par la route de M’hamid, on s’interroge sur le sens du mot « désert » en observant la longue succession de cabanes flanquées de rangées de quads, buggys et de dromadaires de toutes les tailles.

Oasis abandonnée

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« Si tu n’es pas allé à Agafay tu n’es pas allé à Marrakech », résume Frédéric Alaime, pionnier d’une « autre époque » qu’il évoque sans pour autant verser dans la nostalgie. C’était en 2002, quand ce grand voyageur décidait de redonner vie à une oasis abandonnée découverte lors d’une randonnée à cheval. Longtemps, La Pause conçue dans l’esprit des voyages nomades, avec 14 lodges et 10 tentes sans électricité, est resté le seul hébergement de ce paradis terrestre où l’on ne croisait que moutons, renards et rares touristes.

Mais si l’on se sent toujours hors du temps dans cette oliveraie encaissée au bord d’un canyon, le monde a changé au-delà des collines qui en préservent la quiétude. Depuis quelques années, les camps ont fleuri tels les champs d’orge après les pluies de l’hiver : on en compterait une quarantaine sur environ 70 structures recensées, hébergements, restaurants, prestataires d’activités (dont seulement 17 classés).

Piscines XL, équipements dignes d’hôtels urbains, défilés de quads et buggys pétaradants ou pulsations electro les nuits de fête… « Le nombre de camps s’est multiplié au mépris de l’environnement, s’agissant des ressources en eau mais aussi des rejets d’eaux usées », s’émeut Samuel Roure, président de MGH Association (Moroccan Guest Houses). « Parallèlement, des activités se sont développées, souvent de manière informelle, ce qui est problématique en termes d’encadrement et d’assurances».

La montgolfière de Ciel d’Afrique dans le camp de Scarabeo, dans le désert d’Agafay, l’une des ultiples «expériences» que l’on peut y vivre. Eric Martin

Glamping et gastronomie

Un développement si peu maîtrisé que le désert d’Agafay « nous pose problème » reconnaît le responsable d’une agence française spécialiste des voyages sur mesure haut de gamme. « D’un côté il y a une demande très forte de nos clients, de l’autre il incarne à peu près tout ce que nous n’aimons pas. Nous adoptons donc un discours de vérité et au final, les clients sont le plus souvent agréablement surpris ». Car la magie n’a pas déserté Agafay. Tout dépend de la façon dont on vit l’expérience, loin des excursions au rabais proposées ici et là.

« L’avantage du désert d’Agafay est d’être à 30 minutes de Marrakech et l’inconvénient est… d’être à 30 minutes de Marrakech ! » rappelle Vincent Jaquet qui a créé Inara camp, l’un des tout premiers, dans un esprit glamping et gastronome. «Nous conseillons à nos clients d’éviter de venir par leurs propres moyens. Nous les faisons passer par des paysages sublimes, ils en prennent plein les yeux, et quand ils arrivent ils sont subjugués ».

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On le serait à moins devant le panorama sur les douces ondulations de collines ocre sur fond d’Atlas que l’on n’a pas trop des deux nuits recommandées pour apprécier. « Ce ne sont pas les dunes de sable du Sahara mais cela reste une très belle expérience de vivre une nuit sous les étoiles dans cette immensité».

Zones préservées

Une immensité qu’il faut aussi protéger : la grande affaire des camps est de louer suffisamment d’hectares pour préserver espace et tranquillité, ou de faire un pas de côté quand ils sont menacés. Après avoir ouvert un deuxième camp, Les Roches Noires, perché sur un piton rocheux avec vue panoramique, Vincent T’Sas, le fondateur de Scarabeo prévoit d’en installer un troisième dans une zone encore préservée.

Une démarche qui est aussi celle de nouveaux acteurs, à l’image d’Olivier Houziaux, ancien directeur technique du Royal Mansour Marrakech qui vient tout juste d’inaugurer l’écolodge Nomad’s Land, un projet familial. « Quand nous avons commencé à réfléchir à notre projet en 2020, nous cherchions un lieu atypique mais nous ne voulions surtout pas d’Agafay » s’amuse-t-il dans l’ambiance feutrée du lounge entre fauteuils tendus de cuir, murs couleur tabac et meubles anciens chinés.

Etude de restructuration

Jusqu’au déclic lorsqu’il arrive par hasard dans ce paysage de schiste noir en lisière du désert, encore vierge de toute implantation. Un lieu hors cadre pour un projet atypique : 15 « cabanes » et lodges (dont sept déjà ouverts) confortables construits à l’ancienne en pisé, avec poêle à bois et éclairage à la bougie, suffisamment espacés pour pouvoir déconnecter face à un paysage où la nature règne sans partage.

« Le désert d’Agafay est un milieu naturel exceptionnel qu’il faut protéger», rappelle Samuel Roure. « Il est urgent que la wilaya (préfecture, NDLR) se penche là-dessus ». Message semble-t-il entendu : une étude de restructuration visant à organiser et harmoniser le développement du site a été lancée par les autorités. L’objectif ? « Assurer un développement cohérent, structuré et durable, capable de consolider la place du désert d’Agafay comme enrichissement stratégique du produit touristique de Marrakech, tout en préservant son identité naturelle et paysagère », précise Zoubir Bouhoute expert en tourisme. Un enjeu de taille pour le « désert » le plus proche de Marrakech qui n’a pas fini de faire le buzz.


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