Cet article vous est offert
Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous
Se connecter
Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement
👁 Image

Sandra Mehl pour « Le Monde »

Être jeune à la campagne

« Ici, quand tu dis que tu es trans, les gens te demandent systématiquement ce que tu as entre les jambes » : à la campagne, le combat contre la solitude des jeunes queer

Par Sandra Mehl (Niort, envoyée spéciale)
Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 15h23

Temps de Lecture 5 min.

Article réservé aux abonnés

Reportage« Etre jeune à la campagne » (4/4). Repaires, sorties, virées nocturnes : dans les villages aux environs de Niort, la jeunesse rurale raconte au « Monde » sa vie quotidienne et ses rêves. Dans ce quatrième volet, rencontre avec un groupe d’amis queer, formé lors d’un concert punk. Ils se retrouvent tous les week-ends à Parthenay, pour sortir de leur isolement respectif.

Sur la table de chevet de sa grande chambre aux murs bleus, à côté de son lit, il a gardé le tube en plastique qui contenait autrefois l’aiguille d’une seringue – comme la trace d’une victoire. Il y a dessiné un cœur au feutre noir, précédé du chiffre 3, celui du nombre d’années écoulées depuis sa première prise de testostérone. Noa (le choix a été fait de ne pas donner de noms de famille), né fille, voulait devenir celui qu’il se sentait être depuis le début de son adolescence, un garçon. « Pouvoir transitionner aussi jeune, c’est rare. Mais pour moi, c’était une question de survie », explique l’élève de terminale, âgé de 19 ans, cheveux cuivrés et piercing au visage.

👁 Noa, 19 ans, dans sa chambre, au lieu-dit la Chaise, rattaché au village de Champdeniers (Deux-Sèvres), le 26 avril 2026.
👁 Le premier « binder » de Noa, acheté avec sa mère sur Internet à ses 14 ans. Dans la maison familiale, dans les Deux-Sèvres, le 26 avril 2026.

Longtemps, le mal-être a été difficile à nommer. Noa redouble sa 4e. Un an plus tard, à 14 ans, l’ado parvient à faire son coming out, lors d’une balade en forêt avec sa mère. Les mots – trois phrases hachées, presque mécaniques, comme pour aider la parole à advenir – sortent d’un coup, à la fin de la marche : « Maman. Je suis désolé. Je suis un garçon. » Ses larmes accompagnent l’annonce jusque-là indicible. Sa mère l’entoure de ses bras : « Ce n’est pas grave, mon fils. » Il faudra toutefois du temps pour que les habitudes changent au sein de la famille : l’usage d’un nouveau prénom, de pronoms masculins, et la déconstruction de quatorze années de socialisation dans un genre qui ne lui correspondait pas.

Il vous reste 82.57% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.