Les bonnes ondes de Felicity Lott sur France Musique
Un mois après sa mort, France Musique rend hommage à la regrettée cantatrice en rediffusant ses « Grands Entretiens ».
Passer la publicité Passer la publicitéSon timbre doux-amer illumine la vaste acoustique du Théâtre du Châtelet. C’est dans cette salle, temple de bien des débuts et des succès (de La Veuve joyeuse au Chevalier à la rose), que Felicity Lott avait choisi, il y a presque une décennie, de se confier au micro de Judith Chaine. La productrice de France Musique l’avait attrapée à l’occasion de la sortie de son autobiographie autoréalisatrice, Il nous faut de l’amour (coécrite avec Olivier Bellamy et parue chez Buchet-Chastel). À l’aube de ses 70 ans, la plus francophile des sopranos britanniques y revenait sur son parcours. Avec une élégance rare. Entre pudeur et générosité. Humour et émotion.
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Son enfance dans l’après-guerre à Cheltenham, dans le sud-ouest de la Grande-Bretagne, bercée d’un côté par le calme de cette cité thermale d’architecture régence, de l’autre par les répétitions des spectacles amateurs que montaient ses propres parents, son père (comptable de son état), toujours nerveux au piano, sa mère timide au chant.
Passer la publicitéConfessions au bord des larmes
Ses premiers pas dans les chœurs à l’église et à l’école. Ses premières tentatives au piano puis au violon. Ses premiers cours de chant (surtout de la respiration) individuel à l’âge de 12 ans. Sa première Dorabella dans Cosi fan tutte, à la Royal Academy de Londres, lorsqu’elle se croyait encore mezzo…
Autant de jalons évoqués avec beaucoup de sensibilité sur le ton de la confidence. Parfois entre deux rires. Parfois au bord des larmes. Comme si elle feuilletait avec nous l’album de famille, avant d’évoquer son premier contact avec la France, ses débuts à Glyndebourne, puis les grands rôles qui marqueront sa carrière : de Mozart à Offenbach. De Haendel à Strauss. En passant bien sûr par la mélodie française, où elle laissera une marque indélébile, chez Poulenc notamment. « J’aime tout chez lui. Sa dualité, sa nostalgie, son amour pour Paris, pour votre langue, pour les poètes… Mais, par-dessus tout, sa capacité à passer du rire aux larmes en une demi-mesure », nous avait-elle un jour confié au sujet de celui dont elle avait fait l’un de ses compositeurs de chevet. S’appuyant sur son exceptionnelle complicité avec son pianiste Graham Johnson, lequel avait eu la chance de travailler directement avec Pierre Bernac, dédicataire de plusieurs des mélodies de Poulenc.
Car ce qui transparaît plus que tout, au fil de ces deux heures trente d’entretiens que France Musique a choisi de rediffuser à partir de ce lundi 15 juin, en hommage à la cantatrice disparue il y a juste un mois des suites d’un cancer, c’est son amour pour les rencontres. De Carlos Kleiber à Bernard Haitink, de Graham Johnson à Radu Lupu. « J’ai eu beaucoup de chance », conclut-elle, très émue, après avoir évoqué une dernière fois la plus forte de ces rencontres : son public. Encore une semaine avant sa disparition, elle ne disait pas autre chose. Révélant (cette fois au micro de la BBC) souffrir d’un cancer en phase terminale, elle s’était dite « heureuse. » Continuant de s’amuser « comme une folle ». Et se réjouissant d’avoir eu une carrière aussi magnifique lui permettant de rencontrer « tellement de gens formidables ».
