L’Été 36 (TF1) : sans mobile apparent
Le nouveau volet de la fresque historique d’Iris Bucher, portée par Julie de Bona, Sofia Essaïdi, Nolwenn Leroy et Constance Gay, est romanesque et puissamment féminin.
Passer la publicité Passer la publicitéAu Bazar de la Charité (2019), qui évoquait la place de la femme dans la société française à la fin du XIXe avec en toile de fond la tragédie de la rue Jean Goujon, suivi des Combattantes (2022), centré sur le destin de quatre héroïnes au début de la Première Guerre mondiale, L’Été 36 complète avec brio la grande fresque historique et féminine coproduite par Netflix et TF1.
Présenté en compétition française cette année à Séries Mania, ce nouveau récit ancre cette fois-ci son intrigue en août 1936. Les accords de Matignon, signés après des mois de grève et d’occupation d’usines, ouvrent la voie aux premiers congés payés. La France prolétarienne est en liesse. Des milliers d’ouvriers, dont la plupart n’ont jamais quitté le quartier qui les a vus naître, prennent la route vers la campagne, et plus encore vers la mer, villégiature privilégiée des bourgeois. Ces derniers voient arriver ces hordes comme une entrave insupportable à leur quiétude et à leur sécurité.
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Passer la publicitéL’Été 36 ouvre sur une Promenade des Anglais bondée. On chante, on danse, on se tape sur l’épaule, on découvre cette Méditerranée de carte postale dont on a tant rêvé. Dans ce joyeux maelström, quatre femmes de milieux différents vont se croiser autour du meurtre d’un procureur dont le corps est retrouvé dans sa suite du Riviera, somptueux palace niçois.
Façon Agatha Christie
À l’origine des trois miniséries, la productrice franco-allemande Iris Bucher n’a jamais caché sa passion pour l’histoire, notamment de France, ses faits, ses figures et ses courants de pensée. L’histoire, elle l’assume, est le cadre idéal au façonnage de récits qu’elle veut respectueux du passé mais aussi contemporains, pédagogiques, romanesques et divertissants. Chacun d’eux prend soin de jeter des passerelles entre passé et présent. Et chacun d’eux porte haut la cause des femmes. Le Bazar de la Charité, construit sur la tragédie qui fit 125 morts dont 118 femmes, et Les Combattantes, sur la lutte menée, loin des tranchées, par ces épouses, filles et mères déterminées à survivre, montraient les petites et grandes victoires successives d’un « sexe faible » qui vraiment ne l’est pas.
Différente des précédentes, la série L’été 36 ne s’articule pas sur la relation d’un événement historique précis - encore que - mais autour d’un progrès social. Moins puissant sur le plan narratif que le fait divers ou la guerre, il sert de point de départ à une intrigue d’une autre nature. « L’entre-deux-guerres est une période difficile à traiter tant le poids des conflits mondiaux a écrasé le reste de cette première moitié de XXe siècle. Elle n’en est pas moins fascinante pour ce qu’elle a apporté de nouveauté, de progrès et de liberté. Et ce ne sont pas seulement les Années folles, mais la société des années 1930, dont la vitalité veut exclure les prémices de la catastrophe à venir. En filigrane, ils apparaissent pourtant. Comme les revendications si légitimes d’une moitié de la population. Restait à trouver un ressort suffisamment puissant », explique-t-elle. Pour ce nouveau volet, elle a donc décidé de prendre le parti du « whodunit », façon Agatha Christie et de trouver un mobile a ses nouvelles figures.
Arrivée en fanfare au Riviera avec ses malles, son statut social, ses maîtresses, ses bâtards et ses arrangements douteux, la figure du procureur fait long feu. Blanche (Julie de Bona), on le comprend très vite, est sa maîtresse. Eugénie (Sofia Essaïdi) fut sa fiancée. Giulia (Nolwenn Leroy) est sa débitrice. Et Léonie (Constance Gay) veut sauver la peau de son père, injustement condamné. Une fois encore, les femmes occupent la place qui leur est due dans la fiction populaire française. Qu’elles soient fortes, faibles, farouches, tenaces, vulnérables, vénales, courageuses, duchesses ou petites mains, elles sont au centre des histoires. Sans jugement. Sans ironie. Sans paternalisme. Sans insinuation.
