Sa Majesté des mouches (Canal+) : un autre point de vue sur l’humanité
Adaptée du roman de William Golding par le créateur d’Adolescence, cette minisérie peint les horreurs du monde à hauteur d’enfants.
Passer la publicité Passer la publicitéSoixante-dix ans après sa publication, Sa Majesté des mouches, dystopie de William Golding et grand classique de la littérature britannique des années 1950 pour la jeunesse, connaît sa première adaptation pour le petit écran. Fait étrange, quand on connaît le succès du roman et son rayonnement.
« Si le roman est populaire et plutôt court, il n’en est pas moins difficile à transposer », note le créateur de la série, Jack Thorne. Pourquoi, alors, s’être lancé dans pareille aventure ? « Parce que c’est l’un de mes romans fondateurs, répond-il. Et parce que l’histoire qu’il raconte dit tout de l’humanité, de ceux qui la composent, du rapport à l’autre, des systèmes qu’elle s’attache à mettre en place - au fond, toujours les mêmes -, des jeux de pouvoir et de sa violence. Le tout à hauteur de jeunes adolescents, ce qui rend le postulat plus brutal et sans doute plus inacceptable encore. »
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La question de l’enfance, et de ce que le monde des adultes en fait, le passionne. Après Skins, qui suivait une bande d’ados livrés à eux-mêmes dans le Bristol des années 1990, Glue, sur le tsunami déclenché au sein d’un collège par la mort d’un élève de 14 ans, et surtout Adolescence, multiprimée, dont le postulat, les enjeux et la puissance ont fait vibrer le monde entier, il continue son exploration de cet âge à la fois si rude, si tendre et si incertain. « Je n’oublie jamais, dit-il, que les enfants sont les adultes de demain. »
Comme dans le livre éponyme, sa création a pour point de départ le crash d’un avion sur une île déserte dont seul un groupe de préadolescents, issus de la très bonne société britannique, réchappe. Passé la sidération, Ralph (Winston Sawyers), Jack (Lox Pratt), Piggy (David McKenna), Simon (Ike Talbut), Roger (Thomas Connor), Sam (Noah Fleming), Percival (Freddie Lee-Grey) et les autres tentent de s’organiser pour survivre.
La suite, on l’imagine, est un fiasco. Non du fait de leur jeune âge, mais de celui de leurs instincts. Et de la rapidité avec laquelle ils obèrent la somme des petits et des grands principes moraux dès lors qu’il y a danger, quel que soit l’âge et quel que soit le milieu. Les plus forts prennent le pouvoir. Les plus faibles sont sacrifiés. C’est ce que Jack Thorne tenait à démontrer à travers ces quatre épisodes.
La réalisation divise la critique mais n’en est pas moins étonnante. Elle emprunte à la survivaliste Lost, elle-même lointainement inspirée de Golding et Defoe. Ou encore à l’italienne Anna, dont l’héroïne abandonnait ses enfants à leur sort après la décimation de l’espèce adulte. Résultat : elle se construit autour des points de vue des quatre protagonistes, place les enfants dans un univers volontairement hostile et enclenche les rouages de la barbarie annoncée.
Le récit est édifiant. Porté, qui plus est, par de jeunes talents dont on imagine déjà les carrières à venir. Parmi eux, Lox Pratt, parfaitement odieux dans le rôle de Jack, recruté il y a peu pour reprendre le rôle de l’infernal Drago Malefoy dans la série Harry Potter. « Faire jouer des enfants est toujours risqué. Les faire jouer entre eux, par 40 °C, sans adultes autres que les membres de l’équipe, rend l’exercice plus périlleux encore. Il s’est pourtant produit exactement ce que je recherchais. Ces jeunes comédiens se sont laissé happer, finissant par se prendre au vrai jeu de la fausse histoire. Et ils ont compris le livre, ses niveaux de lecture, l’effrayant de l’aventure et sa portée. »
