Nouvelle vague : luxe et exploration, ce que prépare la croisière en 2026
DÉCRYPTAGE - Nouveaux navires, jeunes compagnies, grands noms de l’hôtellerie qui se jettent à l’eau… Le secteur est en pleine effervescence. Avec, en ligne d’horizon, toujours plus d’exclusivité et d’expériences personnalisées.
Par Claire Rodineau, pour Le Figaro Magazine
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Leurs noms sonnent parfois comme une invitation au voyage – Captain Arctic, Amazon Explorer, Maltese Falcon. D’autres sont plus sibyllins – Corinthian, Four Seasons One ou Explora III. Des chantiers de Saint-Nazaire à ceux de l’océan Indien (CNOI), sur l’île Maurice, en passant par les cales de Turku, en Finlande, une armada de navires à l’allure, à la conception, à l’esprit résolument novateur, sera mise à l’eau cette année. « Nous voulions donner une nouvelle image du voyage en mer », pose Sophie Galvagnon. À 26 ans seulement, cette Franco-Suédoise fut la première femme commandant de bord en milieu polaire. Elle a fondé Selar, une compagnie d’expédition qui n’a qu’un seul terrain de jeu : l’Arctique, du Svalbard au Groenland en passant par la Norvège. Pas d’itinéraire fixe : « La vraie expédition n’a pas de sens si elle est programmée. » Une petite capacité – 36 passagers – permettant des excursions sur mesure et une intimité entre les passagers, l’équipage et les invités, parmi lesquels l’explorateur Loury Lag ou l’apnéiste Arthur Guerin-Boëri.
Outre cette identité forte, Selar se distingue par sa figure de proue. Le Captain Arctic, un voilier « au nom de super-héros » pensé pour l’expédition dans ces contrées où le vent et la glace sont maîtres, selon un proverbe inuit. Grâce à une technologie inédite – cinq voiles recouvertes de panneaux solaires – ,il sera entièrement propulsé par des énergies naturelles. À condition qu’il y ait du vent ou du soleil, bien sûr, « comme c’est le cas six mois de l’année sous ces latitudes ». De quoi garantir une navigation « proche du zéro carbone », décrit la dirigeante, sans céder aux slogans faciles. La femme d’affaires s’agrippe à sa casquette de commandant de bord : c’est elle qui emmènera le voilier en Norvège, pour son voyage inaugural, au mois de novembre.
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Passer la publicitéUltraluxe mais zéro carbone
Les objectifs pesant sur le secteur sont ambitieux : l’Organisation maritime internationale (OMI) a demandé aux bateaux de ses 175 pays membres de réduire à zéro leurs émissions nettes de CO2 d’ici à 2050. Une mission dont s’est emparé le deuxième supervoilier français à lever l’ancre cette année, le Corinthian. Le premier navire labellisé Orient Express sera livré en juin aux Chantiers de l’Atlantique.
S’il possède un profil de yacht, les 220 mètres de long du Corinthian en font surtout le plus grand voilier de croisière du monde, n’en déplaise au Club Med 2. Lui aussi n’engendrera qu’une pollution minime grâce à une technologie de pointe et, malgré son nom, made in France : Solid Sail, ou trois voiles rigides de 69 mètres de haut en matériau composite qui lui assurent une propulsion vélique à 90 %. De quoi savourer sans un bruit, et la conscience tranquille, tout ce que ce parangon du raffinement océanique aura à offrir : 54 suites tout de bois précieux, cuirs et marbres, cinq restaurants dont une table signée Yannick Alléno, un spa Guerlain, un cinéma, un salon de musique et même un cabaret… La quintessence du luxe à la française, poussée par le vent.
Le très haut de gamme est l’un des grands marqueurs de l’année 2026
Philomène Bouchon, directrice de la communication pour la Cruise Line International Association
« Le très haut de gamme est sans hésitation l’un des grands marqueurs de l’année 2026. La capacité de ce segment a triplé depuis 2010 », commente Philomène Bouchon, directrice de la communication pour la Cruise Line International Association (ou Clia), le principal syndicat du secteur. Impossible en la matière de faire l’impasse sur MSC et sa filiale Explora Journeys, qui inaugurera en août l’Explora III. C’est le troisième paquebot en trois ans à sortir, à un rythme métronomique, des chantiers italiens de Fincantieri.
Patrick Pourbaix, directeur général pour la France, assume de ne pas faire rimer opulence avec intimité. À pleine capacité, Explora III pourra accueillir près de 900 passagers. « 450 cabines, cela fait peur aux voyageurs français. Pourtant, l’espace est le premier luxe. Il faut qu’un bateau soit grand pour garantir une certaine offre à bord en matière de gastronomie et de divertissement. » En l’occurrence, ce gigantisme sert la bonne cause : si Explora III surpasse en superficie les premières moutures, c’est (aussi) pour pouvoir embarquer du gaz naturel liquéfié (ou GNL), un carburant plus propre que le fioul lourd.
Des palaces flottants aux yachts d’expédition
D’ici à 2028, Explora construira six navires à l’esprit « palace flottant ». « Ce qui nous distingue ? Notre expertise de la croisière, acquise avec MSC, nos relations avec tous les ports du monde, et notre ADN européen », ajoute Patrick Pourbaix. Du côté des gros-porteurs américains, Regent aligne superlatifs et mètres carrés avec son Seven Seas Prestige, attendu en décembre. Il proposera entre autres une suite de 800 m² « à couper le souffle ». Compter tout de même la bagatelle de 25 000 dollars la nuit – à ce prix-là, champagne Dom Pérignon et caviar sont offerts.
Passer la publicitéNombre de vaisseaux battant pavillon des grandes chaînes hôtelières américaines prendront encore le large. Dans le sillage de Ritz Carlton et son Luminara, Four Seasons lancera son Four Seasons One. Il sillonnera la Méditerranée et les Caraïbes à partir du mois de mars. Présente en Asie et en Afrique avec ses lodges haut de gamme, & Beyond s’élancera en septembre 2026 sur la partie péruvienne du poumon de la planète avec son « yacht d’expédition fluviale », l’Amazon Explorer. Au programme : deux itinéraires différents selon les saisons pour une immersion dans la forêt tropicale humide. Excursions en kayak, randonnées pour observer les paresseux, pêche au piranha ou, à la nuit tombée, rencontre avec les caïmans et les jaguars… Le tout, pour quelques dizaines de passagers seulement, loin des buffets à volonté et des toboggans géants.
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« Le secteur se développe très fortement et, partant, l’envie de chercher des navires différents des autres », commente Jean-François Rial, le président de Voyageurs du Monde, le spécialiste français du sur-mesure. Il cite l’engouement pour les dahabiehs sur le Nil, les croisières en catamaran ou même les jadis si déprimants ferries. L’intérêt pour les destinations de niche – les grands fleuves comme l’Irrawaddy, en Birmanie, le Brahmapoutre, en Inde – va croissant, même si les Caraïbes, la Méditerranée et l’Europe du Nord tirent toujours le marché.
Cette dynamique se lit dans les chiffres. Les premières prévisions de la Clia avancent un record de 37,7 millions de passagers en 2025. En 2028, la barre des 40 millions devrait être franchie. Autre signe encourageant : la clientèle continue de rajeunir. L’âge moyen du croisiériste est passé de 49 ans en 2019 à 46 ans en 2024. Enfin, dans un contexte d’inflation galopante, le voyage en mer n’a connu qu’une hausse modérée et apparaît désormais comme une option abordable, luxe mis à part, notamment pour les familles.
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Reste un marché à conquérir, la France. Le paradoxe est connu. Grande nation navale avec ses chantiers de l’Atlantique – le numéro un mondial pour la construction de paquebots –, l’Hexagone demeure frileux dès qu’il s’agit de poser le pied sur un pont. « Lancer une compagnie de croisière en France en 2026, c’est un défi tant les préjugés sont nombreux », admet Sophie Galvagnon de Selar. Et l’année électorale à venir pourrait marquer l’acmé du « cruise-bashing », selon Lionel Rabiet, directeur de l’agence Voyages d’Exception. « La croisière est un objet politique malgré elle. Symbole pour beaucoup du surtourisme, elle sert de repoussoir en période électorale, comme l’ont montré les récentes passes d’armes à Nice. »
Le sillon creusé en 2026 n’est pourtant pas près de se refermer. En 2027, l’Aranoa, nouveau cargo-mixte d’Aranui Cruises, naviguera vers les confins du Pacifique Sud (les réservations sont ouvertes, compter à partir de 5 803 € par personne en cabine double pour 12 nuits aux îles Australes) et la compagnie alsacienne CroisiEurope, fraîchement quinquagénaire, écrira un nouveau chapitre avec le Brasilian Dream. Un bateau de petite capacité ancré, tiens, en Amazonie brésilienne. Puis l’Amangati, le premier yacht des très exclusifs hôtels Aman, prendra à son tour le large en Méditerranée. « Un boutique-hôtel sur l’eau ou un superyacht privé, davantage qu’un bateau de croisière », décrit Vlad Doronin, le PDG du groupe. D’ici à 2030, le fleuron français Ponant verra aboutir son projet Swap2Zero, nom de code de son premier voilier zéro émission de gaz à effet de serre, vingt ans avant la date butoir fixée par l’OMI. La croisière n’est plus : vive la croisière.
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Prêt à embarquer sur les nouvelles icônes des mers
Sur l’Orient Express Corinthian (01.87.21.34.50 ; Orient-express.com ), croisière « Corse & Ligurie » de 8 jours/7 nuits au départ de Marseille, du 19 au 26 juillet. À partir de 36 000 € par personne.
Sur l’Explora III (00.800.08.25.08.63 ; Explorajourneys.com ), croisière « Design, héritage et ports » de 6 jours/5 nuits de Copenhague à Hambourg, du 2 au 7 septembre. À partir de 4 275 € par personne.
Sur le Seven Seas Prestige (Rssc.com), croisière « Felices Fiestas » de 15 jours/14 nuits de Barcelone à Miami, du 13 au 27 décembre. À partir de 7 849 € par personne.
Sur le Captain Arctic (07.43.39.41.04 ; Selar.cc/fr), croisière « En eaux sauvages avec l’apnéiste Arthur Guérin-Boëri » de 8 jours/7 nuits au départ de Tromsø, du 3 au 10 janvier 2027. À partir de 8 290 € par personne, en all inclusive. Bonne condition physique requise.
