Croisières : ceux qui y retournent, ceux qui jurent qu’on ne les y reprendra plus
Par Caroline Siavy
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TÉMOIGNAGES - La croisière continue de diviser. Entre confort absolu, paysages hypnotiques et sentiment d’enfermement ou de foule, l’expérience laisse rarement indifférent. Ceux qui réservent déjà la suivante et ceux qui jurent qu’on ne les y reprendra plus racontent.
Passer la publicité Passer la publicitéEntre les accros au buffet, les couples qui rejouent Titanic sur le pont et les touristes qui visitent Rome en 47 minutes chrono, la croisière ressemble moins à un voyage qu’à une étude sociologique en pleine mer. Produit touristique en plein essor mais régulièrement critiqué pour son impact environnemental et son rôle dans le surtourisme, elle divise autant qu’elle fascine. Adeptes qui réservent déjà leur prochaine croisière ou déçus qui crient « plus jamais » ? Témoignages.
Le 1er décembre 2025, le Sénat français a voté l’instauration d’une taxe de 15 € par passager sur les navires, au nom du principe « pollueur-payeur ». Une manière d’encadrer un secteur en expansion fulgurante – 34,6 millions de croisiéristes dans le monde en 2024 (*) – et de financer la protection des littoraux ? En tout cas, un prétexte idéal pour aller voir qui monte réellement à bord parmi les 573.000 Français qui ont choisi de partir en croisière : les fidèles convaincus, les désillusionnés chroniques et ceux, nombreux, qui hésitent encore entre fascination et claustrophobie.
Passer la publicitéLa croisière s’amuse
Alain et Danièle, 90 ans chacun, retraités, parlent de la croisière comme d’une invention géniale, presque thérapeutique. «Tu voyages, tu te détends, tu n’as rien à faire. Que du plaisir», résume Alain, qui en a deux au compteur. Caraïbes, Méditerranée : même enchantement. «On descend le matin, on navigue la nuit. C’est fluide, sans contraintes.» Le décor ? Buffets gigantesques, théâtre, cinéma, casino, et ce luxe inattendu qui les a pris de court. «Il y avait 3000 passagers, mais on avait l’impression d’être considérés comme si on était seuls», sourit Danièle, encore surprise par l’efficacité du service.
Le couple peine à trouver des défauts à ces croisières haut de gamme. «On ne refait pas la valise tous les deux jours. On ne se bat pas pour monter dans un car, contrairement à un circuit classique. Tout est pris en charge !» Ils repartiraient demain, d’une seule voix, sans hésitation.
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Le paquebot sans DiCaprio
Pénélope, 32 ans, a vécu une croisière bien différente. Cette chargée de production garde de sa première traversée un souvenir plus mitigé. Elle a travaillé une semaine sur un mastodonte de 5000 passagers. «J’avais des a priori : nourriture mauvaise, ambiance beauf, sentiment d’être coincée… Eh bien, ils étaient assez fondés », tranche-t-elle.
Elle décrit un vacarme continu. «Les ascenseurs, les restaurants, les ponts… c’était très bruyant. Et il y avait de la musique absolument partout.» La trentenaire se souvient aussi d’un premier départ «vraiment mouvementé», au point que certains collègues ont gardé le mal de mer cinq jours durant, une donnée qui a, dit-elle, «pesé sur l’ambiance générale».
Les escales ne l’ont pas davantage convaincue. «Six ou sept heures, souvent loin du centre. Tu ne visites rien vraiment. » Pénélope se remémore aussi des scènes d’anthologie : «Des touristes qui restent à la piscine avec une pizza alors qu’on est à Naples… Je ne comprends pas.»
Passer la publicitéMais elle concède quelques moments suspendus. «Naviguer, c’est magnifique. Le lever du soleil en pleine mer, ça vaut tout. Et ma cabine avec balcon… très apaisante. » Pour la jeune femme, l’odyssée s’arrête là. «Je ne referai pas ça sur un bateau de 5000 personnes. À la limite, sur un plus petit bateau, et haut de gamme…»
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Croisière fluviale
À l’écart des paquebots géants, une autre forme de croisière séduit un public différent. Julie, responsable administratif et financier, raconte un itinéraire sur le Nil, il y a quelques années, alors qu’elle avait 14 ans. « Je pensais que j’allais vraiment m’ennuyer », se souvient-elle. Finalement, l’ado découvre «une piscine, un bar, un resto, plein d’activités… un peu comme un Club Med sur un bateau».
Elle en retient surtout les paysages qui défilent. «C’était intéressant et très différent. Les vues changent tout le temps du fait que l’on navigue.» Mais la boucle se referme vite. « C’est un peu répétitif : les mêmes gens, les mêmes endroits. À la fin, on s’ennuie un peu.»
Son verdict est nuancé : « C’est une très bonne expérience, mais trop long. Je referais, oui… mais deux ou trois jours seulement. » Et il faut dire que le Nil, comme le Rhin, le Douro ou le Danube, profite du retour en grâce des croisières fluviales. Bateaux à taille humaine, confort haut de gamme, accès direct aux villes… Une alternative plus calme, plus culturelle, plus intime que les paquebots géants.
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Ce qui les rassemble
Les adeptes de ce type de voyage louent la simplicité absolue et l’absence de contrainte. Les déçus pointent l’effet «centre commercial flottant», entre foule, bruit et standardisation. Les entre-deux avancent comme ils peuvent, pris entre émerveillement et saturation. Et cela fonctionne, les passagers rajeunissent. L’âge moyen des croisiéristes de 49 ans en 2019, est passé à 46,8 ans en 2023, puis à 46,7 ans en 2024.
Passer la publicitéTous finissent par céder au même appel, celui de la nature. «Naviguer, c’est magique», souffle Pénélope. «On profite du paysage sans effort», résument Alain et Danièle. «C’est hyper beau», ajoute Julie. Preuve, s’il en fallait, que les paysages ont parfois plus d’impact que la logistique, et qu’un lever de soleil peut, à lui seul, réconcilier beaucoup de monde — sans pour autant lever toutes les réserves.
(*) Source : Cruise Lines International Association (CLIA), Global Passenger Market Report 2024.
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