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⇱ Sur le « Queen Mary 2 » du Havre à New York, une transat nommée désir


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Le paquebot iconique de la Cunard relie Southampton à New York (notre photo) en faisant escale par Le Havre une fois par an et exceptionnellement deux fois cette année. Jonathan Atkin

Sur le « Queen Mary 2 » du Havre à New York, une transat nommée désir

REPORTAGE - Une fois par an, ce paquebot de croisière iconique de la compagnie britannique Cunard, reliant l’Europe à l’Amérique, fait escale en Normandie. « Le Figaro » a embarqué.

Par Jeanne Propeck, à bord du Queen Mary 2

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Le voilà qui apparaît, amarré à la pointe de Floride au nouveau terminal de croisière du Havre. Son emblématique cheminée rouge et noire réveille en un instant toute l’imagerie de l’âge d’or des croisières transatlantiques, exaltée par la majesté et le style Art déco du Grand Lobby qui nous accueille. Sorti des Chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, mis en service en 2004 et rénové en 2021, Le Queen Mary 2 est le fleuron de la compagnie britannique Cunard, le seul de ses quatre navires (Queen Victoria, Queen Elizabeth et le tout dernier Queen Anne, sorti en 2024) à effectuer régulièrement la traversée reliant l’Europe (Southampton) à l’Amérique (New York), faisant escale, une fois par an et exceptionnellement deux fois cette année, au Havre et à Cherbourg, en Normandie. Nous embarquons au Havre, pour une croisière teintée de francophonie.

Les formalités passées et les valises déposées en cabine, on essaye de prendre nos marques le long des 13 ponts (on se perdra jusqu’à la fin), avant de se rassembler à l’avant du navire pour le départ. Il est 19 h 30. Le pilote est monté à bord pour la manœuvre, on largue les amarres. La corne de brume expire, nous immobilisant dans la densité du moment. Le navire s’écarte du quai, l’église Saint-Joseph s’éloigne… Le voyage commence.

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Après une nuit calme, la première journée en mer est un peu confuse, entre informations, procédures et repérages. On se familiarise peu à peu avec QM2, ce millefeuille marin qui désoriente autant qu’il subjugue par sa décoration grandiose et raffinée, ses espaces si vastes, ses boutiques chics, ses bars, salons, lounges et restaurants qui se succèdent de la poupe à la proue. On apprivoise aussi un temps rythmé par un « Daily Programme » si fourni qu’il nous échappe. Seule constante : l’horizon liquide sous un ciel allant du blanc à l’ardoise en passant par toutes les nuances d’azur, défilant à une vingtaine de nœuds, cap au 260°. Bonus : des journées de 25 heures pendant six jours, au gré des fuseaux horaires traversés.

La grand-messe du tea-time

À 15 h 30 au Queens Room, des serveurs en livrée et gants blancs, portent le thé et des scones sur des plateaux d’argent. QM2

Au deuxième jour, bien amariné, on peut commencer à socialiser : sur les 2 700 passagers figure une centaine de Français. Et en ce dimanche matin, deux options s’offrent à nous : un office interconfessionnel (en anglais) en présence du commandant Andrew Hall, ou la première conférence (en français) de l’écrivain et scénariste belge Barbara Abel, auteur de nombreux thrillers psychologiques, autour de la fabrication du suspense dans la littérature et le cinéma. On opte pour les apôtres Alfred Hitchcock et Stephen King. À midi pile, l’annonce du commandant, diffusée dans tout le navire, suspend littéralement toute action en cours.

Point navigation du jour, position du bateau, météo… Exemple : « Nous sommes à la saison des icebergs dérivants, ce qui impose de passer le plus au sud possible. » L’après-midi dévoile un autre rituel incontournable : la grand-messe du tea-time. À 15 h 30 au Queens Room, salle de bal, on se presse pour avoir une table afin d’assister au défilé d’une trentaine de serveurs en livrée et gants blancs, portant sur des plateaux d’argent petits sandwichs et scones. Avec ou sans raisins, telle restera la question.

Mais pour les amoureux des paquebots, le rendez-vous le plus symbolique est celui avec le bastingage (et tous ces « ship shapes and shadows » immortalisés par le photographe américain Walker Evans), accompagné du bonheur intense d’être là, sur ce bateau-là, de cette compagnie-là. Au 5pont, un grand tableau retrace la nuit du 14 avril 1912 : « Come at once… We have struck a berg », puis l’arrivée du Carpathia, de la Cunard, à l’endroit du naufrage du Titanic, appartenant à la compagnie White Star Line, grande rivale, et le sauvetage des survivants.

Un service d’excellence

Parmi les 1300 membres d’équipages, 80% spnt dédiés à l’hôtellerie. Christopher Ison / Christopher Ison

Dites « Cunard » à ces âmes sœurs réunies sur le pont et les langues se délient aussitôt. Pour Yves, cette compagnie (qui a fêté son 185anniversaire en 2025) est liée à l’histoire de son grand-oncle qui, à défaut de rejoindre le front de la Première Guerre mondiale, partit pour le Saskatchewan vivre une vie de trappeur. Pour Annick, c’est une tante mariée à un riche Anglais, passagère du Concorde puis du Queen Mary 2, qui lui a mis des étoiles dans les yeux, et prévu dans son héritage la possibilité pour elle de vivre ce rêve de transat.

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Quant à Magali, ex-cruise manager dans plusieurs compagnies de croisières de luxe, elle raconte : « Le Queen Mary reste un navire tout à fait à part. L’autre soir, il y avait un monsieur extrêmement élégant, en queue-de-pie, un genre de lord et, d’un coup, on était téléporté dans un autre temps. Mais j’ai aussi rencontré à bord une dame qui travaille à la mairie du Havre, elle est fille et petite-fille de dockers et a rêvé toute son enfance de ces paquebots de légende… La Cunard, c’est une histoire de tradition maritime qui parle à tous les amoureux de la mer. » Laura et son mari, eux, ne faisaient pas partie de ces convaincus. Mais en quelques jours, cette traversée en famille (dix-sept personnes au total) pour aller fêter les 80 ans du grand-père aux États-Unis, les a autant conquis que bluffés par l’excellence du service autant que l’attention portée à leurs enfants.

La météo change vite dans l’Atlantique Nord. Le soleil d’un jour, où l’on enchaîne des longueurs de piscine à l’arrière du bateau, laisse place, le lendemain, à un brouillard spectral si opaque qu’il oblige la passerelle à actionner régulièrement la corne de brume. Six jours sans sortir de ces 345 mètres de long et 40 mètres de large… Au début, la jubilation pouvait se teindre d’une légère appréhension. Mais on a fini par lâcher prise, par se caler sur la profonde respiration du navire glissant sur une mer calme, qui donne la cadence et vous cloue le bec. Impression d’avancer sur le dos d’une baleine.

Les escales, c’est à bord qu’on se les invente

Les escales, c’est à bord qu’on se les invente. Chacun trouve son coin, son île. Du théâtre au spa, du bar à cigares au bar à champagne, du casino à la librairie, des boutiques de Mayfair Avenue aux bains à remous sous les embruns, alternant moments de contemplation et (nombreuses) activités culturelles, sportives, ludiques… Les rêveurs et les solitaires sont arrimés à leurs transats, dans l’odeur du teck, fixant l’horizon, une couverture sur les genoux si besoin. Ou à l’intérieur, dans ces petites loges intimistes le long du pont 2, un peu au-dessus de la ligne de flottaison, nez au sabord, avec un livre, un jeu de cartes ou un bloc à dessin. Les studieux prennent de la hauteur à la bibliothèque, la plus vaste en mer avec ses 8 000 références, s’appliquant à remplir consciencieusement leur journal de bord. Les hyperactifs, eux, investissent fiévreusement la salle de fitness de bon matin, pédalant plus vite que le bateau ou enchaînant les tours de pont comme des tours de stade.

Les chambres à bord du Queen Mary 2. Greywolf Studios Limited

Certains instants nous rappellent le tragicomique d’un Martin Parr, comme ces soirées « Silent Disco » au night-club G32 où des passagers, respectant le « Smart Attire » de circonstance mais casque fluo vissé sur les oreilles, s’enflamment sans bruit, gesticulant les uns à côté des autres, chacun dans sa bulle musicale… Ou ces joueurs de bridge, concentrés comme des traders, se réunissant dans une petite salle fermée d’un pont inférieur, indifférents au fait que le navire est en train de traverser la plaine abyssale de Porcupine et se dirige vers la zone de fracture de Faraday. Tout cela est-il bien raisonnable ? Dans cette grande traversée aux bonnes manières, c’est lors de ces télescopages entre le vaste et l’intime, devant ces paysages humains, que l’on saisit toute la magie de ce transport hors du commun qu’est le Queen Mary.

À lire aussi Patrick Pourbaix, directeur général de MSC Croisières France : «Le marché de la croisière est sous-développé en France»

À 18 heures, les tenues de gala des Roaring Twenties font leur entrée. Au Chart Room et au Golden Lion Pub, où les cocktails se vident presque aussi vite que courent les notes sur le piano, quelques Écossais nous font même l’honneur d’un kilt et de chaussettes tricotées. À ceux que l’ambiance Dowtown Abbey en mer ne sied guère, le navire offre bien des alternatives. Au théâtre, quatre chanteurs du London’s West End répètent des standards de Kiss, AC/DC, Aerosmith et Bon Jovi pour leur show du soir. Si votre portefeuille vous le permet, une création Fabergé à la bijouterie, ou une œuvre d’art parmi la sélection de Quentin Blake, Marc Chagall, Damien Hirst, David Hockney, Salvador Dali et Mr Brainwash… à la galerie Clarendon.

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Le chenil le plus chic de la marine marchande

Dehors, le vent se lève. On tente une ascension au sundeck. Audacieux projet qui nous fait regretter de ne pas être allé directement dîner au cosy Britannia. On s’accroche à toutes les rampes sous peine d’être emporté par une bourrasque ! Un esprit joueur nous pousse à clore le tour de la rose des vents, ce qui donne l’occasion de découvrir le chenil le plus chic de la marine marchande, où 22 chiens passagers sont choyés durant la traversée. Le ciel s’assombrit et devient franchement menaçant. C’est au salon Commodore qu’on trouve abri, accompagné d’une harpe celte et d’un réconfortant Bloody Mary, les yeux rivés sur l’étrave déchirant la mer.

La dernière nuit est courte. À 2 h 30 du matin, nous voilà rassemblés à l’avant du navire pour assister à notre arrivée triomphale à New York. Le pont du Verrazzano nous fait sa haie d’honneur, avant que la flamme de la statue de la Liberté n’illumine symboliquement nos visages giflés par le vent, inoubliable baptême de l’Atlantique Nord…


Carnet de route

Naviguer sur le « Queen Mary 2 »

La prochaine transat au départ du Havre est prévue le 25 juin 2027, pour une arrivée à New York le 2 juillet 2027. Le navire compte 9 catégories de cabines et suites. À bord, la langue pratiquée est l’anglais, mais une équipe francophone accompagnera cette traversée, et un cycle de conférences en français viendra renforcer le programme des animations internationales. 7 nuits, à partir de 3 210 € par personne (base double) en cabine intérieure, et 3 960 € par personne en cabine extérieure avec balcon loggia. Ces tarifs comprennent le transfert de Paris au Havre en autocar, le vol retour New York-Paris en classe économique et la croisière en pension complète. Cunard, tél. : 04 65 84 61 21 ; cunardfrance.fr

Le Queen Mary 2 dans la baie de New York. Jonathan Atkin

Bon à savoir

En journée, le style vestimentaire est décontracté. À partir de 18 h, on adopte une tenue plus habillée. Deux soirées de gala requièrent un code vestimentaire élégant, parfois thématique (style ou couleur). Très apprécié et respecté dans la plupart des salons et restaurants, celui-ci n’est nullement obligatoire, certaines parties du navire échappant à cette tradition.

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