Alors que la France accueille le sommet du G7 à Evian-les-Bains [Haute-Savoie], du lundi 15 au mercredi 17 juin, pour aborder notamment les déséquilibres mondiaux et sécuriser les chaînes de valeur des minerais critiques, une perspective s’offre aux dirigeants des plus grandes économies du monde : le potentiel inexploité de l’Afrique pour dynamiser la transition écologique.
Le continent, qui n’est représenté à Evian que par le Kenya, pourrait devenir une puissance mondiale de l’énergie verte, porteuse de solutions climatiques non seulement pour elle-même, mais aussi pour la planète. Selon les chiffres du rapport 2022 de l’Agence internationale de l’énergie, il dispose de 60 % des meilleures ressources solaires au monde, mais ne représente que 1 % des capacités installées. Il fournit plus de 40 % des réserves mondiales de cobalt, de manganèse et de platine, ces minerais essentiels aux technologies propres. Et surtout, il abrite la population la plus jeune de la planète, avec un âge médian inférieur à 19 ans.
Pourtant, ceux qui devraient être les principaux acteurs de cette transition – les jeunes Africains – restent exclus des sommets, des financements et des décisions qui façonnent leur avenir. Ce n’est pas seulement une injustice. C’est aussi une aberration économique.
Les jeunes Africains n’attendent pas qu’on leur accorde la permission. Ils agissent déjà. Malgré les difficultés d’accès au capital et au crédit, ils innovent et construisent. Les PME dirigées par des jeunes restent cependant largement exclues des systèmes de crédit. Les start-up africaines n’ont reçu que 0,6 % du financement mondial consacré à ce type d’entreprises en 2024, d’après les données de l’ONG Mohac Africa. La plupart des entreprises portées par les jeunes survivent dans le secteur informel, ignorées par les prêteurs et non soutenues par les véhicules d’investissement mondiaux.
Fracture financière
Parallèlement, les gouvernements africains font face à des coûts d’emprunt écrasants, ce qui entrave leur capacité à s’adapter au changement climatique et à investir dans la transition verte. Selon le Fonds monétaire international, le rendement moyen des obligations souveraines africaines dépasse 10 %, alors que les économies avancées empruntent à des taux de 2 à 3 %. Un tiers des pays africains sont soit en situation de surendettement, soit à haut risque, contraints de choisir entre le remboursement de leur dette et les investissements dans la santé, l’éducation ou les infrastructures d’énergie propre. Cette fracture financière est le résultat de modèles de risque obsolètes et biaisés, qui pénalisent les économies africaines, et, par extension, le reste du monde.
Aujourd’hui, 83 % des exportations africaines sont des matières premières brutes. Seulement 3 % du lithium utilisé dans les batteries des véhicules électriques européens est transformé en Afrique, alors qu’une grande partie en est extraite. Il s’agit d’un enjeu crucial pour la présidence française du G7, qui a inscrit les chaînes de valeur des minerais critiques dans les priorités du sommet d’Evian. L’Afrique et le G7 ont tout à gagner à s’associer pour la transition verte : aucun des deux blocs ne peut, seul, construire une résilience climatique. Pourtant, les chaînes de valeur vertes continuent de contourner le talent et l’innovation des Africains. Des millions de jeunes, dotés des compétences, de l’ambition et des idées nécessaires pour alimenter l’économie verte du continent, restent exclus des systèmes qui prétendent investir dans l’avenir.
Au XXIe siècle, il est inconcevable que le G7 n’intègre pas les jeunes au cœur de sa relation avec le continent africain. Le G7 ne peut pas parler de partenariats mutuellement bénéfiques s’il ne remplace pas les engagements rhétoriques par des capitaux concrets. Cela signifie débloquer, dès maintenant, les financements dont les jeunes acteurs du changement en Afrique ont besoin.
Pour le G7, le choix est simple : s’associer dès aujourd’hui à la jeunesse africaine, ou risquer de prendre du retard dans la course mondiale vers un avenir durable. La transition verte ne réussira pas sans le talent africain, et le talent africain ne s’épanouira pas sans investissement.
Umulkher Harun Mohamed, députée au Parlement kényan et fondatrice de l’ONG Kesho Alliance ; Damilola Ogunbiyi, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour l’énergie durable pour tous, et coprésidente d’ONU-Energie
Umulkher Harun Mohamed (Députée kényane) et Damilola Ogunbiyi (Représentante spéciale de l’ONU pour l’énergie durable pour tous)
