Mondial à 64 équipes vs nouvelle Ligue des Nations, l’autre match de football
Par Vincent Chaudel et Gilles Goerig
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Alors que la Coupe du Monde 2026 va démarrer le 11 juin, la FIFA prépare en coulisse la compétition suivante. Après le passage de 32 à 48 équipes, qui fera passer le tournoi de 64 à 104 matchs, plusieurs dirigeants évoquent désormais l’hypothèse d’un Mondial à 64 nations dès 2030. Dans quel objectif ? Jouer plus, pour gagner plus... que l’UEFA bien sûr !
Passer la publicité Passer la publicitéAu même moment, l’UEFA a validé une réforme de la Ligue des Nations et du système de qualification aux grandes compétitions, applicable dès 2028. Cette réforme vise à multiplier les confrontations entre grandes sélections européennes et renforcer l’attractivité des droits TV associés.
La FIFA et sa stratégie d’expansion mondiale
Depuis l’arrivée de Gianni Infantino à la présidence de la FIFA en 2016, l’instance mondiale n’a cessé de faire émerger des projets visant à élargir ses compétitions et leurs revenus. Le passage à 48 équipes pour la Coupe du monde 2026 constitue une première étape majeure dans le football de nations. Officiellement, la réforme vise à offrir davantage de places aux différentes confédérations. En pratique, elle permet aussi d’intégrer de nouveaux marchés au produit Coupe du Monde.
Passer la publicitéPlus de nations qualifiées signifient davantage de diffuseurs concernés, davantage de sponsors nationaux et une audience mondiale encore plus large. La FIFA prévoit ainsi près de 13 milliards de dollars de revenus sur le cycle 2023-2026, contre 7,5 milliards sur le cycle précédent.
L’idée d’un Mondial à 64 équipes pousserait cette logique encore plus loin. L’enjeu dépasse largement le simple développement sportif. Le modèle politique de la FIFA repose sur le principe “une fédération, une voix”. Dans ce système, renforcer la place de l’Afrique, de l’Asie, du Moyen-Orient ou encore de l’Amérique du Nord permet aussi de consolider des alliances électorales stratégiques.
La Coupe du monde 2030 illustre la dimension géopolitique croissante de la FIFA par son caractère transcontinental. En attribuant l’organisation du tournoi au Maroc, à l’Espagne et au Portugal, tout en accordant trois matches du centenaire à l’Uruguay, l’Argentine et au Paraguay, la FIFA met en scène sa capacité à fédérer plusieurs continents autour d’un même événement. Cette formule inédite, répartie entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Sud, dépasse largement le simple cadre commémoratif. Même si tout ceci se fait au détriment de toute logique environnementale, cette réflexion traduit la volonté de l’instance mondiale de renforcer son influence sur l’ensemble des confédérations, de consolider son ancrage auprès de ses 211 fédérations membres et d’affirmer son statut d’organisation véritablement mondiale. Dans un contexte où le football est devenu un instrument de rayonnement économique et diplomatique, la Coupe du monde apparaît plus que jamais comme un outil de puissance au service de la stratégie d’influence de la FIFA.
L’expansion de la Coupe du monde répond donc une double fonction : augmenter les revenus de la compétition tout en renforçant l’influence géopolitique de la FIFA.
L’UEFA souhaite premiumiser le football international européen
Le football européen concentre déjà les sélections les plus puissantes et les audiences les plus élevées. Son enjeu n’est donc pas d’élargir sa base mais d’augmenter la valeur des matchs internationaux existants.
Passer la publicitéC’est dans cette logique qu’a été créée la Ligue des Nations en 2018 afin de remplacer les matchs amicaux par des rencontres officielles entre nations de niveau proche. Cela permet à l’UEFA de densifier le calendrier international à son profit tout en captant des revenus additionnels, estimés entre 350 et 500 millions d’euros par cycle. Mais la réforme actuellement étudiée va beaucoup plus loin.
Aujourd’hui, les compétitions internationales restent fragmentées. D’un côté, la Ligue des Nations fonctionne comme un système de divisions avec promotions et relégations. De l’autre côté, les qualifications pour l’Euro et la Coupe du Monde reposent encore sur des groupes classiques, souvent déséquilibrés. L’instance européenne envisage fortement de rapprocher la Ligue des Nations des qualifications à l’Euro et à la Coupe du monde. Le projet étudié s’inspire du système suisse désormais utilisé en Ligue des Champions.
Concrètement, les grandes sélections européennes s’affronteraient beaucoup plus régulièrement dans des groupes de niveau homogène. L’objectif consiste à réduire les rencontres très déséquilibrées afin de densifier les affiches premium tout au long du calendrier international. L’objectif est clair : réduire le nombre de rencontres déséquilibrées comme France-Gibraltar ou Angleterre-Saint-Marin afin d’augmenter la qualité moyenne des affiches internationales.
Cette évolution répond directement aux attentes des diffuseurs et des plateformes de streaming qui recherchent avant tout des affiches capables de générer des audiences massives et régulières.
En résumé, l’UEFA cherche donc à stabiliser ses audiences, renforcer la valeur de ses droits TV et réduire le nombre de rencontres sans enjeu sportif ou commercial.
Passer la publicitéUne bataille mondiale pour l’attention et la captation des revenus
Là où l’UEFA suit une logique de concentration des matchs « premium », la FIFA privilégie une stratégie de volume, dictée par des considérations géopolitiques. Mais l’opposition entre l’Europe et le Monde du ballon rond ne se résume pas à une simple divergence de formats. Au même titre que le football de clubs, celui des sélections dépasse désormais le simple cadre sportif ou institutionnel. Il s’impose progressivement comme un marché mondial structuré visant la captation des revenus additionnels.
Ces projets de réforme ne sont pas sans risque. Les supporters assistent à une multiplication des rencontres et des grandes affiches internationales, aussi bien pour leur club de cœur comme pour les Bleus. Qu’ils soient gratuits ou pas, les diffuseurs proposent un calendrier toujours plus dense, capable d’alimenter des plateformes payantes à l’année longue. Mais cette inflation du nombre de matchs comporte un risque : banaliser des affiches historiquement exceptionnelles. À mesure que les confrontations premium se multiplient, leurs raretés diminuent... et avec elles une partie de la valeur perçue.
Tout l’enjeu par la FIFA et l’UEFA sera donc de trouver un équilibre entre croissance des revenus, saturation du calendrier et préservation de l’attractivité du produit football. Car derrière les réformes du Mondial et de la Ligue des Nations se joue en réalité une bataille bien plus large : une guerre d’influence visant le contrôle de l’attention, des audiences mondiales et des revenus du football de demain.
