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⇱ «On a décidé de créer une agence d’information sur les sols» : rencontre avec Adrienne de Malleray, l’ancienne journaliste qui note la santé des sols de 1 à 10


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Adrienne de Malleray, cofondatrice de Genesis. Paul DELORT/Le Figaro Magazine

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«On a décidé de créer une agence d’information sur les sols» : rencontre avec Adrienne de Malleray, l’ancienne journaliste qui note la santé des sols de 1 à 10

De l’importance des sols dans le vin

Pour cette nouvelle série du Figaro, nous explorons l’importance des sols, comment ils s’expriment et rendent possible toute la grâce du vin.

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Créée en 2019 par Adrienne de Malleray, ex-journaliste de Canal+, et par son associé Quentin Sannié, la start-up Genesis propose, à partir de différentes données, une échelle de notation modélisée pour chaque parcelle agricole. L’idée : l’élaboration d’un itinéraire de bonnes pratiques.

Par Isabelle Spaak

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Le rêve de sa vie ? S’arrêter de travailler chaque année, de la fin du mois de février jusqu’au 15 mai, «tout simplement pour regarder la nature se réveiller», s’amuse Adrienne de Malleray. L’ancienne journaliste de Canal+, qui a grandi près d’Ancenis, en bordure de Loire, dans un bourg rural, reconnaît que ses trois enfants se moquent d’elle. Ce qui ne l’empêche pas de «rester des heures devant un bourgeon qui sort». En attendant la concrétisation du zen, cette «Parisienne à la campagne et campagnarde à Paris» ne chôme pas. Car, après avoir quitté les médias à la faveur d’un «plan de départ intéressant», une nouvelle partie de sa vie professionnelle s’est ouverte pour elle en 2019 avec la création de Genesis. Une start-up inédite, destinée à mesurer l’état de santé des sols par un système de notation. «Sur une échelle de 1 à 10, évaluer à partir de données comparables s’ils se trouvent sur une trajectoire positive ou plutôt négative, en termes de dégradation.» Du jamais vu.

Que ce soit en France, «où la variété des sols est telle qu’elle couvre quasiment tous les types que l’on peut trouver dans le monde», mais aussi partout ailleurs. De la Grèce à l’Inde, en passant par l’Australie ou le Brésil. Les clients de Genesis se situent dans vingt pays. Autant de sols à étudier selon des problématiques différentes. Parmi lesquelles, l’urbanisation mais aussi la santé des vignobles. Notamment ceux des domaines du groupe LVMH. «Nous sommes de vrais bébés LVMH», concède la cofondatrice de Genesis. «Nous avions un an ou deux d’existence, quand Hélène Valade, directrice du développement et de l’environnement chez LVMH, nous a repérés et nous a demandé de participer au concours de start-up de VivaTech, dont LVMH est partenaire fondateur, car elle cherchait des solutions à impact. Nous avions déjà commencé à travailler pour Rémy Cointreau, dans le cognac  en Charente-Maritime. En intégrant l’incubateur de LVMH, nous avons donc – et de fait – bénéficié d’un accès privilégié aux maisons du groupe, notamment les vignobles Chandon mais aussi les propriétés viticoles du sud de la France : Château Galoupet  et Minuty Et ce, sans qu’au départ – ni actuellement – Genesis n’ait choisi de se spécialiser dans le vin. Pour preuve, sa clientèle compte des marques aussi différentes que Nespresso et Amarenco, entreprise d’énergie solaire.

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«Le sol a été considéré comme un support»

«Le véritable sujet de Genesis, c’est le sol. Nous nous intéressons donc à des enjeux très divers. Mais je dis souvent que c’est du sol que nous sommes allés vers la vigne», explique cette fille – parmi six enfants – d’ingénieur agronome reconverti dans la culture du cassis. Activité qu’il mène en parallèle d’une carrière dans la banque, puis dans les certificats d’économie d’énergie. De ces engagements paternels, partagés entre les aléas du monde paysan – «mes parents ont dû arrêter le cassis, faute de récoltes suffisantes ; ça m’a marqué profondément» et l’univers de la finance verte, Adrienne de Malleray constate qu’en quelque sorte, «la boucle est bouclée» par le biais de sa propre activité. Puisque Genesis observe la terre grâce à l’utilisation de data.

L’idée de départ est née au cours de sa carrière de journaliste. Au début des années 2000, elle est heurtée par les soupçons «d’agribashing» proférés par les agriculteurs à son encontre et à celle des médias en général. Ces derniers, accusés de trop pencher en faveur de l’agriculture bio et de ses bienfaits. Avec, c’est vrai, une approche binaire : le bio c’est bien, tout ce qui n’est pas bio, c’est mal. Une mécompréhension qui témoigne d’un «défaut de courroie de transmission de l’information entre les uns et les autres», formalise Adrienne de Malleray. Un constat, néanmoins. «Notre économie est basée pour 50 % sur l’exploitation de la nature, principalement des sols. Que ce soit pour l’habitat, les infrastructures minières, les routes, les textiles, etc. Et, bien sûr, l’alimentation. Après la guerre et durant les plus de soixante ans de la réindustrialisation, le sol a été considéré comme un support et non comme une donnée de la production. Avec, pour conséquences, son épuisement, sa baisse de productivité compensée artificiellement ; donc, la destruction de sa vie biologique. Épuisée, la terre ne remplit plus ses fonctions initiales d’éponge. Inondations et sécheresse, elle ne peut plus agir.» Mais que faire et dans quel cadre ?

D’autant que, «comme souvent, l’agriculture était perçue comme une source de problèmes, au lieu d’être vue comme une victime». À ce moment précis de sa carrière, la journaliste sent poindre l’envie d’une «réconciliation» personnelle avec le monde agricole, dont elle est issue. Naît aussi un désir d’entrepreneuriat, qui pourrait concilier son expérience et son amour pour la nature. «Avec mon associé, l’entrepreneur Quentin Sannié (fondateur des enceintes haut de gamme Devialet, NDLR), on a décidé de créer une agence d’information sur les sols en se disant que, si l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur étaient informés correctement, le préalable était requis pour que les décisions s’alignent.» Pour résumer, elle entend offrir à tous – de l’agriculteur aux dirigeants de grands groupes qui dépendent de l’exploitation des sols, en passant par les municipalités – un langage commun et un accès équivalent aux mêmes renseignements.

Définir une grille de données fiable

Commence alors la «partie compliquée», reconnaît la glaneuse de data. C’est-à-dire la mise en musique. Avec, pour positionnement très particulier – comme il a été dit plus haut –, l’utilisation d’une notation très simple de 0 à 10. Soit une échelle basique. «Elle nous a été parfois reprochée, comme quand on reproche à un journaliste de vulgariser.» Peu importe. Il était surtout urgent de définir une grille de données fiable, pour «établir des corrélations au sujet de l’état de santé d’un sol. Puis, à partir de là, identifier des pratiques pouvant servir de leviers d’amélioration, dans un contexte pédologique et climatique donné. En n’oubliant pas que, parmi les fonctions du sol, l’une d’elles consiste à produire. Ça fait partie de son rôle», insiste Adrienne de Malleray.

À lire aussi La terre à boire : comment les sols sculptent le goût du vin ?

Mesurer l’état du sol, confronter les données. Mais comment ? Carottage et imagerie satellitaire sont mis à contribution. Premier niveau d’information : les cartes. Essentielles pour se positionner en fonction du climat et du type de sol. Deuxième indicateur : les pratiques d’exploitation. Troisièmement : la visualisation aérienne des pressions exercées sur un lieu. Urbanisation ? Présence ou non de forêts ? Arrachage de cultures ? À partir de cet ensemble collecté, y compris sur la vie microbienne des sols, Genesis élabore un système qui permet de se situer par rapport à un état naturel du sol, de façon à déterminer son pilotage dans le temps. Jusqu’où aller ? Faut-il augmenter ou diminuer son exploitation ? En bref, élaborer un «itinéraire» de bonnes pratiques.

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Du haut des sept ans d’existence de Genesis, la diplômée d’économie politique de la Sorbonne a pu constater l’impact de ces préconisations sur la structure même des sols. Que ce soit en matière de viticulture ou d’agriculture régénératrice, sur les rendements, mais aussi sur le fait qu’un sol en bonne santé aille de pair avec son aptitude à stocker du carbone. La contribution du sol vivant à la lutte contre le réchauffement climatique est essentielle. Genesis entend désormais la valoriser. Car il est venu le temps «d’établir une rémunération juste et chiffrable à l’intention des agriculteurs qui œuvrent en faveur de la planète. N’en sont-ils pas les gardiens ?», pointe la créatrice d’énergies positives, qui met déjà le cap sur l’étape suivante. «J’aime quand ça bouge», concède-t-elle. En attendant, en amoureuse viscérale de ce petit sous-bois en bordure d’étang, à deux pas de chez elle, dans la Loire, elle continue de venir s’y ressourcer au milieu des parfums d’humus. L’odeur familière du sol. Celle de la vie qui bat.

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