Widow’s Bay : Apple TV frappe encore dans le mille avec les tribulations du maire d’une île hantée
Déterminé à attirer les touristes, un édile réveille des forces surnaturelles ancestrales. Une comédie horrifique déjantée et la plus belle surprise de ce printemps sériel.
Passer la publicité Passer la publicitéWidow’s Bay mériterait d’être la nouvelle obsession sérielle de ce printemps. Cette astucieuse et désarçonnant comédie horrifique de dix épisodes est la dernière pépite à surgir du catalogue d’Apple TV. Au large de la Nouvelle-Angleterre, l’île de Widow’s Bay possède, comme sa concurrente huppée de Nantucket, des plages, des restaurants de homards et des hôtels rustiques de caractère. Seuls petits soucis : pas de Wi-Fi et des habitants bourrus et superstitieux au possible. Ils connaissent par cœur les tristes faits divers - cannibalisme, meurtres, épidémie, naufrage - qui ont ébranlé la communauté des baleiniers depuis le XVIIIe siècle et sont persuadés que la Grande Faucheuse les expédiera ad patres dès qu’ils auront mis un pied sur le continent.
Pourtant, l’ambitieux maire, Tom Loftis, s’est mis en tête de faire de sa localité un aimant à touristes. Alors qu’il touche au but, d’étranges accidents surviennent. Une brume tenace, une créature marine, une cloche condamnée qui se met à sonner la nuit… Le cartésien édile (Matthew Rhys de The Americans , toujours génial), couard sur les bords, doit envisager l’impensable : Widow’s Bay est maudite. Avec son adjointe Patricia, qui a survécu plus jeune à un mystérieux assaillant, et son opposant Wyck, gardien de la mémoire de l’île, Loftis va tenter de stopper les assauts du surnaturel.
Les ennuis et les sursauts ne font que commencer. Widow’s Bay passe, en un clin d’œil et de façon imprévisible, du loufoque au vraiment effrayant. Ayant fait ses armes dans le domaine de la comédie avec la sitcom Parks and Recreation, la créatrice, Katie Dippold, souhaitait « recapturer ce moment où la peur se transforme en rires, quand enfant nous achetions un billet pour l’attraction de la maison hantée ». « Nous étions pourchassés, nous hurlions pour s’esclaffer aussitôt », se rappelle la showrunneuse, qui revisite et pastiche bon nombre de légendes urbaines. Du croque-mitaine à la dame blanche en passant par l’auberge hantée. L’influence de Stephen King est palpable, comme celle de Steven Spielberg et de ses Dents de la mer dans les scènes aquatiques. Le sixième épisode est même un huis clos oppressant et gothique du temps des premiers colons, signé par le maître de l’horreur Ti West.
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Widow’s Bay fait son miel de l’atmosphère unique « si facilement brouillardeuse de la Nouvelle-Angleterre qui enflamme l’imagination ». « Ce territoire abrite des bâtiments vieux de plusieurs siècles, où l’on peut croiser à la table des bistrots des habitués en chemise de flanelle, où les cimetières et la mer ne sont jamais loin », résume Katie Dippold. Ce fantastique qui contamine insidieusement un quotidien anodin sert aussi de vecteur aux chagrin, regret et solitude qui rongent son trio de protagonistes.
« Ce sont des êtres en souffrance, qui vont unir leurs forces et s’embarquer dans un voyage héroïque initiatique, qui va les aider à transcender leurs névroses », analyse pour le Figaro Matthew Rhys, qui voit aussi dans la série une parabole de notre époque. « Loftis et ses compagnons d’infortune partagent une frustration très contemporaine, celle de détenir une vérité que personne ne veut entendre ni croire », note le comédien gallois, qui a dû pratiquer, pour ne pas s’évanouir, des exercices de respiration à force de devoir hurler sur commande. « Crier mène facilement à l’hyperventilation ! », s’étonne-t-il.
