Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy, l’icône du chic à la française et le maître de l’élégance
DUOS LÉGENDAIRES 3/5 - Depuis les débuts du cinéma, mode et septième art se sont toujours entrelacés donnant naissance à des affinités électives et des passions exclusives entre créateurs et stars du grand écran. Aujourd’hui, pleins feux sur la fabuleuse amitié entre Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy.
Passer la publicité Passer la publicitéElle était sa muse, il était son double au masculin. Entre eux, une histoire d’amitié rare, inédite, une alchimie magique comme seul le cinéma peut les imaginer quand on l’habille de poésie. Hubert de Givenchy, le plus gentleman et le plus raffiné des couturiers d’après-guerre, et Audrey Hepburn, la plus élégante et la plus piquante des actrices hollywoodiennes des années 1950. Les silhouettes que le créateur aristocrate va créer pour elle sont encore citées dans le monde entier comme les références absolues du chic à la française. Il faut dire qu’elles étaient aussi magistralement interprétées par cette «drôle de frimousse».
La nouvelle sensation
Pourtant, entre eux, tout part d’un malentendu. Retour en 1953. Alors que Marilyn Monroe impose ses courbes au monde entier dans Les Hommes préfèrent les blondes, le réalisateur William Wyler propose de tourner Vacances romaines avec Gregory Peck et une jeune actrice aussi menue qu’inconnue à Hollywood, Audrey Hepburn. La jeune Britannique née en Belgique a une allure de princesse. Elle sera la sensation de cette année-là. De son côté, Hubert de Givenchy, qui a créé sa maison de couture en 1951, est aussi bien lancé sur les rails du succès. Sa première collection présentée en 1952 avec le mannequin vedette Bettina a connu un triomphe immédiat.
Madame Hepburn ?
Dans la foulée de Vacances romaines, miss Hepburn s’apprête à tourner Sabrina de Billy Wilder, où elle incarne une Cendrillon américaine métamorphosée par un séjour à Paris. Si la célèbre Edith Head obtient l’Oscar pour les costumes de ce film, certaines tenues de l’actrice sont pourtant signées Hubert de Givenchy. «En 1953, avant même le tournage de Sabrina, Audrey Hepburn est en France et elle se rend dans la boutique Givenchy, raconte Antoine Sire, auteur du passionnant ouvrage Hollywood, la cité des femmes. Elle parle parfaitement français et elle demande à voir Monsieur Givenchy en se présentant comme Madame Hepburn. Ce dernier pense alors rencontrer Katharine Hepburn, qu’il adore. Il tombe sur cette inconnue qui lui demande de créer des vêtements pour son prochain film. Il s’en amuse, lui dit qu’il n’a pas le temps de lui dessiner des tenues mais lui propose de prendre ce qu’elle souhaite dans sa boutique».
Sous le charme
Dans le livre dédié à l’exposition «Audrey Hepburn et Hubert de Givenchy, Une élégante amitié», présentée à la fondation Bolle à Morges, en Suisse, en 2017, le couturier raconte de son côté : «D’abord elle m’apparut gracieuse, gracile, différente de ce que l’on avait l’habitude de voir. Elle était si mince, si menue si j’ose dire, grande, des yeux enchanteurs, une silhouette délicate, néanmoins vêtue de façon curieuse ! Elle me vit hésitant et me demanda alors de l’accompagner dans un restaurant dont on lui avait parlé. Pendant le dîner, j’ignore si c’est son charme qui opérait, mais elle me persuada que je devais absolument faire ses robes».
Une taille de ballerine
Dont acte. Bien lui en a pris, Sabrina sera un immense succès et si Hubert de Givenchy n’est pas encore crédité au générique, il le sera sur les films suivants de l’actrice dont le cultissime Breakfast at Tiffany’s (Diamants sur canapé) tiré du livre de Truman Capote et réalisé par Blake Edwards. En attendant, lors de leur première rencontre, Hubert de Givenchy est littéralement séduit par l’actrice. Arrivée avec un corsaire vichy rose et blanc, un tee-shirt, un chapeau de gondolier et de simples ballerines, la brune piquante essaie les prototypes de sa collection et repart avec un ensemble de modèles qui lui vont à ravir. Au programme : un tailleur en ottoman gris qui souligne sa taille de ballerine, une robe de cocktail en piqué de satin de coton noir retenue par des nœuds aux épaules, une robe de bal en organdi blanc rebrodé de motifs floraux noirs. C’est le début du look «Hepburn» et un film déterminant pour la carrière de Givenchy. C’est aussi la naissance d’une amitié qui, en grandissant, ne s’arrêtera plus jamais.
Mais comment cette ravissante ingénue a-t-elle pu imposer, au début de sa carrière, son propre couturier à la Paramount et à sa mythique «costume designer», Edith Head ? Comment va-t-elle obtenir, après Sabrina, qu’Hubert de Givenchy soit dorénavant mentionné dans tous ses contrats ? «Dans les années 1950, le pouvoir des studios hollywoodiens déclinent, analyse Antoine Sire. Les lois antitrust les ont beaucoup pénalisés et, parallèlement, la télévision arrive progressivement dans tous les foyers. Alors, quand une fille comme Audrey Hepburn leur propose une recette un peu différente, notamment pour ses costumes, ils l’écoutent».
Une belle histoire
«Quand Edith Head, qui s’était vu attribuer la création de toutes les robes du film, se vit récompensée d’un Oscar pour son travail, Audrey était furieuse», racontera plus tard Hubert de Givenchy. J’étais moi-même un peu désappointé, mais heureux de ce travail «à quatre mains» en
quelque sorte et de l’amitié née de cette belle rencontre. Audrey, avec
cette loyauté qui la caractérisait, a exigé que je l’habille dans tous ses
futurs films». Le couturier va donc parer la star non seulement à l’écran (pour une dizaine de longs-métrages) mais aussi à la ville. Lorsque en 1954, l’actrice gagnera un Oscar pour sa performance dans Vacances romaines, elle fait sa première apparition publique dans une robe Givenchy blanche à fleurs pour aller le chercher. «Hubert a fait toutes les robes de mes premiers films, déclarera-t-elle. C’est lui qui m’a donné un look, un genre, une silhouette. C’est lui qui visuellement a fait de moi ce que je suis devenue».
Le duo de la beauté
Après Sabrina, ce sera Funny Face en 1956 (Drôle de Frimousse) de Stanley Donen, comédie musicale dont une partie se déroule à Paris puis Love in the Afternoon (Ariane) de Billy Wilder. En 1957, Hubert de Givenchy lance aussi ses deux premiers parfums dont L’Interdit spécialement créé pour Audrey Hepburn devenue, non seulement son amie, mais aussi son égérie. L’actrice est d’ailleurs la première célébrité à prêter son visage pour la campagne de promotion d’un parfum. «Notre amitié ne fit que croître, évidemment», témoignera Hubert de Givenchy.
«On se comprenait, je dessinais ou elle voyait des choses dans la collection et je les modifiais pour elle. Par la suite on voyagea beaucoup ensemble, l’Espagne, la Californie, l’Italie... De film en film, le succès d Audrey allait grandissant, tout le monde voulait lui ressembler. Les hommes comme les femmes étaient amoureux d’elle, elle ne ressemblait à aucune autre star de l’époque, elle était unique, une véritable icône toujours présente et inspirante. Elle pouvait tout jouer. J’habillais beaucoup d’autres actrices, mais je n’ai jamais eu une telle amitié, une telle complicité avec quiconque».
Petite robe noire et perles blanches
Dans Diamants sur Canapé (1961), la robe noire Givenchy décolletée que porte l’actrice est encore aujourd’hui considérée comme l’une des plus célèbres de l’histoire du cinéma. Une petite robe noire (plutôt longue en fait) que le couturier désembourgeoise, elle est sans vison, à emmanchure américaine et décolleté dans le dos et accompagne parfaitement l’ingénue sophistiquée que joue Audrey Hepburn, irrésistible de fantaisie dans cette «rom com» new-yorkaise des sixties. Son collier de perles blanches devient aussi instantanément un classique de la mode. En 1963, elle est d’une élégance sidérante aux côtés de Cary Grant dans Charade de Stanley Donen en trench, coiffée d’un foulard et gantée ou en tailleur de crêpe de laine. La même année, si Hubert de Givenchy ne crée pas les costumes de My Fair Lady de George Cukor (c’est Cecil Beaton qui s’en charge), il est quand même présent sur le tournage et l’habille, tel un «méthode dressing» avant l’heure, pour la présentation du film dans chaque ville importante des USA.
Une nouvelle image de la féminité
Ils se retrouvent par la suite sur les plateaux de Deux têtes folles de Richard Quine (1964) où l’actrice porte de délicieuses couleurs acidulées esprit garden-party et sur ceux de Comment voler un million de dollars de William Wyler, où la garde-robe très parisienne d’Audrey Hepburn joue avec des accessoires excentriques, telle cette robe en mousseline noire sobre accompagnée d’un loup en dentelle de Chantilly dissimulant un regard pailleté d’argent. À eux deux, Hepburn et Givenchy façonnent une nouvelle image de la féminité, plus délicate et contemporaine, à l’opposé des sex-symbols à la Marilyn Monroe. Quant à leur amitié, elle est sans failles ni ruptures. «Où que je sois, il est toujours là, par un bouquet, un mot un télégramme», dira l’actrice qui parfois l’appelait aussi du bout du monde juste pour lui dire «Hubert, je t’aime», puis raccrocher.
Les derniers feux de la rampe
En 1968, l’actrice annonce mettre un terme à sa carrière. Mais au bout de dix ans de silence cinématographique, le duo mythique se reforme. Audrey Hepburn a 50 ans et elle joue dans Liés par le sang de Terence Young vêtue des modèles de la collection Disco haute couture automne-hiver 1978 de Givenchy. 1987 signe leur dernière collaboration à l’écran : dans La Rançon mexicaine, téléfilm de Roger Young, diffusé aux États-Unis, Hubert de Givenchy imagine une dernière fois les costumes d’Audrey Hepburn qui, dès lors, se consacre principalement à sa mission d’ambassadrice de l’Unicef.
40 ans d’amitié
Concernant sa garde-robe personnelle, l’actrice aura aussi été la plus fidèle des clientes Givenchy. Durant l’été 1968, pour le bal La Dolce Vita, elle fait sensation dans une spectaculaire robe longue en crêpe de soie blanc révélant une taille entièrement nue sous des croisillons de perles de porcelaines et de strass. Et l’année suivante, elle épouse le psychiatre italien Andréa Dotti (son second mari après l’acteur Mel Ferrer ), dans une minirobe de jersey rose avec foulard assorti imaginé aussi par Hubert de Givenchy. Leur love-story amicale, sincère et intense, aura, elle, duré plus de quarante ans, jusqu’à la disparition de l’actrice en 1993, à l’âge de 63 ans. Peu de temps auparavant, le couturier s’était rendu en Suisse au chevet de son amie souffrant de deux cancers et avait reçu de ses mains un manteau matelassé bleu marine. «Quand tu seras malheureux, porte-le et ça te donnera du courage, lui glissera-t-elle. Lui dira : «C’était une enchanteresse, inspirant l’amour et la beauté... Les fées ne disparaissent jamais totalement».
En 2015, trois ans avant sa disparition, il lui déclarera aussi son amour inconditionnel dans un ouvrage collector baptisé To Audrey with Love, rempli de ses plus beaux croquis. Dans la préface, il lui écrit : «Avec le recul du temps qui passe, je voudrais ma chère Audrey, t’envoyer ce cadeau en couleurs. Quelques dessins retraçant toutes ces années de bonheur et de travail ensemble. Tu avais la passion des robes, tu savais les porter mieux que personne, tu leur donnais une vie encore plus intense. Que ce livre de souvenirs puisse évoquer la mémoire d’une si belle amitié, celle que nous avons partagée pour toujours».
