Qu’est-ce que les incroyables tenues de Naomi Osaka nous racontent ?
S’il y avait encore des doutes sur le lien qui unit mode et sport, Naomi Osaka les a tous balayés sur le court de Roland Garros ce mardi 26 mai. Mais que signifie vraiment cette apparition mode (et les autres) ?
Passer la publicité Passer la publicitéMoment suspendu sur le court de Roland Garros ce mardi. Alors que tous les yeux sont rivés sur le terrain, Naomi Osaka apparaît dans une tenue noire munie d’un corset sculpté avec des perles et d’une longue jupe plissée semi-transparente qui descend jusqu’à ses pieds. Arrivée à son banc, la joueuse japonaise enlève cette création signée Kevin Germanier révélant un ensemble à sequin Nike. Elle prend sa raquette à la main, le set peut commencer.
Depuis quelques années, la quadruple championne en Grand Chelem a multiplié les apparitions modes remarquées, faisant des looks peu conventionnels pour disputer un match de tennis sa signature. Elle a ainsi permis de rappeler à tous le lien fort qui unit le sport et la mode, tout en bousculant les codes. Dans son livre ACE: The Times & Style of Tennis, dont la sortie est prévue le 2 juin, Sunita Kumar Nair revient d’ailleurs sur ce lien si particulier. Selon elle, si les joueurs ont toujours utilisé la mode pour s’affirmer sur le terrain à l’instar de René Lacoste ou Suzanne Lenglen, ces dernières années, ce mouvement semble s’accélérer.
Passer la publicitéEntrer sur le terrain comme dans un ring de boxe
Dans son ensemble noir sur le terrain ce mardi, la Japonaise rayonnait de confiance, comme un oiseau de mauvais présage venu annoncer avec certitude la défaite imminente de son adversaire. «Les sportifs ne sont pas là pour pique-niquer et siroter des cocktails. Ils sont là pour gagner. Il y a différents niveaux de victoire qui peuvent aller du physique à l’émotionnel, en passant par le mental. Et j’adore que la mode s’implique là-dedans. Tant qu’il n’y a pas de triche, pourquoi pas ? Se pavaner est un instinct très animal, c’est naturel», nous explique Sunita Kumar Nair. Comment ne pas se souvenir de cette autre fois où Naomi Osaka a foulé le terrain de l’Open d’Australie dans une tenue du créateur Robert Wun composée d’un chapeau voilé, d’une ombrelle, d’une tunique bleu et d’un pantalon XXL blanc... Un look spectaculaire qui la transformait, le temps d’un instant, en méduse sortie de l’eau.
En 2024, la joueuse de 28 ans avait déjà fait sensation en se présentant à l’US Open dans un look vert fluo avec frous-frous et petits nœuds, façon lolita. Un refuge, peut-être, pour une joueuse qui a souvent évoqué l’anxiété sociale dont elle souffrait ? «Il y aura toujours des commentateurs de tennis qui diront qu’elle devrait se concentrer sur la victoire plutôt que sur sa tenue, analyse l’auteure. Mais je pense que lorsque les tenues conviennent aux joueuses et qu’elles se sentent vraiment enhardies et valorisées par ce qu’elles portent, ça les aide tout simplement dans leur jeu.»
Jouer avec la culture du divertissement
Plus que le tennis, tous les sports semblent tomber un à un dans un engrenage mettant le divertissement au centre du jeu. Le Super Bowl est par exemple devenu un événement musical à part entière grâce à sa fameuse mi-temps ; le créateur de contenu Squeezie a repris le concept des tournois de F1 pour réaliser son propre événement médiatisé, la dernière tendance chez les célébrités est de se faire photographier dans les gradins d’un match de NBA… Autant d’exemples qui justifient que les tennismen et tenniswomen essayent de ramener un peu de théâtre dans leur court.
Sunita Kumar Nair, auteure du livre ACE: The Times & Style of Tennis.Il y aura toujours des commentateurs de tennis qui diront qu’elle devrait se concentrer sur la victoire plutôt que sur sa tenue.
«Comme l’a dit Naomi Osaka dans mon livre : “Quoi de mieux que de voir son idole enfiler son costume de super-héros ?”», dévoile Sunita Kumar Nair. Pour elle, ce sont ce genre de fashion statements qui alimentent la culture de la célébrité dans le sport. L’auteure continue : «Les sportifs sont des personnes extraordinaires, il est donc tout à fait normal qu’ils se disent qu’ils ne veulent pas porter une tenue de tennis classique mais quelque chose de spécial.»
Une extravagance réservée aux femmes ?
Alors que les tournois de tennis sont bien sûr, ouverts aux hommes et aux femmes, ces dernières semblent souvent les plus aventureuses en matière de style. Un phénomène qui n’est pas réservé au sport mais s’observe systématiquement dès que la mode est concernée. Si Sunita Kumar Nair partage ce constat, elle nuance : «Il y a eu des joueurs masculins qui se sont exprimés à leur manière comme René Lacoste, Roger Federer et même Rafael Nadal. Mais la grande diversité des vêtements féminins leur permet à elles de s’exprimer davantage. »
On pense à la parure de bijoux portée par Aryna Sabalenka à Roland Garros ce mardi ou à la tenue en dentelle arborée par Venus Williams sur le terrain parisien en 2010. «Il y a 100 ans, les femmes se battaient pour leur droit de faire du sport et maintenant elles peuvent faire du sport et être belles en même temps. C’est une expression de la féminité que je trouve magnifique», conclut l’auteure. La «tennis couture» a encore de beaux jours devant elle.
