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⇱ Carla Bruni, Tony Parker... 45 personnalités du monde de la culture et du sport racontent leurs plus beaux souvenirs de vin


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Carla Bruni. Sébastien Valente

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Carla Bruni, Tony Parker... 45 personnalités du monde de la culture et du sport racontent leurs plus beaux souvenirs de vin

Souvenirs de palais : 100 personnalités dévoilent leurs plus beaux souvenirs de vin

Politiques, écrivains, chefs cuisiniers, comédiens, artistes, sportifs, fins connaisseurs ou simples amateurs, ils nous racontent leurs plus grandes dégustations de vin.

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Écrivains, chanteurs, sportifs... 45 personnalités du monde de la culture et du sport confient au Figaro leurs plus belles émotions de vin.

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Philippe Geluck, artiste belge, créateur de la bande dessinée Le Chat , (exposition Geluck expose Le Chat au Musée Maillol à Paris jusqu’au 26 mai) - Morgon  cuvée Marcel Lapierre Domaine Marcel Lapierre  (Beaujolais )

Philippe Geluck Emmanuel DUNAND / AFP

Mes parents ne buvaient pas de vin, et pas de bière non plus. En fait, mes parents ne buvaient pas et ils en étaient assez fiers. Résultat, je ressens une sorte de manque du côté de l’initiation à ce divin breuvage. Après des débuts adolescents un peu chaotiques faits de Ricard, bière, whisky et vodka, je me suis penché sur la question de l’œnologie (prononcer «énologie» et non «eunologie», bon sang, c’est comme ceux qui disent «Eudipe» au lieu d’«édipe», ça énerve) et m’y suis même plongé avec délice. Donc, côté picole, pardon… je voulais dire dégustation, je suis un parfait autodidacte. Je ne m’attribuerais pas le terme de connaisseur, juste celui d’amateur passionné. Et davantage séduit par les moments de partage et de fête que par la fierté d’affirmer qu’il s’agit d’un Château Machinchouette de telle ou telle année. Par contre, ce qui m’a toujours passionné, c’est d’entendre parler du vin, de lire des écrivains alcooliques et d’admirer mes confrères dessinateurs traitant du sujet. De Sempé à Serre, de Blachon à Siné, ils ont célébré le divin breuvage de façons multiples et éblouissantes. C’est d’ailleurs Siné qui m’a fait découvrir le merveilleux morgon de chez Lapierre !

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Michèle Fitoussi, écrivain, journaliste - Terrasses du Larzac  2015, Domaine Les Gentillières (Languedoc )

Mon amie Laure Gasparotto, auteur de Vigneronne (Éditions Grasset), rêvait de faire son propre vin. Le petit héritage reçu de sa grand-mère ne suffisant pas, nous montons un groupe d’investisseurs assez hétéroclite. Laure acquiert finalement 5 hectares sur les contreforts du Larzac et décide de vinifier elle-même, contrairement au précédent propriétaire, qui donnait l’intégralité de son raisin à la coopérative. Nous avons baptisé le vin Les Gentillières parce que nous étions gentilles… J’ai toujours été amatrice de vin, sans exagération, mais je suis toujours émue en pensant à la dégustation du premier millésime, un 2015, c’était sur la terrasse du cinéma Le Louxor. Je me souviens encore de sa fraîcheur, de son côté un peu italien. Laure avait réussi à faire un vin qui lui ressemble. Revendre ces vignes quelques années plus tard a été un crève-cœur mais cette aventure reste merveilleuse. Seul le vin est capable de fédérer toutes les personnes différentes qui ont participé à ce projet.

Raphaëlle Giordano, écrivain, auteur des Miroirs sourient à ceux qui s’aiment (Éditions Récamier) Château de Pibarnon  rosé 1990 (Bandol )

J’avais 20 ans. Mon grand-père, 90 ans. Nous déjeunions dans la jolie courette ombragée d’un restaurant antibois. Il chassait, avec son humour imparable et sa flegmatique bonne humeur, l’hiver qui envahissait son corps et le plongeait chaque jour un peu plus dans le noir de la cécité. À côté de nous, des voisins sirotaient leur «rosé piscine» noyé de glaçons. Lui, il a commandé un Château de Pibarnon 1990, un bandol rosé. «Celui-là, il a du caractère. Comme toi !» Une fois servi, il m’a demandé de lui raconter le nectar. «Papi, tu sais bien que je n’y connais rien en vin !» «Laisse parler le cœur.» Alors, j’ai décrit la robe framboise comme les petits fruits rouges dont je me délectais enfant. J’ai évoqué la salinité qui me renvoyait à nos balades en mer, les parfums de garrigue, la chaleur capturée dans la terre rouge caressée par le vent. «C’est tout le Sud qui est dans ma bouche !» Il a éclaté de rire. Nous avons trinqué à ce petit moment d’éternité qui resterait gravé… sans savoir que ce serait le dernier.

Christophe Bourseiller, écrivain, journaliste - Niebaum Coppola rouge 1978 Rutherford (Napa Valley, Californie)

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Un ami qui connaît ma passion pour le bon vin m’appelle un jour en me disant : «Francis Ford Coppola vient présenter le sien à Paris, viens !» Rendez-vous est fixé au Taillevent. Effectivement, le cinéaste est là, accompagné par sa charmante épouse, Eléonore. Son vin, qui ressemble à un grand bourgogne, est effectivement délicieux. Entre-temps, mon hôte m’a précisé, à ma grande déception, que Francis Ford Coppola ne voulait absolument pas parler de cinéma mais seulement de vin. Je lui raconte toutefois que je collectionne tous les objets ayant trait à la propagande et qu’en France tous les partis politiques faisaient des bouteilles à leurs propres étiquettes. Je poursuis en lui disant que je possède même quelques flacons offerts par un groupe anarchiste. Peu de temps après ce déjeuner, piqué par la curiosité, je décide d’ouvrir l’une de ces bouteilles. Les anarchistes m’avaient précisé que le vin n’était pas très bon… et pour cause, c’était du sang !

Emmanuelle Delacomptée, éditrice et écrivain - Vin jaune d’ArboisDomaine de la Tournelle  2009 (Jura )

J’ai eu la chance de fréquenter les plus grandes tables de France quand j’ai conçu le roman graphique Sacrés chefs ! Mais mes meilleurs souvenirs liés au vin sont d’abord des repas dans des auberges sur la route des vacances. Je me rappelle ainsi un restaurant familial sans prétention, à la clientèle locale, découvert par hasard dans le Jura. On s’y est arrêté avec mon mari et notre fils, encore bébé, après un trajet long, rythmé par la pluie et les pleurs enfantins. Là, on s’est vu servir un poulet au vin jaune et aux morilles, entier dans sa cocotte, avec un vin jaune d’Arbois domaine de la Tournelle 2009. Un pur bonheur gastronomique. L’association entre ce vin unique, dont la perfection repose sur une légère dissonance, l’acidité des morilles et le gras de la sauce, a fait de cette soirée, qui n’avait a priori rien d’exceptionnel, un moment inoubliable.

Jean-paul Kauffmann, journaliste, écrivain, auteur de L’Accident (Équateur) -  Vouvray  Le Haut-Lieu, moelleux 1947, Domaine Huet  (Loire )

Jean-paul Kauffmann Maurice Rougemont

Je suis à la recherche du vin perdu. Journaliste au Matin de Paris au début des années 1980, je préparais le dossier vin - j’ose dire que nous avons inauguré un genre qui a fait florès. J’interrogeais à Vouvray Gaston Huet en compagnie de l’ami Jacques Puisais, le grand œnologue et biologiste, inventeur du «goût juste». À 11 heures, Gaston Huet s’est éclipsé pour apporter modestement sur un plateau le vin de son domaine : Vouvray Haut-Lieu 1947. Sur le coup, prenant des notes, je n’ai pas réalisé la déflagration qui lentement s’opérait en moi. Quelque chose de secret et d’exceptionnel révélé au grand jour. Puissance et délicatesse, deux notions pourtant contradictoires, tout s’accordait soudain.

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Un grand vin, c’est avant tout l’inattendu, l’effet de surprise absolu. Que de flacons légendaires dont on espère trop ! Trop de désir. À la fin ils déçoivent. Cette sensation unique, j’ai été à deux doigts de la retrouver avec deux vins : Palmer 1961 et Yquem 1967. Je sais que je ne retrouverai jamais ce Vouvray, c’est impossible. Comme le disait Vladimir Jankélévitch : «Chaque première fois est en fait la dernière fois.»

Lord Kossity, rappeur et chanteur français, créateur de la marque de champagne Ascalon - Clos de Vougeot , grand cru 2000 (Bourgogne )

Lord Kossity CHARLES SY

Pour célébrer la signature d’un contrat et concrétiser une année d’efforts et d’opiniâtreté sur des projets, un de mes amis est venu avec un flacon de clos-de-vougeot. D’habitude, j’ai un peu de mal avec le vin rouge. Mais cette bouteille exceptionnelle fut une révélation. Mon ami me l’avait dit et je le savais. En bouche, très puissante. Son intensité pénètre petit à petit, le palais, le corps mais aussi l’esprit. J’ai dégusté toutes sortes de vins et d’alcools intéressants, notamment parmi les digestifs. Mais là, avec ce clos-de-vougeot, il s’est passé autre chose.

Hubert Barrère, directeur artistique de Lesage, créateur de mode, corsetier et plasticien - Montrachet  grand cru, Domaine Étienne Sauzet  (Bourgogne)

Je suis un amateur émerveillé. Invité par des amis très chers au légendaire restaurant de Guy Savoy, à l’Hôtel de la Monnaie, j’ai vécu l’un de ces instants suspendus qui marquent une vie. Ce soir-là, j’ai eu la chance de déguster un montrachet grand cru de chez Étienne Sauzet, d’une grâce inouïe. Le vin, frais et lumineux, racontait une Bourgogne intime, avec des notes légèrement fruitées dans le minéral, infiniment élégantes. Tout était harmonie : la table, l’amitié, le partage, la conversation, les rires. Un bonheur absolu, le sentiment d’accéder à un rêve que je croyais inaccessible et pourtant si simplement, si merveilleusement humain.

Octave De Gaulle, designer, fondateur de l’agence Spade RSRV - Rosé Foujita Brut Grand Cru et Blancs de Noirs GH Mumm  (Reims, Champagne )

J’ai passé une bonne partie de la dernière décennie à réfléchir comment, pourquoi et à quelles fins il fallait absolument emporter du vin dans l’espace. C’est une quête singulière sans doute… Mais qui m’a valu quelques dégustations inoubliables. S’il fallait en retenir une, je choisirais mon premier vol à bord de l’A310 Zero G de Novespace, en 2017. Avec le chef de cave de Mumm, Didier Mariotti (chez Veuve Clicquot depuis août 2019, NDLR), nous avons redécouvert ses cuvées Foujita et blancs de noirs en apesanteur. Une texture inouïe en bouche et l’euphorie contagieuse de déguster ces champagnes en lévitation.

Franck Papazian Fondateur du groupe MediaSchool, propriétaire de CBNews, de Stratégies  , du Journal du luxe et du Who’s Who France Côte-Rôtie  Blonde du Seigneur, Domaine Georges Vernay  2016 (Bourgogne)

Je vais rendre hommage à Antoine Hébrard, ancien propriétaire du Who’s Who. Le connaissant grand amateur de vin et à l’origine du Who’s Who international du vin, j’étais venu avec un Côte-Rôtie Blonde du Seigneur, l’envie de passer un moment convivial et de lui faire découvrir (peut-être ?) ce vin que j’affectionne particulièrement… Nous avions tant de projets à définir ! Trois années sont passées depuis… Le Côte-Rôtie Blonde du Seigneur, je l’associe aussi à de nombreux événements personnels ou professionnels qui ont marqué ma vie, des moments de partage et de joie… Il est le fil rouge de mes plus beaux souvenirs ! Ma madeleine de Proust !

Hervé Lemoine Conservateur général du patrimoine, président de l’établissement public des Manufactures nationales Sèvres et Mobilier national - Simonnet Febvre Irancy  Paradis (Bourgogne)

Octobre 2011. J’ai passé une journée entière à visiter la «vraie demeure des rois», comme aime à se qualifier le château de Fontainebleau, avec un ami historien et éditeur, Anthony Rowley, un véritable puits de science. Visiter Fontainebleau avec lui était une aventure épique. Vint l’heure du déjeuner. C’est alors qu’Anthony, qui était aussi l’un des plus grands historiens de la gastronomie et des vins, m’invita à une bonne table qu’il avait réservée et me fit découvrir le vin préféré d’Henri IV : l’irancy. Ce vin du nord de la Bourgogne, moins réputé que certains de ses voisins du Sud, était et demeure pour moi un vin savoureux qui porte tout autant l’histoire de son cépage que de cette journée particulière passée avec cet homme de goût et d’histoire qui devait disparaître quelques jours plus tard. Il n’y a pas une fois où je ne pense à cette journée quand je bois ce vin qui est, bien entendu, demeuré l’un de mes préférés.

Antoine Compagnon, de l’Académie française, auteur d’Un hiver avec Matisse (Équateurs, Parallèles  ) - Château d’Yquem  1985 (Sauternes )

Inutile de chercher bien loin dans ma mémoire, car j’ai déjeuné hier au château d’Yquem, à l’invitation de Pierre Lurton, le grand maître, en compagnie de Denis Mollat et de son équipe de l’extraordinaire librairie de Bordeaux. Après avoir parcouru le domaine, le château et les chais, je retiendrai de notre festival de sauternes l’Yquem 1985 qui a escorté le dessert, ou plutôt dont un blanc-manger aux agrumes a permis de relever l’arôme très fruité. Prenant la suite de millésimes plus jeunes et jaunes translucides, celui-ci était doré à point, presque cuivré, liquoreux à souhait, savoureux comme un fruit mûr. Ce matin, dans le train vers Pau et la pluriséculaire librairie Tonnet, j’en goûte encore le parfum profond en bouche, sensation incomparable et qui doit rester exceptionnelle. Dans les caves, je n’ai pas aperçu d’Yquem 1966, année mirifique là aussi, mais justement rare.

Sam Baron, designerDom Pérignon  Vintage 1996 cuvée Plénitude 2 (Champagne)

Une villa du XVIe siècle au bord du lac de Côme en 2019. Des invités inspirants : chefs, pâtissiers, philosophes, designers. Mais aussi des cuvées millésimées de Dom Pérignon, notre hôte. Dans ce cadre idyllique, nous échangions sur la créativité sous toutes ses formes : gustative, visuelle, spirituelle dans le but de questionner l’avenir de la gastronomie, de l’environnement, des besoins et des attentes des futures générations. Le soir, guidés par le chef de cave Vincent Chaperon, nous avons dégusté plusieurs cuvées Plénitude Vintage de la maison. C’est la première fois que je découvrais les vins de cette manière, accompagné par des histoires envoûtantes sur le terroir, la couleur des bulles. L’impression d’être hors-sol.

Anny Duperey, actrice et écrivain - Irancy rouge Domaine Benoît Cantin (Irancy)

Je suis fidèle à un seul vin, rencontré il y a des années en Bourgogne, où nous tournions une saison d’Une famille formidable. Joël Santoni, notre metteur en scène, était un grand amateur de gastronomie et de vins. Un tel amateur qu’il m’a dégoûtée de le devenir moi-même. Car… les samedis de tournage libres, il nous invitait dans un grand restaurant des alentours pour festoyer. Entrés dans l’établissement vers 12 h 30, nous en ressortions environ cinq heures plus tard, avec 18 bouteilles sur la table, car il fallait goûter ceci avec tel met, cela avec tel autre. Nous en sortions épuisés, vaguement nauséeux, à tel point que nous tirions au sort ceux qui pourraient échapper à l’orgie la semaine suivante ! En revanche, il organisa un jour un «pot» de tournage avec un vin délicieux, léger, parfumé, qui provenait d’un viticulteur ami de notre camerawoman (inventons donc le mot !), l’Irancy rouge de chez Benoît Cantin, à Irancy. Ses qualités étant remarquablement fidèles, je le bois fidèlement depuis trente ans ! Je n’ai que lui dans ma cave.

Ginger Knockout, danseuse du Crazy Horse - Priorat Gratavinum Dolç d’en Picqué 2022 (Tarragone, Espagne)

Ginger Knockout Hélène Tchen

En Espagne, dans un petit village ancien de la région de Tarragone, appelé Gratallops. Nous avons eu le plaisir de visiter un petit domaine viticole engagé en agriculture biologique. Accueillis par un vigneron passionné, nous avons découvert les vignes, les chais et les coulisses de son savoir-faire. À travers ses explications, nous avons mesuré l’exigence et l’amour du métier qui se cachent derrière chaque bouteille. Un lieu plein de charme, à l’atmosphère presque familiale, où l’on ressent profondément le lien entre la terre, le temps et le vin. Lorsque nous sommes arrivés au sommet des vignobles, des tonneaux avaient été installés en guise de tables, au milieu des vignes, et nous avons commencé la dégustation. Et il y a un vin qui me revient en mémoire encore aujourd’hui : un Priorat Gratavinum Dolç d’en Picqué 2022. C’était l’alliance du goût incroyable du vin, de la beauté du paysage et de la légère brise qui rendait ce moment si spécial. Ce vin occupe encore aujourd’hui une place privilégiée dans mes souvenirs. Quand l’émotion rencontre l’expérience, quelque chose d’unique se crée… comme au Crazy Horse.

Bruno Moinard et Claire Bétaille, fondateurs de l’agence d’architecture Moinard Bétaille - Château Latour  1975 (Pauillac )

18 juin 2017. Nous sommes invités au «Dîner des grands crus » à Château Latour pour la Fête de la fleur. Le repas se tient dans le chai. Il faut se remettre dans l’émotion. Quand on conçoit un chai pour l’éternité, comme nous le faisons, c’est un lieu rempli de barriques mais aussi de vide. La particularité de celui que nous avons réalisé pour le Château Latour repose sur son absence d’ostentation. Du béton ciré teinté dans la masse asassortie aux boues de la Garonne, du chêne pour les portes, du bronze laiton pour les petites suspensions qui servent d’éclairage. Dans ce lieu si austère où tout a été pensé pour favoriser le repos du vin, qu’allait donner une réception pour 400 personnes ? Vidé de ses barriques, éclairé par les lucioles suspendues au plafond comme un ciel étoilé et bougies sur les tables, l’ambiance à la Barry Lindon fonctionne à merveille avec les vins servis, tous du millésime 2009. Au moment du dessert, les portes du chai s’ouvrent sur le vignoble. Les convives sont invités à sortir avec leur verre rempli d’un Château Latour 1975 en magnum. Dehors, les vignes sont illuminées de milliers de petites lumières, comme si le plafond s’était retourné. Un moment de grâce, une fin de dîner magique.

Michaël Guigou, triple champion olympique et quadruple champion du monde de handball - Colomé Torrontès de la Bodega Colomé (Argentine)

Michaël Guigou DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

J’ai vécu ma plus belle expérience œnologique à Laguiole, en Aveyron, lors de la préparation des Jeux olympiques d’Athènes en 2004 avec l’Équipe de France. Pour un athlète, une période intense où l’on vit entre nous, coupés du reste du monde avec une préparation physique et mentale exigeante ne laissant que peu d’espaces aux écarts diététiques. Néanmoins, alors que nous réalisions notre préparation à Rodez, nous avons été invités chez Bras, un 3-étoiles. Je conserve un souvenir ému des fleurs comestibles proposées avec un œuf à la coque et un verre de vin blanc légèrement miellé. J’avais 22 ans. Bien que fils et petit-fils de vigneron, je ne suis pas un grand connaisseur. Mais ce jour-là, avec en prime une vue sur le plateau du Larzac, j’ai compris la signification de l’osmose entre un mets et un vin.

Carla Bruni, auteur-compositirice-interprète - Cuvée Roseblood rosé, Château d’Estoublon  (AOC Coteaux Varois en Provence )

Carla Bruni Sébastien Valente

Il y a environ quatre ans, j’ai participé pour la première fois à l’assemblage destiné à donner naissance à notre vin. Sur la table, plusieurs bouteilles alignées contenaient chacune une nuance de ce futur nectar, prêtes à être réunies pour composer le jus final. L’exercice consistait à trouver l’équilibre juste entre les notes : certaines plus florales, d’autres plus minérales. Guidée pas à pas par notre œnologue, je découvre la précision presque musicale de cet art de l’assemblage. À côté des bouteilles, un crachoir rappelle la règle essentielle : goûter, mais ne pas boire. Par inexpérience, je n’en fais rien et avale chaque gorgée. Très vite, une légère ivresse me gagne, malgré l’embarras que cela me procure. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais oublié de recracher : l’ivresse, au fond, est l’inverse du plaisir subtil que le vin nous apporte…

Juliette, chanteuse - Prince Probus tête de cuvée du Clos Triguedina  de Jean-Luc Baldes à Puy-l’Évêque (Cahors )

Je considère le vin comme un produit précieux. J’en ai même fait une chanson, La petite messe solennelle. «Le vin délie les sens il entrouvre les draps/ Le vin délie les âmes il entrouvre le ciel.» Un soir de déprime, j’étais seule à la maison avec une bouteille de Pibarnon. J’avais dû la garder pour une belle occasion. Je me suis dit : «Dommage de ne pas la partager, mais tant pis.» Je l’ai ouverte pour moi seule. Un doux moment. Comme une remise de peine, une compagne consolatrice. Je ne suis pas amatrice de grands crus. Contrairement à Charles Aznavour, qui avait pour réputation de se faire livrer des grands bordeaux, entre autres du Haut-Brion, dans sa loge. Un jour, je l’ai apostrophé : «Charles, un jour, je vous ferai découvrir un cahors, le Prince Probus du Clos Triguedina.» Il m’a regardé de haut, l’air de penser : «Mais qu’est-ce qu’elle me veut, avec ses petits vins ?»

Maxime d’Angeac, designer et architecte d’intérieur - Chambolle-Musigny , vieilles vignes 2011 (Bourgogne)

Lors d’un voyage en amoureux à Copenhague avec ma femme Macha, nous sommes allés dîner dans un petit restaurant qui ne payait pas de mine mais qui avait une carte des vins très intéressante, avec un choix très pointu, notamment de bourgognes de producteurs que je ne connaissais pas. C’était inattendu de voir cela dans un pays nordique. Nous avons bu deux bouteilles incroyables. En rentrant à Paris, j’ai cherché les coordonnées de ces producteurs et leurs distributeurs, et j’ai découvert grâce à eux d’autres vins de cette région viticole. Désormais, je ne bois plus que du bourgogne. Macha fait toujours beaucoup de recherches en ligne pour trouver des restaurants avant de partir. Elle avait vraiment fait le bon choix.

Stéphanie Des Horts, romancière, auteur de Gianni le magnifique (Albin Michel) - Château d’Yquem (Sauternes)

Il y a quelques années, pigiste pour Valeurs actuelles, je file rue Troyon au déjeuner que Christian Millau donne chez Guy Savoy pour la sortie de son livre, Dictionnaire amoureux du vin (Plon). Je m’y rends en traînant les pieds : je ne bois jamais. Je n’y connais rien, au vin. Le festin préparé par le chef du 3-étoiles est sublime, les journalistes s’enflamment. Quant à moi, je trempe à peine les lèvres dans mon verre. Au dessert, nous est servi un liquide d’or, magnifique. Curieux, mon frère m’appelle le lendemain : «Qu’as-tu bu ?» «Un jaune ravissant, un nom poétique… » «Château d’Yquem», décrète-t-il. C’était lui. Et depuis, je lui fais exception.

Nicolas De Tavernost, ex-Président du directoire Groupe M6 (2000-2024) - Château Saint-Pierre  95 (Saint-Julien )

31 Mai 2009, à 2 heures du matin au Grand Hôtel de Bordeaux au retour de Caen où notre club, les Girondins de Bordeaux, alors propriété de M6, étaient rentrés dans la nuit comme nouveau Champion de France. Tellement heureux qu’avec mes deux garçons, je commande un Saint-Pierre 95, formidable quatrième de Saint-Julien appartenant à mon ami Jean Louis Triaud, par ailleurs un très efficace Président des Girondins à cette date. L’hôtel n’ayant plus ce millésime, j’ai alors pu me consoler avec un très beau Gloria Saint-Julien, également de la famille Triaud-Martin. Fort en cabernet sauvignon, sa robe est aussi belle que son étiquette orangée. Une belle conclusion pour une soirée magnifique .

Tony Parker, ancien basketteur et fondateur d’Infinity Nine Group - Château d’Yquem 1870 (Sauternes)

Tony Parker François Bouchon

Je me souviens particulièrement d’un dîner au Château d’Yquem avec Mylène Farmer et des amis. Pierre Lurton, le boss d’Yquem, nous a particulièrement gâtés ce soir-là en ouvrant une multitude de millésimes tout au long du repas. Je ne me souviens pas combien nous en avons dégusté. Au bout d’un moment, Pierre nous a emmenés dans la cave du château et nous a dit que nous pouvions choisir n’importe quelle bouteille, même au plus profond de la cave. Il nous a proposé un flacon exceptionnel : un 1870 ! C’était vraiment un moment incroyable de pouvoir goûter un vin aussi ancien et toujours aussi vivant. Je m’en souviendrai toute ma vie.

Dorothée Boissier, architecte d’intérieur - Château d’Yquem 1989 (Sauternes) 

Il y a vingt-cinq ans, Patrick et moi avons été invités à dîner chez un client à Taipei. Être reçus ainsi, dans l’intimité de la maison, est rare. Le geste nous a beaucoup touchés. Nous étions peu nombreux. Je me souviens d’un bœuf de Kobé apporté sur un chariot, sous un couvercle d’argent. Chaque plat trouvait son vin. Notre hôte est un grand collectionneur ; il achète aux enchères des grands vins. Je ne buvais pas. Je trempais simplement mes lèvres dans chaque verre, comme pour en comprendre la vibration. Jusqu’à un Château d’Yquem 1989. Un liquoreux d’une douceur suspendue. Cette gorgée m’a ramenée ailleurs : à un mouillage en Turquie, dans une crique sans une vague. L’eau y était lisse comme de l’huile. Je nageais avec la sensation d’être là, sans peser.

Alexis Mabille, créateur de mode - Cuvée Rare Champagne

Un jour, Christophe Descours (PDG du château La Verrerie et de Piper-Heidsieck)m’a offert un flacon de Rare Champagne relancé en très petite quantité en 1976 (mon année de naissance). Cette cuvée a été créée, à l’origine, par l’un des aïeux de la famille Heidsieck à la demande de la reine Marie-Antoinette. Férue d’exotisme, et très fantaisiste, la souveraine souhaitait un vin festif avec des bulles et des saveurs d’ananas. Grâce à des documents historiques retrouvés par la famille, la cuvée a été remise au goût du jour. C’est un champagne très délicat, hyperfrais, estival, très riviera, et aux arômes d’agrumes. J’adore le servir dans des coupes second Empire car la finesse des bulles enchante le verre. À déguster en petit comité. Une œuvre d’art que j’associe à la haute couture.

À lire aussi «Quoi de plus beau pour raconter la France ?» : neuf personnalités politiques confient au Figaro leurs plus grands souvenirs de vin

Joffrine Donnadieu, écrivain, Prix de Flore 2022 pour « Chienne et louve » - Champagne Sylvain Pienne (Monthelon, Champagne)

Joffrine Donnadieu Francesca Montovani-Editions Gallimard

Ce champagne me rappelle des souvenirs d’enfance et de joie. Mon père a été militaire une trentaine d’années et il partait souvent en Opex (opération spéciale, NDLR), en Afrique, notamment. À l’époque, nous n’avions ni portables ni internet, les nouvelles étaient donc une denrée rare. Mais dès qu’il rentrait, la famille ouvrait une bouteille de Pienne, le bruit du bouchon qui sautait signifiait que papa était rentré, que nous nous retrouvions donc tous ensemble. Pour moi, ce souvenir est lié à la vie. C’est toujours le cas aujourd’hui, j’ouvre du champagne pour les grandes occasions, les bulles sont liées aux moments de bonheur.

Bar Refaeli, mannequin - Réserve de la Terre, Champagne Telmont  (Damery, Champagne)

Bar Refaeli MARCO BERTORELLO / AFP

Dernièrement, j’ai célébré le lancement de ma ligne de cosmétiques Brand Livelle avec du champagne. Il y a toujours une bonne raison de trinquer avec un bon champagne. Où ? Avec qui ? Idéalement au bord de la mer. Mais pourquoi pas aussi Place Vendôme à Paris avec de bons amis, tel Ludovic du Plessis, président du Champagne Telmont. J’aime particulièrement sa cuvée 100 % bio Réserve de la Terre. Sans herbicides, sans engrais. Un champagne vibrant, vivant, et très pur. L’énergie de la terre dans un verre

Stéphane Freiss, comédien, à l’affiche de Deuxième Partie au Théâtre Edouar VII Château Figeac  1983 (Saint-Émilion)

Fin des années 80, j’avais les faveurs d’un négociant bordelais qui me proposait régulièrement de découvrir de grands vins. Il m’a fait goûter un Château Figeac 1983 et j’ai eu un coup de foudre. En 2001, je jouais La Jalousie de Guitry avec Michel Piccoli au Théâtre Édouard VII. À la fin de la représentation, une fan, Roxane de Buisson - personnage tout droit sorti d’un roman de Dumas - me propose de venir déjeuner le lendemain à l’Hôtel Meurice. J’arrive, il y avait beaucoup de monde à table et je m’assois à côté d’un monsieur charmant. Connaissant mon amour pour le Château Figeac, notre hôte me tend la carte des vins en m’invitant à en commander une bouteille. Alors que je commence à faire l’article de ce cru à mon charmant voisin, le sommelier se dirige vers lui pour lui faire goûter la bouteille. Je suis un peu surpris mais j’apprends quelques minutes plus tard qu’il s’agit de Thierry Manoncourt, le propriétaire de Figeac. Nous sommes devenus très proches et même s’il nous a quittés en 2010, sa femme Marie-France a toujours continué à m’accueillir chez eux à Château Figeac, pour écrire ou réviser mes textes. Récemment j’y ai même emmené toute l’équipe du Cercle des Poètes Disparus. 

Ève Ruggieri, jo urnaliste et créatrice de festivals de musique - Champagne Cristal Roederer  (Reims, Champagne)

J’ai trempé mes lèvres pour la première fois dans un verre de Cristal Roederer, le jour de mon baptême, à l’âge de sept ans, après la cérémonie qui s’était déroulée dans l’église Saint-Pierre de Limoges. J’ai trouvé ça si délicieux, si pétillant, frais et sucré. Je me suis dit j’en boirai toute ma vie et c’est ce que j’ai fait ! Ma famille, très croyante, avait bien évidemment souhaité me faire entrer dans la maison de Dieu plus jeune mais le vieux curé avait refusé, avançant que Eve était un prénom hébreu - mes parents me l’avaient donné en hommage à Marie Curie dont l’une des filles s’appelait Ève. «Revenez quand celui-ci sera inscrit au calendrier des saints », nous avait-il dit. Des années plus tard, j’ai été invitée à Saint-Pétersbourg par la maison Roederer. Du trajet en avion à la chambre d’hôtel, où j’avais une bouteille de brut millésimé sur ma table, en passant par des réceptions comme au relais de chasse de la Grande Catherine de Russie, le champagne a coulé à flots. Un voyage exceptionnel dont je suis rentrée avec des bulles plein la tête.

Éric Carrière, humoriste du duo Les Chevaliers du Fiel, en tournée avec Vacances à Dubaï - Pétrus , 1995 (Pomerol )

Avec mon complice Francis Ginibre, quand nous avons commencé à avoir du succès, nous voyagions beaucoup. Un jour dans le Luberon, un hôtelier très sympathique nous a dit: «La prochaine fois, venez dîner chez moi». On se doutait qu’on allait boire de belles choses. Comme nous n’avions pas de gros moyens, on avait hâte. Le soir dit, l’hôtelier nous reçoit et nous conduit dans sa cave où reposaient des centaines de bouteilles dans leurs alvéoles. Il me demande de choisir au hasard et quelle que soit la bouteille, on la boira. Y compris un Pétrus ? « Oui », répond notre hôte. On ne pouvait voir, ni les étiquettes, ni les bouchons. Je me concentre. Celle-ci ? Celle-là ? Finalement, je me lance, en choisis une et... c’est un Pétrus 1995, une grande année! Un peu gêné mais surexcité, j’interroge l’hôtelier. «Pas de problème, me rassure-t-il. J’ai deux cents bouteilles dans cette cave, toutes du Pétrus.

Pierre Arditi, comédien - Château Haut-Brion , 1982 (Pessac-Léognan )

PIerre Arditi Valery Hache

Il y a une dizaine d’années - à l’époque, j’habitais rue Bonaparte et j’avais entre 3 000 et 4000 bouteilles de vins dans ma cave. J’avais rangé un magnum de Château Haut-Brion 1982 sur l’étagère d’un casier qui était en hauteur. En me retournant pour redescendre de l’escabeau, j’ai tout à coup entendu un sifflement. La précieuse bouteille s’est écrasée au sol. Devant ce désastre, je me suis assis et me suis insulté d’avoir gâché une occasion pareille. Au bout d’un quart d’heure, un délicieux parfum sorti de ce flacon décanté au forceps est parvenu à mes narines. Le souvenir est affreux mais également sublime, car ce flacon rare m’avait livré son secret après avoir été réduit en poussière sur le sol. J’ai gardé pour toujours le souvenir de ce parfum magnifique. J’avais deux autres flacons du même millésime. Je les ai bus depuis.

Muriel Barbery, écrivain - Vouvray Brut Réserve, Clos Naudin  Philippe Foreau 2007

J’ai peu de grands souvenirs de dégustation qui ne soient liés à l’amour et à l’amitié. J’aime les bulles, j’aime la Loire : je me souviens avec émotion du Vouvray pétillant de Philippe Foreau servi à mon mariage, du parfait accord du vin et du moment, des bulles fines, du plaisir du chenin (mon cépage blanc préféré) toujours si élégamment frais, tendu, minéral, de la joie de cet instant à la fois festif et recueilli souligné par la belle facture du vin – et des amis venus nous féliciter pour le très bon champagne !

Jean Touitou, fondateur d’APC - Banibano 2024, vin nature Keliba (Tunisie)

C’était après les vendanges de 2023, vers mi-octobre, nous étions dans une salle de dégustation qui ressemblait à un laboratoire. Il y avait du pain italien (c’est le nom du pain normal à Tunis) et du très bon gruyère local. Nous goûtions mon premier vin et j’ai exactement eu la même sensation que Mike Chapman quand il a écouté la demo de Heart of Glass de Blondie. Ce n’était pas encore bon, mais il avait senti qu’il ferait de cette démo un peu naïve une très bonne pièce de musique, jouée sans arrêt partout depuis 1978.

Michka Assayas, écrivain et critique rock, émission « Very Good Trip », sur France Inter - Chassagne-Montrachet  rouge, Domaine Olivier Leflaive  2019 (Bourgogne)

Une histoire intime, pas anodine. J’ai rencontré la femme qui partage ma vie sur un site de rencontres en ligne. Nous avons correspondu très longtemps sans nous rencontrer ni même nous parler par téléphone. Je ne savais pas grand-chose d’elle, excepté qu’elle était bourguignonne et exerçait le métier de sommelière. Le moment venu, nous nous sommes donné rendez-vous à Beaune. J’avais choisi un grand restaurant et comme son pseudo sur le site était «chassagne», évidemment, j’ai commandé une bouteille de chassagne-montrachet. Je n’en avais jamais bu. Mais, ce jour-là, j’ai compris très rapidement le génie de ce grand cru. Au troisième verre, j’embrassais Cécilia. Depuis, les vins de Bourgogne font partie de mes favoris.

Julie Andrieu, anime et produit une émission de voyage et de gastronomie sur T18 : Les Voyages de Julie . Auteur de Julie cuisine l’Italie , aux Éditions Solar - Domaine Mugneret Gibourg  , La Colombière 2022 (Vosne-Romanée )

Julie Andrieu Ph Lavieille/PHOTOPQR/LE PARISIEN

Dans l’Entre-deux-Mers, notre maison de famille se situe au cœur d’une région viticole vallonnée et boisée, qui produit des bordeaux supérieurs plaisants et de jolis blancs vifs et aromatiques. Elle possède un charme suranné qui me séduit depuis que je l’ai découverte, il y a vingt ans. Parfois, nous louons la maison. À la suite d’une location, nous découvrons un petit mot adorable, accompagné de deux bouteilles de vosne-romanée. Mon cœur est au bordeaux mais je suis touchée par l’attention. Le soir même, j’ouvre la bouteille pour la partager avec Stéphane, mon mari. Et là, nous nous regardons : «Qu’est-ce que c’est que ce truc ?» Une profondeur inouïe, un boisé subtil et complexe, un fruité d’exception, un velouté suave aux notes de cerises confites et de fleurs. Malgré un millésime plutôt jeune, déjà une grande maturité. Je réalise que la sympathique famille qui venait de partir nous avait offert le vin de leur propriété. Depuis, nous avons découvert ce petit domaine mené par des femmes, dont les vins sont prisés dans le monde entier. Nous avons eu la chance de leur commander une caisse - extraordinaire privilège pour des vins quasi introuvables sur le marché.

Chantal Thomas, de l’Académie française, auteur de « Femmes sur fond azur » (Seuil) - Saint-Joseph  Le Grand Pompée 1980 de Paul Jaboulet Aîné  (Vallée du Rhône )

Chantal Thomas Philippe Matsas

Un mois de décembre au début des années 1980. Je viens de prendre une chambre d’hôtel dans le Vieux Lyon. Je suis exaltée comme souvent quand j’arrive dans une ville que je ne connais pas. Je décide de traverser la Saône par une passerelle. Un vent froid me glace. Mais je continue, car le ciel d’hiver est d’une beauté absolue. De l’autre côté du pont, cap sur le Bistrot de la Passerelle. Je pousse la porte. Une quinzaine d’hommes sont accoudés au comptoir. Ils sont entre eux. Je m’assieds à l’écart à une petite table et commande un kir. J’observe ces hommes. Soudain, l’un d’eux se retourne et me lance «Toi, tu as des yeux d’espionne». Impression désagréable d’être l’étrangère qui dérange. Au moment où l’homme s’éclipse, le patron vient vers moi avec un verre de Saint-Joseph rouge et une assiette de charcuterie «de la part du monsieur qui vient de sortir». Je me souviens de la résonance de cet instant. Car je suis née dans cette ville et n’y étais jamais revenue. Les mots désagréables lancés par ce monsieur, suivis de son geste de bienvenue, m’avaient beaucoup émue, telle une réconciliation. Le vin engage souvent cette relation au monde.

Omar Sy, comédien - Le Grand de Grand 0 % de Petit Béret (Pétillant)

Omar Sy Clodagh Kilcoyne / REUTERS

J’ai rencontré en 2023, par l’intermédiaire d’un ami, le fondateur de Petit Béret, une marque originaire d’Occitanie. Avec ma femme, Hélène, nous avons été invités à un dîner autour d’accords mets et boissons sans alcool. Une expérience orchestrée par Dominique Laporte, meilleur ouvrier de France en sommellerie, associé sur le projet. N’étant pas un consommateur d’alcool, je ne prétends pas comparer techniquement les goûts. Mais j’avais convié des amis qui, eux, connaissent très bien les vins et les spiritueux. Tous impressionnés et, surpris par le niveau de complexité et de justesse de ces boissons. Cette première dégustation m’a marqué par ce qu’elle rendait possible : un espace commun où chacun peut participer selon ses choix, ses convictions ou ses contraintes, sans se sentir différent. Un souvenir précieux qui m’a incité à m’investir dans cette entreprise.

Frédéric Beigbeder, écrivain - Château Chasse-Spleen  2014 (Moulis-en-Médoc )

J’ai arrêté de boire en 2024. Non par vertu, mais parce que mon cœur avait commencé à émettre des signaux d’alarme que même un nihiliste professionnel ne pouvait ignorer. Depuis, je bois du Virgin mojito en société… Et de l’eau dans mon lit. La plus belle bouteille de ma vie est donc la prochaine. Qui sera aussi la dernière. Dans ma cave trône un Chasse-Spleen 2014. Pas le plus grand vin du monde, mais un flacon honnête qui a une valeur sentimentale. J’ai écrit sur l’étiquette : «Un chasseur de spleen doit s’attendre à collectionner des trophées de mélancolie.» J’ignorais que cette phrase deviendrait aussi cruelle que la nostalgie du Yang-Tsé-Kiang pour le quartier-maître Quentin. Elle m’attend, rubis sombre, bouquet de truffe et de violette. Ce sera une rechute de grand standing, pas un pinard de supermarché à 22 heures dans la cuisine. Une chute digne, dans un verre à pied, à la hauteur de ma capitulation.

Macha Meril, écrivain et comédienne, Sand Chopin  au Théâtre de Poche Montparnasse jusqu’au 2 avril - Château Troplong Mondot  1961 (Saint-Émilion)

Macha Meril Chaperon

Voici une histoire aigre-douce mais néanmoins saisissante dans mon existence. Un de mes amants souhaitait rompre mais n’osait pas me le dire. Il m’a proposé une escapade à Pomerol et Saint-Émilion. Mes appellations de prédilection, des vins de collines, à l’image des vins italiens que j’adore. Il m’a donc emmené chez Petrus, à la Conseillante. Et, à la troisième étape, au Château Troplong Mondot, il a craché le morceau. Je me doutais de ce qu’il avait sur le cœur. Mais grâce au vin, c’était plus facile. Le vin est une parole. Grâce à lui on peut se confier des choses parfois difficiles. Comme ce monsieur était un grand gentleman, il avait mis en scène notre rupture de la façon la plus élégante possible.

Alice Vial, scénariste, actrice et réalisatrice de L’Âme idéale Château Le Puy  2019 (Francs Côtes de Bordeaux )

Alice Vial Marie Levi

En matière de vin, je suis pratiquante plus que connaisseuse. Au restaurant, c’est toujours un embarras si on me demande de choisir. Je fais semblant, j’imite les gestes et je dis toujours oui, sans trop savoir. Pendant l’écriture des Gouttes de Dieu, une série sur le vin que j’ai coécrite, il a bien fallu tenter de comprendre ceux qui «savent». De nos dégustations studieuses je me souviens d’un Château Le Puy 2019, bouteille mise à l’honneur dans le manga. D’un coup, je me suis retrouvée propulsée dans la chaleur de l’été, enivrée de cassis et de framboises. Divin.

François-Xavier Demaison, humoriste, acteur et copropriétaire du domaine Mirmanda (Catalogne française) - Château Rayas  2001 (Châteauneuf-du-Pape )

Je pense à une bouteille que je n’oublierai jamais, à un moment partagé autour d’un Château Rayas 2001 avec Emmanuel Reynaud. Un vigneron génial de Châteauneuf-du-Pape qui nous a quittés il y a quelques mois. Ces lignes lui rendent aussi un modeste hommage. Nous étions en Corse avec mon ami Pierre Hermé, sur une terrasse ombragée, au milieu des oliviers. Je me souviens de cette bouteille couverte de cellophane pour en protéger l’étiquette. Il nous l’avait servi fraîche en contraste avec la chaleur estivale. Ce fut comme une révélation : comment autant de finesse pouvait faire écho à autant de puissance ? Et ces arômes exceptionnels de fruits rouges ! Des sols sablonneux, une vinification peu interventionniste, un long passage en vieux fûts et le savoir-faire du domaine en font un vin unique. J’ai éprouvé le sentiment bouleversant d’avoir goûté la perfection. Une vraie émotion.

Philippe Claudel, éc rivain, réalisateur, Président de l’Académie Goncourt - Domaine de la Grange des Pères  (Hérault)

Au tout début des années 2000, une amie chère m’offre une bouteille de vin que Jim Harrison a bu quelques semaines plus tôt quand il est allé aux Caves Legrand, avec Christian Bourgois, son éditeur français. Je remercie mon amie, considère la bouteille, dubitatif, sur laquelle est mentionnée « vin du pays de l’Hérault ». L’étiquette, on l’avouera, n’est pas très engageante en ces temps-là. Je la range dans la cave en me disant que l’auteur américain n’a sans doute pas la gorge raffinée, et que pour lui c’est la quantité qui prime davantage que la qualité. Le temps passe. J’oublie la bouteille. Un jour, à l’occasion d’un déjeuner avec ma femme, je l’exhume et l’ouvre, sur un bœuf-mode maison, exceptionnel de mon épouse, une cheffe remarquable ! Bref, j’emplis nos verres. Nous trinquons, à nous, à la vie, à notre amour, et buvons une première gorgée de ce petit vin du pays de l’Hérault…et soudain nous posons nos verres, stupéfaits. Nous nous regardons. Et je me souviens très bien de ce regard échangé il y a plus vingt ans. Un regard de sidération, d’admiration. Il y a un silence. Suivi de paroles, de rires, d’émotions. Ce que nous buvions était tout à la fois exceptionnel, rare, neuf, prodigieux, intense, diaboliquement séducteur, complexe, cogneur et caressant ! Je regarde de nouveau le nom du vin : Grange des Pères. C’était hier. C’était aujourd’hui. Merci à mon amie Josette Monfort de nous avoir fait alors découvrir ce nectar. Merci à Laurent Vaillé, son créateur et paix à son âme ! Et ne nous fions pas aux étiquettes et aux appellations, qui peuvent nous tromper, dans les deux sens d’ailleurs !

Daniel Rondeau, de l’Académie française, Le système de l’argent (Grasset) - Pommery , cuvée Louise 2002 (Reims, Champagne)

Un dimanche glacial de janvier 2020, nous étions rassemblés pour la Saint-Vincent dans une petite église de Champagne, perchée à l’extrémité d’une côte de craie et de silex. Depuis trente ans, pour cette Saint-Vincent, patron des vignerons, nous avons accueilli des écrivains, des hommes de Dieu, des musiciens et des résistants. Beaucoup d’Orientaux. Tous ont chanté la complicité de la vigne, de l’esprit et de la liberté. Ce jour-là, prêche de Mgr Najeeb, évêque de Mossoul. Le père Louis de Romanet donne la parole au philosophe Jean-Luc Marion. Ensuite, champagne et brioche dans l’église, c’est la joie, puis déjeuner dans un bâtiment préfabriqué proche avec les gens de Toulon-la-Montagne, des élus et tous nos amis, potée champenoise et champagne Pommery cuvée Louise 2002. Vue sublime sur les coteaux et les villages proches. «Un moment d’enracinement céleste», dit Louis.

Loïck Peyron, navigateur - Château d’Yquem (Sauternes)

Je bois très peu, et ce depuis longtemps. Mais il me reste quelques souvenirs de dégustation du temps de ma prime jeunesse. Vers 25 ans, je faisais partie du Star Racing Team. Un club de «furieux» créé par Moustache. Batteur de jazz célèbre de Saint Germain, il avait joué avec Boris Vian, adorait autant la bonne chère que les bons vins. Il avait réuni autour de lui une brochette de personnalités des années 1980 : Jean-Louis Trintignant, Claude Brasseur, Rémy Julienne, Georges Descrières, Stéphane Collaro et, parmi les plus jeunes, David Hallyday, Paul Belmondo, Véronika Loubry, Sandrine Dominguez. Nous participions à des courses de voitures en ouverture des Grands Prix. Nous faisions aussi des tournées de golf. Prétexte à être reçu dans les plus beaux chais de France. Benjamin de la bande, je me suis ainsi trouvé un jour à la table de la comtesse de Lur Saluces. Sans rien y connaître, ni au sauternes, ni à Château d’Yquem, son domaine. Mais c’est la première fois que j’ai vu tous ces rigolos se comporter comme des petits garçons timides.

Héloïse d’Ormesson,fondatrice des Éditions Héloïse d’Ormesson - Bianco Gentile Antoine Arena, 2005 (Patrimonio, Corse)

En 2008, nommée marraine de l’appellation Patrimonio, je suis conviée la veille de la cérémonie à un pique-nique au milieu des vignes par Antoinette Leccia. Mois de novembre autour de la Saint-Martin, temps splendide. Au fond du golfe de Saint-Florent, la baie de la Conca d’Oro est un lieu féerique, la lumière était extraordinaire. Les vignerons arrivaient avec leurs quilles, la dégustation était amicale, spontanée et chaleureuse. Parmi tous les vins, le biancu gentile d’Antoine Arena, sa touche de miel, son toucher soyeux, son goût à la fois frais et avec une pointe de fruit même s’il s’agit d’un blanc sec, se révéla un moment béni.

Thierry Frémont, comédien, à l’affiche dans Une heure à t’attendre au Théâtre de Paris - Le vin de mon grand-père

Je ne vais pas vous parler d’un grand cru mais du vin de mon grand-père, Lucien Frémont. Un paysan de la Boulaye dans le Maine-et-Loire. Il vivait d’élevage et d’agriculture, possédait quelques vaches, pas beaucoup, et quelques rangs de vignes. Avec mon frère, nous allions l’aider à faire les vendanges. Ensuite, nous attendions le moment de boire le produit de nos efforts. C’était un petit vin de table qui n’existe plus. Mais depuis ce temps-là, je suis en quête d’un jus qui en ressusciterait les effluves. Parfois, dans un restaurant, un flacon m’y fait penser. Comme, dernièrement, un Clo’ Chinon Robe rouge (Loire). Je photographie l’étiquette et j’essaye de le retrouver. Car ce qui émanait du vin de mon grand-père continue à me parler de lui.

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