Claudia Squitieri : «Ma mère, Claudia Cardinale, était très rayonnante, et elle aimait les bijoux qui prolongeaient cet éclat»
Bagues Bvlgari, broches Buccellati, montre Serpenti... Alors qu’une partie de la collection de joaillerie de Claudia Cardinale s’apprête à être mise en vente aux enchères, ce mois de juin, sa fille Claudia Squitieri évoque les souvenirs et l’héritage liés à ces précieux trésors.
Passer la publicité Passer la publicitéL’héritage de Claudia Cardinale ne se résume pas à son exceptionnelle filmographie. Grande amatrice de joaillerie, l’icône du cinéma italien, disparue en septembre 2025, a réuni au fil des années une remarquable collection de bijoux. Bagues Bvlgari ornées d’un rubis de 30 carats, d’une émeraude ou d’un saphir étoilé, montre Serpenti en or, émail et saphirs, broches Buccellati en corail, diamants et perles, poudrier Van Cleef & Arpels ou encore montre Tank de Cartier... Autant de pièces rares qui seront proposées aux enchères en ligne par Christie’s du 16 au 26 juin et exposées dans les salons parisiens de la maison du 19 au 26 juin. Une vente exceptionnelle d’une partie de la collection de l’actrice du Guépard, que sa famille a souhaité transmettre au public. Sa fille, Claudia Squitieri, artiste, performeuse et organisatrice d’événements culturels, revient sur l’histoire et les souvenirs qui se cachent derrière ces trésors.
Madame Figaro.- Pour votre mère, les bijoux semblaient être plus que de simples ornements, presque une seconde peau, le reflet de choix intimes et personnels. Qu’est-ce que cet héritage-là signifie pour vous ?
Claudia Squitieri.- Ces bijoux me rappellent à quel point ma maman était belle et lumineuse. Ils représentent aussi une mère que je n’ai pas connue à cette époque, dans les années 60 et 70 qui l’ont consacrée sur la scène internationale. Elle m’a eu à 41 ans, peu après cette grande période dont ils témoignent. À travers eux, j’ai pu découvrir une femme qui voyageait beaucoup, qui tournait sans cesse et vivait une vie extrêmement intense. Ces bijoux ont participé à ma compréhension du faste et la richesse de cette époque que je n’ai pas connue directement.
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Passer la publicitéY a-t-il un geste, un moment avec elle autour de ces bijoux qui vous est resté ?
Je me souviens d’elle ouvrant sa boîte à bijoux, me les montrant ou les portant lors de grandes occasions - les César, le Festival de Cannes. Parfois même, elle me les prêtait si j’en avais envie. Elle les gardait précieusement, comme des trésors venus d’un autre temps et entretenait avec eux un lien très fort. Elle les a portés toute sa vie, mais jamais de la même manière : elle les réinventait sans cesse. Chacun, pour elle, était lié à un moment précis : un tournage, un voyage, une étape de vie. Beaucoup étaient des cadeaux de Franco Cristaldi, son producteur et compagnon de l’époque.
Vendre ses bijoux chez Christie’s, c’est aussi les partager, les rendre publics. Est-ce que cela a été une décision difficile ?
Oui, dans la mesure où il s’agit d’une partie emblématique de la collection de ma mère. Mais avec mon frère, nous savions que nous ne pouvions pas garder ces pièces dans un cadre strictement privé. Nous avons choisi de les confier à la vente précisément parce qu’ils relèvent plus d’un patrimoine partagé que d’une archive familiale : ces bijoux appartiennent autant à l’histoire de la joaillerie qu’à celle du cinéma. Ils racontent une histoire qui ne nous appartient pas entièrement.
S’il fallait n’en choisir qu’un pour raconter ses débuts ?
Le collier en diamants est symbolique de l’époque, quand ma mère incarnait celle qu’on surnommait la «petite fiancée de l’Italie». Sur cette photo de 1964, ma mère, éblouissante, arbore ce collier. Durant cette période, elle enchaîne les rôles, et devient une célébrité. C’était une femme extrêmement investie dans son métier, qui donnait tout à sa carrière. On y voit aussi une jeune femme qui commence à comprendre qu’elle peut exister seule, et qui s’affirme peu à peu comme actrice à part entière, en passant de la petite Italienne de Tunis à une figure du cinéma international.
Cette photo de 1974 semble raconter autre chose. Que lit-on dans ce choix de porter ensemble la broche Papillon et le bracelet Serpenti ?
Sur cette photo de 1974, on sent une assurance très différente. Avec le bracelet-montre Serpenti Bvlgari et la broche Papillon, elle apparaît comme une femme plus libre, plus affirmée. C’est aussi une période charnière : elle rencontre mon père et s’éloigne progressivement du contrôle que représentait Cristaldi. Cette image marque une forme d’émancipation. Symboliquement, elle réutilise la broche Papillon — un bijou associé à une période antérieure — pour la réinterpréter à sa manière. Elle la réinscrit dans une nouvelle vie, où elle choisit désormais ses rôles, ses décisions, et son image, sans intermédiaire.
Passer la publicitéUne partie des bénéfices de la vente va être reversée à La Fondazione Claudia Cardinale, que vous avez créée ensemble. Comment ce projet continue-t-il à porter son héritage ?
À travers la Fondazione Claudia Cardinale, installée à Nemours, ma mère et moi avons voulu construire un pont entre les arts visuels et le cinéma. On y accueille des artistes en résidence, on coproduit des films, on porte des courts-métrages et des installations. Une place particulière est accordée aux femmes artistes, dans la lignée des engagements de ma mère, ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco pour les droits des femmes. Les bénéfices de la vente seront en partie reversés au programme Les Traversantes, créé en hommage à ma mère. Il s’agit d’un programme de mentorat entre deux femmes artistes à deux moments différents de leur parcours — l’une plus affirmée, l’autre en début de trajectoire — pour créer un espace bienveillant d’échange et de création. Ce projet s’inscrit dans la continuité de la Fondazione, et de ce que nous avons construit ensemble, ma mère et moi.
Au quotidien, loin des festivals et des tournages, que portait votre mère ?
Je l’ai souvent vue avec son collier d’émeraudes. C’était une pièce qu’elle portait régulièrement, notamment à un âge plus mûr. Il a quelque chose de très simple dans sa forme, mais aussi d’éclatant. Ma mère aimait tout ce qui captait la lumière. Elle était elle-même très rayonnante, et elle aimait les bijoux qui prolongeaient cet éclat.
D’où lui venait cette sensibilité ?
Ma mère venait d’un milieu assez humble. Elle est née en Tunisie, dans une culture où les bijoux font naturellement partie du quotidien — bagues, colliers, ornements. Mais elle n’a jamais été dans l’excès, et portait peu de pièces à la fois, toujours avec mesure. C’était une génération où l’on prenait le temps de se préparer, où la mise en beauté faisait partie d’un rituel. Elle avait d’ailleurs chez elle un espace dédié à cela. Les bijoux faisaient pleinement partie de cet univers : celui de la transformation, de la présence à soi. Et jusqu’à la fin, elle les a toujours portés.
