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Anamaria Vartolomei : «Je me moque d’être jolie. Ce qui m’importe, c’est le jeu»

Anamaria Vartolomei, le feu et la grâce

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Vibrante révélation de L’Événement, d’Audrey Diwan, l’actrice césarisée ne cesse depuis d’enchaîner les rôles de jeunes femmes fortes. Résistante dans La Bataille de Gaulle, Anamaria Vartolomei va aussi incarner Juliette Gréco dans le film de Bill Pohlad. Confidences sans filtre.

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Dans le bar du petit hôtel parisien où elle est attablée, look sage et sobre, Anamaria Vartolomei ressemble à une étudiante en littérature – ce qu’elle a si brillamment incarné dans L’Événement, d’Audrey Diwan. Ce film, Lion d’or à Venise, et la récompense du César du meilleur espoir féminin 2022 l’ont très officiellement projetée dans la sphère des jeunes actrices importantes du cinéma français. Sa beauté est remarquable et sa parole claire, sans filtre – hormis celui de la réflexion. Plonger son regard dans ses yeux bleu gris immenses, c’est saisir une force intérieure et une maturité sereine. Celle qui la distingue depuis son tout premier rôle, à 11 ans, dans My Little Princess, signé Eva Ionesco, face à Isabelle Huppert.

L’actrice franco-roumaine est née à Bacău, dix ans après la chute de la dictature de Ceausescu. En France, elle grandit avec son jeune frère auprès de parents petits entrepreneurs dans le bâtiment, à Issy-les-Moulineaux, près de Paris. Elle, qui ne parlait pas un mot de français à son arrivée, à 6 ans, suit des cours de théâtre, chant et mime en périscolaire « pour s’occuper le mercredi après-midi », relativise-t-elle.

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Robe Chanel. Bracelets Coco Crush Chanel Joaillerie. thiemo sander / Thiemo Sander
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Rien ne semble alors la prédestiner à une carrière d’artiste. Et puis son père tombe sur une annonce de casting qui cherche « une petite fille de l’Est » pour My Little Princess. Elle est choisie parmi 500 candidates. Le film terminé, elle ressort suffisamment convaincue de cette première expérience pour s’inscrire au Cours Florent. Après le bac, elle passe une journée, une seule, sur les bancs de la Sorbonne, en lettres modernes. Aux héroïnes de littérature, elle préfère d’emblée celles, libres et indociles, qu’elle va choisir d’incarner à l’écran, celles en lutte pour leur intégrité physique ou morale. Annie Ernaux dans L’Événement, Maria Schneider dans Maria, Haydée dans Le Comte de Monte-Cristo, une marquise de Merteuil jeune pour la série Merteuil, et bientôt Juliette Gréco dans Miles & Juliette.

D’instinct, Anamaria Vartolomei alterne les rôles exigeants, dans des films d’auteur, des comédies ou des superproductions, parfois dans sa langue natale (Traffic, de Teodora Ana Mihai, sur un scénario de Cristian Mungiu) ou en anglais (Mickey 17, de Bong Joon-ho, au côté de Robert Pattinson). À 27 ans, si elle récuse l’idée d’un plan de carrière, c’est parce qu’elle trace sa route patiemment, à l’écoute de sa curiosité et de ses convictions. Cet été, l’actrice, ambassadrice Chanel, est à l’affiche de la grande fresque historique en deux parties d’Antonin Baudry, présentée à Cannes, La Bataille de Gaulle, et bientôt des Yeux verts, de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, le duo qui a signé le remarquable Gagarine : « Un petit rôle, par amour de leur univers très singulier et très fantaisiste », dit-elle.

Tenue Chanel. Médaille Talismans et bracelets Coco Crush Chanel Joaillerie. Coiffure Rudy Marmet. Maquillage Chanel par Christophe Danchaud. Manucure Huberte Césarion. thiemo sander / Thiemo Sander

Madame Figaro. – Dans La Bataille de Gaulle , d’Antonin Baudry, vous jouez Livia, une jeune résistante. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce diptyque épique ?

Anamaria Vartolomei. – C’est avant tout un film sur la liberté, sur le désir de liberté. De la capitulation française à la Libération, on suit la construction de la Résistance, et l’on voit comment toute une jeunesse s’est organisée pour refuser l’humiliation qu’elle avait subie. Je trouve intéressant de raconter de Gaulle et l’histoire du point de vue des jeunes et des résistants, de ceux qui ont, aussi, enclenché la lutte pour l’émancipation. Je souhaitais incarner cette jeune fille pleine de fougue, qui vit dans la peur parce qu’elle est juive, mais qui se bat. J’aime les personnages habités par une lutte intérieure, qui défendent âprement leur intégrité. Ils osent faire face à une société qui leur est hostile et dont ils se sentent exclus. Livia ressort plus mûre de ses combats.

S’agit-il d’un personnage allégorique au milieu de toutes ces imposantes figures masculines comme de Gaulle, Roosevelt ou Churchill ?

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Oui, Antonin Baudry souhaitait mettre en scène une héroïne qui évoque toutes celles qui se sont battues dans l’ombre, mais dont on n’a pas retenu le nom. Elles représentaient entre 15 et 20 % des effectifs de la Résistance, mais on ne se souvient que d’une poignée d’entre elles : Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Marie-Madeleine Fourcade, Geneviève de Gaulle-Anthonioz… Livia est une synthèse de plusieurs d’entre elles.

Quelle relation entretenez-vous avec votre image ?

Quand je me vois à l’écran, je juge l’actrice et traque ce qui peut être corrigé dans le jeu. Je peux être sévère avec moi-même. Quand je joue, en revanche, je ne pense pas à mon image. J’y vais à fond sans me soucier de mon apparence. Cela n’a pas toujours été un cheminement facile. Au fil du temps et des tournages, j’ai évolué et appris à me libérer de cette préoccupation. Par exemple, pour L’Événement, je connaissais l’intention d’Audrey Diwan de coller à l’écriture brute, abrupte, d’Annie Ernaux. Elle m’a rassurée en amont sur son approche : les scènes de nu ne seraient pas, volontairement, esthétisées. Mais à 20 ans, l’âge de mon personnage, on a quand même envie de se sentir bien dans sa peau et de ne pas être vue de manière si crue… Donc, cela a été un choc émotionnel assez fort de me découvrir à l’écran, même en sachant que tout avait été fait pour le bien du film et pour le mien. À l’inverse, dans Le Comte de Monte-Cristo, nous étions tous sublimés à l’image. Mais maintenant, je m’en moque d’être jolie. Ce qui m’importe, c’est le jeu, me concentrer sur l’histoire et sur le rôle au service de l’histoire.

Vous exercez un métier où l’on doit susciter le désir. Pour votre génération, la tentation est grande de l’entretenir par une présence dans les médias et sur les réseaux sociaux. Or ce n’est pas votre cas, pourquoi ?

Cela ne m’intéresse pas. J’ai désactivé le compte Instagram que j’avais créé à 16 ans. Cette autopromo me mettait mal à l’aise. Je n’avais pas envie de gérer ma page. Sans parler du stress des likes, des commentaires, celui de suivre quelqu’un sans savoir si on va être suivi en retour… Je trouve tout cela assez malsain, et les comparaisons sont toxiques, parce qu’on est toujours tenté d’aller voir ce que font les autres : « Oh, une telle fait tel film, tel autre est à Cannes, à Venise, travaille avec telle marque et pas moi… » Cela génère de la compétition là où j’estime qu’il ne devrait pas y en avoir. Car finalement, on est tous uniques et on nous choisit pour ça. Voilà, je peux m’en passer. Ce qui est devenu vital, c’est de protéger ma santé mentale.

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Justement, comment vous ressourcez-vous ?

Je vis ! Je m’allège, je me suis même un peu débarrassée de la crainte d’admettre que, parfois, je m’ennuie ou que je ne fais rien. Quand je ne tourne pas, je vis ma vie de jeune femme de 27 ans. Je sors, je vois mes copines, j’ai un amoureux. L’amour, c’est essentiel ! D’ailleurs, je crois que c’est Catherine Deneuve qui a dit : « La plus grande aventure de ma vie, c’est l’amour. » Je le pense aussi. Il est essentiel de cultiver les moments de qualité avec les siens, de s’enrichir d’autres expériences. J’aime voir le travail des autres acteurs. Il n’y a pas longtemps, j’ai regardé Blue Jasmine et j’ai été éblouie par la performance de Cate Blanchett. C’est exceptionnel de maîtrise.

Tenue Chanel.Collier Coco Crush Chanel Joaillerie. thiemo sander / Thiemo Sander

D’autres actrices précoces, comme Jodie Foster ou Kristen Stewart par exemple, se sont révélées, ensuite, dans la réalisation. Y avez-vous déjà songé ?

Non, je n’ai pas envie de filmer. Je laisse ça à ceux et celles qui ont vraiment quelque chose à dire. Mais j’adorerais passer derrière la caméra en tant que productrice. Cela me plairait beaucoup d’accompagner le projet de cinéastes, à la source, dans l’écriture, le développement, le casting. Aider à la naissance d’un film dans cette démarche de réflexion avec une équipe.

Je m’estime chanceuse, j’ai le luxe d’avoir le choix et de pouvoir dire non.

Anamaria Vartolomei

Dans quelle mesure participez-vous à la construction de vos personnages ?

J’aime être dans la collaboration avec les réalisateurs, gagner du temps pour optimiser le jeu. Pour cela, on doit pouvoir se parler de manière frontale, sans tabou. Il faut que je me sente sur un terrain stable et fiable pour tenter des choses. Si cela ne marche pas, ce n’est pas grave. On réessaye, on voit où cela mène. Parce que je suis là pour m’amuser. Cela me fait rire quand, au sujet d’un acteur, j’entends : « Vous avez pris des risques. » Quels risques ?

Vous menez une carrière exigeante, sans faux pas. Comment choisissez-vous vos rôles ?

Je m’estime chanceuse, j’ai le luxe d’avoir le choix et de pouvoir dire non. Donc, pour moi, un parcours relève plus de la cohérence que de la stratégie. Après L’Événement, on me proposait beaucoup de projets autour de l’avortement. Je recevais des scénarios trop durs, trop sérieux ou déjà vus. J’ai attendu deux ans avant de tourner en disant oui à Bruno Dumont. J’avais envie d’excentricité, et L’Empire est arrivé à point nommé. Et puis, je suis de nature anxieuse, je manque pas mal de confiance en moi à plein d’égards, mais je suis croyante et je pense qu’on doit se fier au destin. Je n’oublie pas que je suis entre les mains de Dieu quand, de toute évidence, je ne peux pas contrôler le désir des autres. Et paradoxalement, je crois qu’il faut aussi savoir provoquer les choses. Je n’hésite pas à écrire aux cinéastes que j’aime pour leur exprimer mon envie de tourner avec eux. Darren Aronofsky, Jonathan Glazer, Claire Denis ou Leos Carax… C’est ma marraine dans le métier, Isabelle Huppert, qui m’a inspiré cette démarche. Qu’ai-je à y perdre ? Au pire, on ne me répond pas.

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Après le succès international du Comte de Monte-Cristo et de Mickey 17 , êtes-vous tentée par Hollywood ?

Comme beaucoup de comédiens français qui ont grandi avec le cinéma anglo-saxon, l’Amérique me fait rêver. Mais cela ne tombe pas du ciel. Il faut travailler dur, étudier l’anglais et accepter des méthodes de travail particulières, plus cadrées qu’en France. Là-bas, c’est également une industrie très hiérarchisée, chacun occupe strictement sa place. Cela peut donner deux cents personnes sur un plateau qui ne se parlent pas entre elles, ou un acteur qu’on isole dans sa loge pour le protéger des autres. À l’évidence, ce n’est pas ma conception de l’équipe d’un film, que je vois plus comme un collectif, comme une troupe. Mais cela vaut évidemment la peine d’accepter ces différences pour accéder à des cinéastes au talent fou, même pour un petit rôle. Tout est enrichissant.

Juliette Gréco est une figure de l’insoumission, de façon presque systématique, enfantine et mutine. Je me reconnais en elle.

Anamaria Vartolomei

Vous allez bientôt incarner une jeune Juliette Gréco dans Miles & Juliette , de Bill Pohlad. Encore une héroïne insoumise, qui a refusé les conventions…

Je me reconnais en elle. Juliette Gréco est une figure de l’insoumission, de façon presque systématique, enfantine et mutine. Dans le film, on aborde le début de sa relation artistique avec le musicien Joseph Kosma, puis son histoire d’amour, à Paris, avec Miles Davis, trompettiste de génie. Cette histoire jugée scandaleuse, c’était beau, c’était fou, et cela portait l’espoir, aussi, à une époque où les relations mixtes étaient interdites aux États-Unis. J’aime également le fait que l’on raconte Miles et Juliette au moment où ils sont encore deux promesses, avant qu’ils ne deviennent des icônes, et cela avec un prisme très contemporain.

Vous, l’intrépide, le théâtre vous tente-t-il ?

J’en ai très envie, mais cela me fait peur. Le théâtre requiert une technique différente, une façon de poser sa voix, une gestuelle, une grande expressivité. Au Cours Florent, je me sentais déjà plus intimidée sur scène qu’à l’écran. Sur un tournage, j’ai l’impression que la caméra agit un peu comme un quatrième mur qui me séparerait des autres. C’est comme si elle était là pour me protéger.

« La Bataille de Gaulle. L’Âge de fer » (en salles) et « La Bataille de Gaulle. J’écris ton nom » (sortie le 3 juillet), d’Antonin Baudry, avec Simon Abkarian, Anamaria Vartolomei, Simon Russell Beale, Niels Schneider, Benoît Magimel…

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23 commentaires
  • anonyme

    le

    Ce qui lui importe c’est le JE ? On l’a bien compris . Voilà pourquoi je ne vais plus au cinema voir un film français. Tant de médiocres financés par nos impôts

  • anonyme

    le

    Évidemment qu’elle se moque d’être jolie .. en prenant toutes les poses suggestives qu’il faut ..

  • Ariane Casner

    le

    a tous les commentateurs aigris, au moins elle n'est pas "fille de" et est arrivée où elle en est grâce à ses seuls mérites. Des jolies filles, il y en a plein les rues, et pour la plupart ça ne leur sert qu'à se faire harceler encore plus que les autres!

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