Quelle est la différence entre le diamant naturel et le diamant de synthèse ?
Vrai ou faux diamant ? Le statut du diamant de synthèse, parfois appelé à tort «diamant de laboratoire», divise les professionnels du secteur. Quelles sont les principales différences avec le minéral extrait dans la nature ? Deux experts répondent.
Passer la publicité Passer la publicitéLa querelle dure depuis des années. En février 2024, le ministère de l’Économie et des finances tranchait finalement, en réaffirmant que la notion de «diamant de laboratoire» était fausse et que seules les mentions «diamant synthétique» ou «diamant de synthèse» pouvaient être utilisées. «Le problème, c’est que le diamant de synthèse est fait de plusieurs matières, dont du carbone, alors que les diamants que nous produisons sont composés à 100% de carbone», commente Philippe Nobile, président de la marque Unsaid, qui affirme produire des «diamants de laboratoire».
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Si, pour lui, rien ne différencie visuellement le diamant synthétique du diamant naturel, d’autres les considèrent comme deux produits complètement distincts. «Le diamant de synthèse n’est pas une innovation majeure, c’est un processus industriel inventé dans les années 1950 par General Electrics pour répondre à une demande industrielle. Il n’est même pas un concurrent, c’est un tout autre produit avec des caractéristiques différentes et deux marchés bien distincts», précise Mina El Hadraoui, directrice France du Natural Diamond Council.
«L’un est créé par la nature, l’autre par l’homme»
Avant de détailler ce qui les oppose, revenons à leur origine. Extraits dans des mines, les diamants naturels se sont imposés avec le temps comme la pierre la plus précieuse qui soit. Le diamant de synthèse, lui, est créé selon différents modes de fabrication. «Soit on fait exactement comme ce qui se passe dans la nature, avec du carbone transformé en diamant à haute pression et haute température (HPHT), soit on utilise le dépôt en phase gazeuse par procédé chimique», détaille Marie-Ann Weichtmaster, directrice artistique et cofondatrice de la maison Courbet. La première différence fondamentale entre les deux ? L’un est créé par la nature, l’autre par l’homme. «Un gemmologue n’arrive lui-même pas à faire la différence à l’œil nu», ajoute-t-elle.
Pour Philippe Nobile, il n’existe aucune différence dans le processus de création, hormis le temps que va prendre la réunion de tous les éléments naturels nécessaires à la formation d’un diamant. «Dans la nature, ça peut être très long. Mais dans le cas d’un diamant de synthèse, la nature fait le travail dans le réacteur.»
Une production plus écologique ?
Autre point positif du diamant de synthèse, selon ses défenseurs ? Son impact bien moindre sur l’environnement. «Le diamant synthétique peut être réalisé sans empreinte carbone, sans abîmer la nature, et sans gâcher l’eau», précise le président de la marque Unsaid. Ce qui permet, par la même occasion, de contrôler sa qualité et sa pureté de A à Z. «La probabilité est faible pour que la nature produise un diamant d’une pureté supérieure, alors qu’en contrôlant la quantité de carbone, le diamant de synthèse peut être d’une pureté quasi parfaite.»
Pour répondre à cet argument, Mina El Hadraoui dénonce de son côté l’aspect énergivore des laboratoires et défend l’upcycling généré par les diamants naturels. «On ne va jamais jeter le diamant à la poubelle, on va le revendre ou refaire le bijou dans son intégralité. C’est un produit de transmission, ce que n’est pas le diamant de synthèse à l’origine.»
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La loi de l’offre et de la demande
Pour la directrice France du Natural Diamond Council, le diamant naturel et le diamant de synthèse ne sont même pas comparables. «Le diamant est plus ancien que la vie sur terre, entre un et trois milliards d’années contre trois semaines dans un incubateur pour un diamant synthétique», indique-t-elle. Ce qui en fait un produit rare et donc plus cher. D’autant plus qu’avec un pic du nombre de diamants extraits atteint en 2005, le nombre de diamants naturels diminuera considérablement au cours de la prochaine décennie, alors même que la demande n’a jamais été aussi forte.
Passer la publicitéÀ la différence du diamant naturel, le diamant de synthèse n’est lui pas un produit rare, justement parce qu’on peut le reproduire à répétition. Ce qui a fait qu’il a perdu 80 % de sa valeur ces dernières années, selon Mina El Hadraoui. «En termes de rareté, le diamant de laboratoire a du mal à rattraper tout ce qui a déjà été produit», confirme Marie-Ann Wachtmeister.
Un fort secteur d’emploi
Si le secteur du diamant de synthèse simplifie les étapes entre la création du diamant et sa vente, ce qui explique son coût plus bas, les défenseurs du diamant naturel rappellent la contribution importante qu’il apporte encore au monde aujourd’hui. «Plus de dix millions de personnes vivent grâce à l’industrie du diamant dans le monde», rappelle Mina El Hadraoui. Soulignons que son impact le plus positif se trouve au Botswana, puisqu’il représentait 33% du PIB en 2021.
Du côté des partisans du diamant de synthèse, on contre-argumente en pointant que, la matière première étant moins chère, la créativité n’en sera que plus grande. C’est notamment le cas de la taille Bubble de chez Unsaid, avec sa forme sphérique, qui ne pourrait pas exister en haute joaillerie traditionnelle en raison de son prix. «Le diamant de laboratoire galvanise à la fois la créativité et le savoir-faire», précise Philippe Nobile.
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En septembre 2023, le joaillier Fred installait dans ses vitrines la parure de haute joaillerie Force 10 Duality : un collier, un bracelet, une bague et une boucle d’oreille pavés de diamants blancs naturels et sertis en leur centre d’une pierre bleue de synthèse. «L’idée était de créer un diamant de la couleur de la Méditerranée», détaillait alors au Figaro le CEO Charles Leung. Une tonalité difficile à retrouver dans la nature et donc forcément plus chère. «L’idée n’est pas d’utiliser le diamant de synthèse pour utiliser le diamant de synthèse mais d’obtenir, grâce au progrès, des spécimens bleus que la nature ne donne quasiment jamais.» Une décision qui en a surpris plus d’un. Une démarche qui rend aussi le bijou plus «accessible» : comptez 70.000 euros pour une bague avec un diamant de synthèse bleu, contre plusieurs millions pour le même avec un diamant de mine.
Alors vrai ou faux diamant ? «Finalement, tout est une question de valeurs», résume Marie-Ann Wachtmeister, qui invite à ne pas opposer le diamant de synthèse et le diamant naturel. «Chacun a sa cible et son marché», conclut-elle.
