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⇱ «J’ai peint avec un pinot noir de 1939» : ces artistes qui utilisent du vin pour leurs peintures


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«J’ai peint avec un pinot noir de 1939» : ces artistes qui utilisent du vin pour leurs peintures

Sujets
Sabruna, artiste peintre. Alan Raymond

Ils sont quelques-uns à s’adonner à une activité un peu spéciale : peindre avec du vin. Selon eux, le choix du cépage ou de l’année aurait même des impacts sur les œuvres qu’ils produisent.

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Ils sont plusieurs en France à s’être reconvertis dans la création de dessins et tableaux réalisés à partir de vin. C’est d’abord une passion pour le dessin qui a amené Laurent Bessot à diversifier son activité professionnelle. Artiste originaire d’Epfig, petite commune alsacienne située dans le Bas-Rhin, il était avant cela pâtissier. «Dans la pratique de ce métier on est amené à peindre avec des colorants alimentaires pour des concours de pâtisserie. C’est comme ça que j’ai commencé à peindre avec du café, puis je suis passé à la bière, et enfin au vin». Un hobby qui représentait au départ à peine 10% de son activité professionnelle, mais qui a progressivement pris de plus en plus d’espace, jusqu’à devenir son métier à temps plein. «À mes débuts, j’ai créé le personnage bouchon, que l’on retrouve aujourd’hui sur la plupart de mes créations, et certains de mes amis vignerons m’ont proposé de le peindre avec du vin, et de fil en aiguille ils m’ont fourni mes premières bouteilles de pinot noir ».

Œuvre de l’artiste Laurent Bessot sur une partition de musique. Laurent Bessot

C’est un tout autre dessein qui a guidé Sabruna vers le monde artistique. Ingénieure télécom de formation, elle a décidé, après quelques années à travailler dans la gestion de projets informatiques, de se réorienter vers l’accompagnement des professionnels sur les sujets de leadership et de créativité. «Je souhaitais clôturer les sessions de coaching assez classiques par un atelier de création, et c’est la peinture qui s’est imposée. L’idée initiale consistait à détourner un objet de son usage premier, une technique courante en marketing pour imaginer de nouveaux usages produits». Trop restreinte par la gamme de couleurs du café, Sabruna a souhaité se tourner vers une autre boisson du quotidien, raison pour laquelle son choix s’est porté sur le vin. «J’en consommais, mais de façon assez ponctuelle au restaurant ou chez des amis. C’est en découvrant tout l’univers qui l’entoure, la terre, les personnes qui le produisent avec passion, je n’ai plus pensé à autre chose. Pour moi, c’était le vin et rien d’autre».

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Le vin et ses mille nuances

En pratique, les deux artistes utilisent les mêmes techniques. Le peintre alsacien a choisi de se cantonner au vin rouge, tandis que Sabruna a exploré toutes les couleurs pour disposer d’une plus large palette. «Au début, je travaillais avec du vin rouge, en plongeant mon pinceau à même la bouteille. Comme je n’avais pas une grande cave, j’achetais des vins très bon marché en supermarché», explique l’ancienne ingénieure.

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Mais l’obstacle des nuances de couleurs est vite apparu. «Je peignais principalement avec du gamay , et des millésimes jeunes, ce qui donnait des nuances de violet assez similaires. Alors pour élargir la palette, je suis passée à la cuisson». Une méthode commune aux peintres qui a un double intérêt. D’une part, cuire le vin permet à l’eau de s’évaporer et concentre la couleur, d’autre part elle permet d’accéder aux nuances de jaune, de rose, et d’orange grâce à la cuisson des autres couleurs de vin.

Le choix des vins et des millésimes a son importance, selon Sabruna. «Avec les vins jeunes, on obtient des violets assez proches les uns des autres, explique-t-elle. Plus le vin vieillit, autour de cinq ans, plus on voit l’expression propre du cépage ou de l’assemblage, avec des pourpres, des bordeaux, des violets rosés. Un vin très tannique et pourpre donnera un marron profond, tandis qu’un rouge plus rosé, type magenta, évoluera vers un marron plus clair». C’est tout un art de choisir les vins pour l’artiste marocaine, qui se fournit auprès de différentes structures. «Toutefois, j’achète toujours mes vins», précise-t-elle.

Un pinot noir suisse de 1939 mis en peinture

«J’ai aussi une particularité : je travaille avec de très vieux millésimes pour obtenir toutes les nuances de marron». Pour les obtenir, elle passe par des bars à vin spécialisés, ou par des dons de particuliers ou d’agents qui ont des caves bien garnies. «Le plus ancien que j’ai utilisé était un pinot noir suisse  de 1939, fourni par un domaine», dévoile l’artiste. Laurent Bessot, lui, ne se fournit qu’en France pour le moment, notamment auprès du domaine Rousset au nord de l’appellation Crozes-Hemitages, et près de chez lui en Alsace, au domaine Loew.

Évolution d’une œuvre réalisée par l’artiste. À gauche : janvier 2021, à droite : novembre 2024. Sabruna

Les œuvres, à l’image du vin, ne restent pas figées dans le temps, et séduisent autant les particuliers que les domaines viticoles. «Pendant un temps, j’ai utilisé pas mal de techniques anti‑UV et de protections pour éviter que les œuvres évoluent», développe Sabruna. « En juin 2019, j’ai réalisé un bouquet de pivoines que je n’ai pas eu le temps de fixer. À l’automne, le tableau avait complètement changé de tons, et c’est à ce moment-là que j’ai fait le lien entre l’évolution de la couleur et l’idée d’objet vivant». Un déclic pour l’artiste qui, depuis, n’a plus jamais fixé les couleurs de ses œuvres, donnant lieu à des évolutions radicales.

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