«Nous avons reçu un courriel officiel du PDG» : comment l’interdiction de l’alcool est en train de bouleverser les liens sociaux et festifs des entreprises
ENQUÊTE - Dîners d’affaires et séminaires à l’eau plate, pots de départ au jus d’ananas, notes de frais scrutées… Au nom de la santé publique et de la prévention des risques, plusieurs grands groupes bannissent progressivement l’alcool de la vie professionnelle. Une évolution qui transforme aussi les sociabilités au travail.
Passer la publicité«Je suis désolé, mais ce soir, ce sera carafe d’eau pour tout le monde». Au restaurant, ce type d’annonce devient de plus en plus fréquent, observe la sommelière Clotilde Mengin. Dans son établissement à Nancy, elle voit peu à peu le vin disparaître des tables lors des repas d’équipe. «Avant, les entreprises avaient des facilités pour consommer de l’alcool à table. Cette forme de convivialité entre collègues semble disparaître», note-t-elle. Dîners d’affaires, séminaires, pots de départ… Plusieurs sociétés adoptent la politique du «zéro alcool». Depuis la décision prise par EDF en fin d’année, le mouvement semble faire boule de neige. «Nous avons reçu un courriel officiel du PDG», témoigne Philippe*, cadre dans la filiale française d’un grand groupe international. «Commander de l’alcool lors des événements organisés par l’entreprise – en interne comme à l’extérieur – n’est plus autorisé.» Fini le cidre pour la galette des rois et les notes de frais incluant du vin : l’entreprise ne finance plus aucune boisson alcoolisée.
Pour Arthur*, salarié dans une entreprise industrielle, ce sont encore des bruits de couloir. Pourtant, le changement se fait déjà sentir. «L’alcool était encore toléré récemment aux pots de départ, mais depuis l’arrivée du nouveau directeur, ce n’est plus possible», raconte-t-il. Pour boire un verre entre collègues, les plus motivés doivent dorénavant s’organiser à l’extérieur. Une évolution qui divise en interne. «Ils craignent sûrement les abus, mais je me demande si c’est vraiment la solution. C’est un peu de l’infantilisation», estime un salarié concerné. «Certains ont l’impression qu’on leur enlève des libertés, mais dans le passé il y avait aussi le droit de boire du vin à la cantine… Je pense qu’il est normal que les choses évoluent», relativise un autre. Si les avis divergent, une même question revient : qu’est-ce qui motive réellement ce durcissement ? Chez EDF, il est question de…
