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⇱ Éric Carrière, des Chevaliers du Fiel : «On est sorti de ce déjeuner à 19 heures après avoir bu toutes les grandes années des domaines les plus fabuleux»


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Éric Carrière, des Chevaliers du Fiel : «On est sorti de ce déjeuner à 19 heures après avoir bu toutes les grandes années des domaines les plus fabuleux»

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Éric Carriere, acteur et comédien français. Claude Medale / Corbis via Getty Images

Collectionneur de flacons d’exception, l’humoriste produit également une cuvée limitée en AOC Collioure.

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Difficile pour le plus grand (en taille) des deux partenaires du duo comique Les Chevaliers du fiel de s’exprimer en son nom propre alors que sa passion pour le vin s’est affinée avec son compère Francis Ginibre. Au gré de leur carrière commune, ils sillonnent depuis plusieurs décennies les routes et les régions – y compris viticoles – de France. Les deux natifs du sud-ouest se produisaient d’ailleurs au Zénith de Caen avec leur dernier spectacle Voyage à Dubaï * lors des frappes iraniennes début mars. La question s’est posée alors de changer de titre et réécrire dans la nuit une partie du show pour le situer à «Maïamaï» (Miami) plutôt que dans la gigantesque ville des Émirats. Tant il leur semblait impossible que l’actualité internationale ne vienne pas percuter leur parodie.

Car comment continuer à aborder avec humour les péripéties de leurs personnages, Christian et Martine Lambert, un couple de Français moyens perdus au pays «du luxe, de l’argent et des influenceuses» tandis que le fracas de la guerre au Moyen-Orient était en train de bouleverser la réalité. Pourtant, et aussi étrangement que cela puisse paraître aux deux comiques, les spectateurs ne semblaient pas faire le lien. La fiction et le réel ne se chevauchaient pas. Pour Éric Carrière, l’explication tient à l’image véhiculée par la ville de tous les excès : Dubaï est un fantasme. «Tout le monde en parle, tout le monde connaît, tout le monde veut y aller». De même pour les très grands crus. Hors de portée pour la plupart des amateurs mais qui continuent de faire rêver. En revanche, contrairement à Dubaï où il ne s’est jamais rendu et ne tient pas à se rendre, l’humoriste a eu la chance de déguster des flacons de légende. Des bouteilles si exceptionnelles qu’il s’est mis à les collectionner pour «le plaisir». Celui de les boire et, celui de les partager. Un plaisir de l’instant qu’il célèbre désormais grâce à un rosé de gastronomie éponyme qu’il produit en quantité très limitée en AOC Collioure.

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LE FIGARO. - Comment est né votre intérêt pour le vin ?

Éric Carrière. - Originaire de Gaillac dans le Tarn, je suis né à l’ancienne, c’est-à-dire à la maison. Et juste au-dessus de la cuve à vins des ex-propriétaires qui étaient viticulteurs. Du côté de mes oncles et de mes cousins, tout le monde faisait aussi du vin à l’époque. Pour autant, pas d’une qualité formidable. En revanche, grâce à mes parents et aux parents de ma compagne, tous amateurs de vins, j’ai appris à apprécier les bons flacons. Ensuite, lors de nos tournées avec Francis (Ginibre, NDLR), nous avons souvent été invités à en déguster d’incroyables.

Vous en avez donc une connaissance empirique ?

C’est le secret du vin. Je suis certain que la seule solution pour en acquérir une culture consiste à les goûter. Tous les grands sommeliers et les grands producteurs, j’en connais pas mal, vous le diront. Ils ne cessent de le faire.

Votre premier vin inoubliable ?

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Un bourgogne de la maison Jayer (Vosne-Romanée). Célèbre famille de viticulteurs bourguignons, elle a participé à l’essor qualitatif de la région. La longueur de bouche était tellement incroyable, je n’y croyais pas. Comme vous le savez, la longueur en bouche caractérise les très grands vins. Elle fonctionne en deux temps pour les bourgognes, réputés pour leur premier goût, suivi d’un deuxième. Et pour chacun, il perdure très longtemps. D’autres grands vins, comme les châteauneuf, ont plus d’attaque que de goût. Et puis, il y a les grands bordeaux qui allient les deux, l’attaque et le goût.

Alors, plutôt bourgogne ou bordeaux ?

Châteauneuf. Quand on goûte des crus vraiment exceptionnels comme le Château Rayas (Châteauneuf-du-Pape), tout le reste paraît fade. Je sais que les bourguignons vont m’en vouloir. Mais, pour nous (Francis et moi) qui sommes des gens du sud amoureux du soleil et des vins forts, Château Rayas réunit toutes les qualités : du goût, de l’alcool, de la longueur. Bref, le top du top.

Si vous avez la chance de déguster beaucoup, quel est votre plus beau souvenir de dégustation ?

Lors des tournées, on roule beaucoup, on joue beaucoup, mais on fait également des gueuletons mémorables. Nous sommes invités sans arrêt. Un jour, à côté de Saint-Rémy-de-Provence, plusieurs personnes nous ont conviées à déjeuner. Chacune a promis d’apporter la plus belle bouteille de sa cave. On est sorti de ce déjeuner à 19 heures après avoir bu toutes les grandes années des domaines les plus fabuleux : Margaux 82, Margaux 85, Petrus 2000, Rayas 98, 2005, etc. Heureusement, il y avait une piscine. On allait se baigner entre les bouteilles puis, on remettait ça.

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Et votre plus belle découverte de ces cinq dernières années ?

Sans hésiter, un Château des Tours. Le même domaine que Château Rayas, mais une toute petite production. Ce vin qui avait été produit à l’origine par monsieur Emmanuel Reynaud à des tarifs très raisonnables, autour de 40 euros, a pour particularité d’être introuvable. Dès qu’il y a une bouteille sur le marché, son prix flambe. Nous avons la chance d’en avoir quelques-unes dans notre cave, mais pas pour spéculer. Pour les boire. C’est tellement bon. Ce vin a le goût d’un vin primeur avec la force du Château Rayas.

Justement, quand vous n’êtes pas invité, où achetez-vous vos bouteilles ? Dans les domaines viticoles ? Chez les cavistes ? Aux enchères ?

Cela nous arrive d’acheter aux enchères. À ce propos, il faut que je vous raconte une anecdote incroyable. Nous assistions à une vente à Carcassonne et nous nous sommes retrouvés au milieu d’une bataille de professionnels qui enchérissaient sur de très grands flacons. Alors que nous, nous étions venus pour des bouteilles plus modestes. Au moment de récupérer nos lots, je me suis garé à l’arrière de la salle des ventes et j’ai sympathisé avec un jeune marchand. Mes caisses chargées, je suis rentré chez moi. Le soir même, j’ai voulu ouvrir une bouteille. Surprise. Dans le premier carton, je découvre douze Château Margaux 82. Je n’avais évidemment pas les moyens d’avoir acheté ces merveilles. Que faire ? Pris d’une intuition, j’appelle le jeune marchand avec lequel j’avais échangé à la sortie de la vente et qui m’avait donné sa carte. Il était effondré car il venait de se rendre compte qu’il n’était pas en possession de ce pour quoi il avait dépensé une fortune. Que se serait-il passé si je n’avais pas appelé ? Il aurait fait faillite par ma faute ? Je m’en serais voulu toute ma vie.

C’est sans doute moins risqué d’acheter en direct chez le propriétaire ?

Sans doute. Et nous profitons de nos tournées pour nous arrêter chez les uns et les autres. Lors de nos débuts de collectionneurs, Francis et moi avions fait halte devant le domaine d’un très grand producteur de bourgogne, dont je tairai le nom. À travers le grillage, nous lui avons demandé si nous pouvions lui acheter quelques bouteilles. «Mon vin n’est pas à vendre», nous a-t-il rétorqué. Je me suis fait un plaisir de lui répondre : «Pourtant, j’en ai dans ma cave et je vous fais la promesse que je ne le boirai jamais !» Mais, nous avons aussi la chance de connaître le propriétaire de la Grange des Pères (Hérault). L’année dernière, Bernard (Vaillé, NDLR) nous a fait goûter au tonneau chacun des cépages qui rentre dans l’assemblage de la Grange des Pères. Le genre d’expérience extraordinaire qui n’est pas donnée à tout le monde. Car, pour le vin, il y a ceux qui en parlent et, ceux qui le font. Et ça, c’est magique.

Mais, vous aussi, vous produisez du vin, n’est-ce pas ? Un rosé.

Exact. Mais, mes vignes sont en fermage. D’abord parce que nous ne savons pas comment faire du vin, deuxièmement, nous n’avons pas le temps, et trois, nous n’avons qu’un hectare. Elles sont travaillées par le domaine Saint-Thomas, à Argelès-sur-Mer, qui fait pour son compte de très belles choses. Alors bien sûr, il nous demande notre avis à ma compagne et à moi. Notamment pour le nom de notre rosé que nous avons baptisé L’Instant. Une très petite production de 3 000 bouteilles en AOC Collioure. Nous la servons à Toulouse dans notre restaurant, Le Jardin. Rosé gastronomique que l’on boit à table, il est à dominante de syrah avec peu de mourvèdre pour la conservation. Ça marche super bien.

Racontez-nous l’histoire de cette parcelle...

Nous avions goûté des vins très sympas de cette région. Un jour, nous inaugurions une Foire aux vins, à Toulouse. Sur un stand, j’ai dégusté un très bon Collioure. J’ai sympathisé avec le producteur, qui m’a téléphoné quelques mois plus tard pour me dire qu’il vendait deux lots de son vignoble. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’acheter une parcelle. Et ça nous plaisait bien que ce soit des gens du coin qui s’en occupent. La viticulture est un métier compliqué, hasardeux. Si une vigne est à vendre et que personne ne l’achète, c’est dramatique.

Vous avez un prestigieux voisin sur cette parcelle, le pénaliste et ancien ministre de la Justice, Me Eric Dupont Moretti.

C’est vous qui le dites, mais c’est vrai. Nous avons acheté chacun un lot d’une même parcelle divisée en deux. Il fait du rouge. Très très bon.

À lire aussi «La consommation diminue» : en Provence, comment le vin blanc profite de la fin de l’âge d’or du rosé

Mais alors pourquoi produire du rosé – et un peu de blanc - alors que vous êtes par-dessus tout amateur de rouge ?

Le goût a changé. Il y a dix ans, les consommateurs cherchaient des rosés «bien clairs pour l’apéro». Aujourd’hui, une nouvelle clientèle découvre que le rosé est un véritable vin. Ainsi du nôtre. Avec du corps, du degré, du tanin. À l’image de ce que la famille Ott est parvenue à construire en Provence. Ce sont eux les premiers à avoir donné ses lettres de noblesse à cette couleur. Ils ont agi en précurseurs en tirant la production vers le haut. D’ailleurs, il y a deux ans, lors d’un repas en Corse organisé par les Sabon, une famille très unie de producteurs à Châteauneuf-du-Pape (Domaine Roger Sabon, NDLR), nous étions placés côte à côte, Jean-François Ott et moi, sans nous connaître. Bien sûr, la conversation tourne vite autour du vin. Et Sabon me dit : «Mais toi aussi, Éric, tu produis du vin». Ce à quoi, je réponds : «Mais tu rigoles, moi, c’est du rosé !» Mon voisin, se tourne vers moi : «Vous avez quelque chose contre le rosé ?» Je lui réponds que «non, c’est très bon, mais… du rosé». À ce moment-là, Jean-François Ott décline son nom. «Ah, tout mon respect», lui dis-je.

Du rosé parmi les 2 000 bouteilles de votre cave ?

Je reconnais que non. Car le rosé ne se garde pas. Je bois le mien. Et, en Corse, j’aime le rosé incroyable du Clos Canarelli. Mais je n’en suis pas encore au point de faire 300 kilomètres pour en déguster un en particulier. Alors que pour un rouge exceptionnel, je n’hésiterais pas. Si la qualité des vins dans les trois couleurs s’est considérablement améliorée ces dix dernières années, un grand cru reste un grand cru. Et il reste unique. C’est la différence entre un Zinédine Zidane et un bon footballeur. Zidane est intouchable.

* Au festival d’Avignon cet été, en tournée partout en France ensuite et à Paris au Folies Bergères, les 2 et 3 mars 2027.

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6 commentaires
  • Jeebs

    le

    On sent le bon vivant. Et son adoration absolue pour Rayas ! Ca me le rend d'autant plus sympathique. Le genre de personnalité avec qui on aimerait boire un coup.

  • anonyme

    le

    Rien d'étonnant à leur promesse de ne pas boire le Bourgogne d'un producteur dont il tu diplomatiquement le nom. J'ai connu le même désagrément pour un "pinard" produit par une vigneronne de Nuits Saint Georges qui m'a snobé comme jamais. Depuis je boycotte le bourgogne , qu'ils le vendent aux américains!!!'n

  • Nicolas22

    le

    Et le vin de Labastide-Saint-Pierre ?

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