Edmond Gasser, prix Michelin de la sommellerie 2026 : même avec le sans-alcool, «le vin reste le socle»
Le chef sommelier de la Maison Pic vient de recevoir le prix Michelin de la Sommellerie 2026. Formé par Éric Beaumard au George V, inspiré par Paz Levinson à Valence, ce jeune prodige défend une sommellerie «plurielle» où le vin reste au centre, même lorsque l’alcool sort de l’équation.
Passer la publicité Passer la publicitéIl y a, dans le parcours d’Edmond Gasser, quelque chose d’un roman d’apprentissage européen : né à Paris, formé au Cinq auprès d’Éric Beaumard et de Thierry Hamont avant de mettre le cap vers Munich, expérience dont il gardera un attachement tout particulier aux vignobles de l’Europe de l’Est, enfin à Genève, où il découvre au restaurant indien du Mandarin Oriental l’art délicat d’accorder «les vins tendres». C’est aussi sur les bords du lac Léman qu’il entre dans le giron du groupe Pic, au Beau-Rivage Palace, avant de rejoindre la maison mère de la cheffe triplement étoilée à Valence.
Pour avoir eu la chance de le voir officier en salle aux côtés de Paz Levinson, cheffe sommelière du groupe, il fait partie de ces sommeliers dont la capacité à transmettre un savoir encyclopédique avec une infinie simplicité force le respect. «Il faut s’adapter au client, afin de ne pas l’intimider. Le travail de sourcing, voire même le côté «geek» du métier, il faut savoir le garder pour soi lorsque nécessaire, et ne pas toujours intellectualiser l’expérience», affirme-t-il.
Passer la publicité«Edmond incarne avec élégance les valeurs de notre maison»
De ses années au Cinq, Edmond Gasser retient d’avoir justement appris à faire passer la sensibilité avant l’étiquette : «Éric Beaumard a cette faculté à rendre l’expérience très humaine. Il peut servir un Petrus 1982 avec beaucoup de simplicité. C’est au George V que j’ai appris que l’on pouvait être pointu tout en restant accessible».
«Edmond fait preuve d’une grande sensibilité et d’une justesse remarquable dans son approche. Il sait écouter, comprendre et traduire avec finesse l’esprit de ma cuisine, tout en y apportant sa propre vision», souligne Anne-Sophie Pic. L’autre figure tutélaire ayant marqué sa carrière de jeune sommelier aura été Paz Levinson, qui à l’annonce du prix a salué «la constance de son engagement et la passion qu’il partage chaque jour avec les équipes de Valence». Ce dernier décrit sa mentor comme celle qui «permet à une grande maison basée en province d’être toujours au goût du jour». Une admiration croisée, pour un équilibre qui se ressent chaque jour en salle.
Chez Anne-Sophie Pic, il défend une sommellerie dite «plurielle» : vin, thé, café, eau, boissons sans alcool, chaque liquide servi est pensé avec la même exigence, atteignant parfois des sommets de sophistication. La cave – 2 600 références, 32 000 bouteilles, alignant depuis des décennies de somptueuses verticales des domaines Chave, La Clape, Rayas, Raveneau, Coche-Dury ou encore Jamet – est aujourd’hui un héritage qu’il s’évertue à inscrire dans la durée, se tenant toujours prêt à faire une place aux nouvelles étoiles montantes du vignoble, sans jamais verser dans l’effet de mode. Mais Edmond Gasser tient à un point, auquel il revient sans cesse : «J’ai toujours peur que l’on nous associe exclusivement au sans-alcool, car nous avons été précurseurs en la matière. Or ici, le vin reste le socle. Il est à la base de tout, et l’élaboration des boissons sans alcool découle justement de mes souvenirs de dégustation». Et c’est peut-être là que se joue l’avenir de son métier : non pas dans l’abandon du vin, mais dans son prolongement. Le prix décerné lundi soir à Monaco n’est ainsi pas venu récompenser un coup d’éclat, mais reconnaître la constance d’un homme qui incarne à la perfection ce que devrait être la sommellerie moderne.
