Sculpture en bronze, porcelaine... Quand les bouteilles de spiritueux deviennent des œuvres d’art
The Dalmore, Rémy Martin ou Hine ont récemment confié à des artistes la tâche de créer des œuvres racontant leurs univers. Ces deux mondes sont-ils faits pour s’entendre ?
Passer la publicité Passer la publicitéPour lancer la troisième édition de sa cuvée Luminary, The Dalmore a choisi la Biennale d’architecture à Venise, un choix iconoclaste mais révélateur des interactions de plus en plus fréquentes entre le monde des arts et l’industrie des spiritueux. Limité à 20.000 exemplaires, ce single malt de 17 ans d’âge, vieilli dans une savante combinaison de fûts (bourbon, calvados, sherry, vins rouges de Bordeaux et châteauneuf-du-pape), bénéficie également d’un emballage pensé par l’architecte britannique Ben Dobbin de l’agence Foster + Partners dirigée par Norman Foster.
Ben Dobbin s’est souvent rendu dans la distillerie écossaise pour échanger avec les maîtres distillateurs, Richard Paterson et Gregg Glass. «Ils abordent leur métier comme un processus créatif en pensant à leurs saveurs comme les designers pensent à la forme. Autre convergence avec le monde de l’architecture, nous concevons pour l’avenir, ce que vous dessinez aujourd’hui ne se concrétise pas avant une ou plusieurs décennies. C’est pareil pour le whisky», analyse l’architecte. En sus de l’édition limitée, la distillerie écossaise lui a également confié la création d’une sculpture en bronze destinée à accueillir une rarissime cuvée de The Dalmore âgée de 52 ans… Produite à deux exemplaires seulement, l’une a rejoint le V & A de Dundee, le musée du design écossais ; l’autre, estimée à plus de 100.000 livres est vendue aux enchères à Hongkong par Sotheby’s… Les fonds sont intégralement reversés à l’institution muséale de Dundee qui a déjà reçu plus de 200.000 livres avec les ventes des deux précédentes éditions.
Passer la publicitéUn registre plus intime
Autre ambiance à l’Institute of Contemporary Arts de Londres où Jean-Philippe Hecquet, PDG de la maison Rémy Martin (il a récemment quitté ses fonctions) et Anish Kapoor reçoivent. L’artiste dévoile l’œuvre conçue pour redessiner la carafe du XO de la marque au centaure. Kapoor confie que le cognac ne lui est pas étranger, confessant en déguster de temps à autre ; il confie aussi, sur un registre plus intime, avoir découvert ce flacon grâce à son père alors qu’il était encore enfant en son Inde natale. Plus tard, le plasticien, devenu une star internationale, s’interrogera sur les effets de la lumière sur le cognac. Une réflexion qui aboutira à la création d’un miroir concave qui change en fonction de l’éclairage comme la robe d’un cognac. Un partenariat entre un artiste et une marque a du sens, sinon rien.
Une démarche bien comprise par Hine. Manon Briquet de Valon, passée entre autres par Hermès, est devenue leur artiste maison. À charge pour elle de créer un univers contemporain mais cohérent avec l’histoire d’un producteur de cognac depuis 260 ans. La marque lance cette année une collection de millésimes. Le 1975 ouvre le bal avec un flacon trois faces en porcelaine (une performance en cette matière), signé par la maison Bernardaud de Limoges. Le tout illustré par des éléments culturels marquants de ce millésime : l’esthétique futuriste de l’Amérique du Nord, le minimalisme architectural en plein essor en Asie ou les expérimentations audacieuses en Europe. Quand l’art de la méditation rejoint celui de la dégustation.
