«La filière n’est pas solide» : pourquoi le système de consigne des bouteilles tarde à investir le monde du vin
Pour la filière viticole française, la culture de la consigne reste assez émergente. Pourtant, des entreprises proposent des services de réemploi des bouteilles à certains domaines afin de répondre aux enjeux économiques et écologiques de demain.
Passer la publicité Passer la publicitéChez nos voisins d’Outre-Rhin, le «Pfand» (la consigne en allemand) est ancré dans les mœurs depuis une vingtaine d’années. Dans les supermarchés, les consommateurs ramènent leurs bouteilles vides contre un avoir ou quelques centimes. Le vin faisait exception et continuait d’être commercialisé en bouteilles jetables, mais désormais des contenants consignés sont apparus en grande distribution en Allemagne.
Au-delà de son ancrage culturel, la consigne présente aussi des bénéfices environnementaux majeurs. Pour rappel, la production d’une bouteille recyclée nécessite de faire chauffer le verre à 1500 degrés, alors que pour réutiliser une bouteille en verre, il suffit de la laver à haute température à 80 degrés. De plus, une bouteille lavée et remplie 15 à 20 fois avant d’être recyclée se traduit par 90 % de moins d’émissions de CO₂ qu’une bouteille jetée après chaque usage, selon le rapport de l’ADEME en 2023. Rappelons enfin que le conditionnement du vin, que ce soit le packaging ou son conditionnement, représente jusqu’à 50% de l’empreinte carbone d’un domaine viticole.
Passer la publicité«Aller plus loin dans une démarche environnementale»
En France, le réemploi des bouteilles repose sur des entreprises spécialisées. Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : la collecte, le transport, le nettoyage, ou encore le réétiquetage des flacons vides. Au domaine Gayrard, en appellation Gaillac, Pierre Fabre collabore depuis 2022 avec Consign Up, une coopérative qui propose un service de collecte et de lavage des bouteilles en verre. Leurs actions s’inscrivent dans une volonté d’agir pour la transition écologique afin de réduire les déchets en impulsant le retour de la consigne. «L’idée, c’était d’aller plus loin dans une démarche environnementale qui, en plus, peut permettre d’accéder à des bouteilles qui sont moins chères que celles du marché. 100 % de mes vins tranquilles sont faits avec des bouteilles consignables», explique le vigneron.
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Il y a actuellement une soixantaine d’entreprises de lavage implantées dans l’Hexagone. L’émergence d’une véritable filière du réemploi se fait attendre pour de nombreux vignerons. «Pour que toutes nos filières de lavage locales soient rentables et saines et durent dans le temps, on a besoin quand même d’avoir un flux minimum», déplore Pierre Fabre. Depuis le mois de mars 2024, le vin a rejoint la liste des produits exemptés des obligations européennes en matière de réemploi. Une difficulté supplémentaire pour le développement de la consigne dans la filière vitivinicole. Sans une dynamique forte, il reste difficile de construire pour le moment un modèle durable, mais les bases sont désormais posées.
