«C’est vraiment une période cruciale qui nous inquiète» : pourquoi cette météo printanière est une menace pour la vigne
S’ils réjouissent le moral des troupes, le soleil et la hausse prématurée des températures sont moins bien reçus par les vignerons, qui craignent que leurs vignes ne se «réveillent» en ce début du mois de mars très printanier.
Passer la publicité Passer la publicitéDepuis quelques jours, la pluie et la grisaille ont laissé place au soleil et à des températures plus douces. Une météo qui, bien qu’appréciable, est particulièrement prématurée pour la saison. «En ce moment, c’est vraiment une période cruciale qui nous inquiète», explique Thomas Pichet, vigneron au domaine du Petit Bondieu, à Bourgueil, où une vingtaine de degrés sont annoncés ce jeudi 5 mars. Dans le cycle de la vigne, la période actuelle correspond à la fin de la «dormance», un repos végétatif crucial pendant lequel la vigne se régénère et le vigneron réalise la taille hivernale en prévision du printemps. Cependant, en ce moment, «la vigne débourre, la sève monte, la végétation se réveille de façon anormalement précoce», ajoute Thomas Pichet. Les vignerons observent un différentiel de température important par rapport à l’année passée, de l’ordre de 5 à 6 degrés d’écart. Alors que dans la Loire, la vigne se réveille avec quasiment un mois d’avance, le constat est le même en Alsace. «Je dirais qu’on a entre 15 jours et 3 semaines d’avance par rapport à ce qu’on a d’habitude», complète Fabienne Hering, du domaine éponyme.
Le risque principal qui pèse sur ce débourrement précoce, ce sont les gelées de printemps. «Une gelée en mars ou début avril, ce n’est pas du tout anormal. Mais si le bourgeonnement commence trop tôt, tout peut être grillé par le gel et c’est vraiment la plus grosse inquiétude», explique Thomas Pichet. «Pour l’instant, si on avait une gelée aujourd’hui, il n’y aurait pas encore de dégâts sur la future récolte. Mais si ce temps-là continue, dans 15 jours, là oui, on commencera à risquer quelque chose». Les vraies gelées du mois de janvier avaient donné l’espoir que la sève soit bien redescendue dans les racines, et que les vignes tolèrent peu de chaleur, pourtant «on voit déjà les bourgeons qui commencent à gonfler».
Passer la publicité«Quitte ou double»
Bien qu’il soit encore un peu tôt pour se prononcer car le chemin est encore long jusqu’aux vendanges, si la vigne survit à ces épisodes de gel, «on sera sur un millésime très précoce, solaire, avec de belles maturités, qui donnera des vins plutôt ronds». Reste à passer l’été, et de potentielles vagues de chaleur qui feraient monter les degrés en alcool. Des conséquences qui varient beaucoup en fonction des cépages et des terroirs.
«Nous, dans le Val de Loire , on est sur du cabernet franc . Sur des terroirs sableux murs, on arrive encore à contrôler un peu les degrés, on reste en dessous de 13, 13,5. Mais sur des sols argilo‑calcaires, les degrés montent plus vite, on se retrouve facilement autour de 14. On n’est pas à 15, mais on s’en approche», s’inquiète Sophie Ory du domaine de la Chopinière du Roy situé à Saint‑Nicolas‑de‑Bourgueil. En effet, les parcelles argilo‑calcaire sont récoltées en dernier car la maturité est plus tardive. Les raisins prennent plus la chaleur et se concentrent donc davantage en sucre, ce qui a pour conséquence des degrés d’alcool plus importants. Un phénomène qui aurait pu, il y a dix ans, poser moins de problèmes qu’aujourd’hui, à l’heure où les tendances de consommation sont aux vins légers à faible teneur en alcool.
