«Une clé d’entrée idéale quand on découvre les vins d’Alsace» : l’histoire d’un cépage discret redevenu désirable
Habitué à faire profil bas, le pinot blanc fait office de figurant parmi les capiteux blancs d’Alsace. Écarté des grands crus, ce cépage très porté sur le crémant opère depuis peu une poussée inattendue qui a de quoi susciter la curiosité.
Passer la publicité Passer la publicitéUn cépage taillé pour la bulle
Sait-on que le pinot blanc, cépage blanc bourguignon présent depuis des siècles en Alsace, est aujourd’hui le plus planté dans la région, avec 26% d’encépagement ? Présent depuis des siècles, ce raisin à petits grains et à l’acidité soutenue était appelé Klevner ou Clevner, comme de l’autre côté de Rhin. À ne pas confondre avec le Klevener de Heiligenstein, issu du Savagnin Rose, ce pinot à la robe pâle produit des vins légers, faciles à boire et harmonieux, qui constituent une base idéale pour l’assemblage des crémants alsaciens – ils fêtent leurs 50 ans cette année. Majoritairement associé aux vins effervescents, que vaut-il en vin tranquille ?
Un héros très discret
S’il passe si inaperçu, c’est que le pinot blanc n’est pas le plus show-off des blancs alsaciens. Par rapport à ces bombes aromatiques de gewurztraminer, muscat et pinot gris, au caractère affirmé des riesling et sylvaner, ce natif de Bourgogne n’est pas né pour jouer la carte de l’exubérance. D’autant que contrairement aux autres blancs alsaciens élevés en mono cépage, le pinot blanc sème la confusion car c’est autant un cépage qu’une étiquette. Un vin étiqueté «Pinot Blanc» est en effet autorisé à contenir de l’auxerrois, voire du pinot gris, à moins qu’il ne soit pas vinifié seul. C’est le moment de chausser ses lunettes !
Passer la publicitéL’union fait la force
Depuis les années 1960, le pinot blanc est en effet indissociable de l’auxerrois, cépage lorrain aromatique qui sort le pinot blanc de sa réserve. Un mariage qui fait le succès du pinot blanc «Vieilles Vignes» du domaine Meyer-Fonné, que le vigneron Félix Meyer considère comme «une cuvée historique au domaine». «Elle fonctionne très bien car ce sont des cépages qui se complètent bien : l’auxerrois apporte des vins plus mûrs et aromatiques, moins vifs, alors que le pinot blanc est plus acide, mais parfois un peu austère dans une année fraîche.»
Un blanc qui met d’accord
Parfois un peu gras sur des sols argileux, il prend des airs de chardonnay ; élevés sur des terroirs granitiques, les pinots blancs se parent plutôt de la vivacité d’un muscadet. Plutôt rares sur les cartes des vins, ces blancs abordables à la souplesse de danseurs de corde séduisent de plus en plus de cavistes, de sommeliers et de domaines. Œnologue à l’Interprofession des vins d’Alsace, Thierry Fritsch est convaincu de l’avenir de ce vin qu’on sert sans réfléchir : «C’est un vin «caméléon» accessible d’une grande polyvalence, une clé d’entrée idéale quand on découvre les vins d’Alsace».
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Passe-partout et plein d’atouts
À la tête de Arnta à Bergheim, Noémie Meyer ne doute pas du potentiel du pinot blanc. C’est même la star d’une de ses cuvées best-seller, un pinot blanc en mono cépage issu du grand cru Gloeckelberg : «C’est un vin sec d’une très belle finesse qui met en valeur la pêche et les coquillages, mais aussi les volailles et le végétal. Et même la flammenkueche !» Aussi œcuménique que lisible, ce blanc qui coche toutes les cases de blancs tendances n’a pas dit son dernier mot.
