À 90 ans, Bernard Magrez va-t-il vraiment passer la main à son fils Philippe Magrez ?
Le tycoon bordelais a annoncé dans le quotidien Sud-Ouest que son fils Philippe lui succédera.
Passer la publicité Passer la publicitéÀ 90 ans, Bernard Magrez désigne par voie de presse, dans un article de César Compadre, du quotidien Sud-Ouest, son successeur. Il s’agit de Philippe Magrez, son fils âgé de 63 ans, avec qui il travaille depuis une quarantaine d’années. Philippe Magrez connaît bien l’entreprise, nul n’en doute. Il a largement fait ses preuves sur la partie commerciale. Ces dernières années, son père lui avait confié le développement de l’Amérique du Nord. Il vient de prendre en charge la Chine. Comme son père, il a une obsession : vendre. Vendre le bon produit, aux bonnes personnes, au bon prix «et associer une histoire à chaque vin, car sans histoire, on ne vend rien» nous rappelait la semaine dernière cet expert du marketing, à l’occasion d’un déjeuner organisé pour mettre en avant le rosé Bleu de mer, le dernier succès de la maison.
Mais le sujet n’est pas celui du choix du successeur, qui, à vrai dire, ne surprend guère. La vraie question est la suivante : Comment Bernard Magrez peut-il se mettre en retrait d’une affaire qu’il dirige depuis environ 70 ans ? L’entreprise Bernard Magrez est indissociable de son créateur. Depuis les débuts avec une petite entreprise de négoce de porto jusqu’à l’acquisition de Château Pape Clément et de trois autres grands crus classés de Bordeaux -Château Fombrauge à Saint-Émilion, Château La Tour Carnet en Haut-Médoc et Clos Haut-Peyraguey à Sauternes-, en passant par la création de marques de spiritueux comme William Pitters, des acquisitions de terroirs dans le monde entier, l’ouverture d’un restaurant avec le chef Joël Robuchon, la création d’une fondation d’art contemporain, la création de pépinières de start-up dédiées au vin, l’entreprise Bernard Magrez ne connaît qu’un seul et unique boss : Bernard Magrez.
Passer la publicité«Mon entreprise, c’est ma vie»
Celui qui fut un disciple de Jean-Baptiste Doumeng, le milliardaire rouge, celui qui a apporté au monde du vin des méthodes de vente que toutes les entreprises du secteur ont fini par adopter, dirige seul son empire. C’est lui-même qui recrute les équipes, pense le design des étiquettes, écrit les argumentaires des commerciaux… C’est encore lui qui reçoit personnellement les invités qui viennent séjourner dans ses domaines. L’homme a démontré qu’il avait du talent dans tous ces domaines. Mais la délégation de compétences n’est pas son point fort.
Comment imaginer que cet homme qui commence chaque journée par une séance de gymnastique soutenue -«car après cela, on peut enfoncer les murs» nous disait-il un jour - pourrait venir au bureau pour regarder les autres œuvrer à sa place ? D’ailleurs nul n’oserait prendre une quelconque décision sans lui demander son avis.
Ce qu’il faut retenir de cette annonce est plutôt un désir de transmission, une façon de faciliter la situation pour ceux qui reprendront, un jour, les rênes de la société. Bernard Magrez a certainement observé les luttes de succession qui agitent d’autres grands groupes du secteur. Des exemples à ne pas suivre. Alors, il a pris les devants «même si ceux qui pensent pouvoir, de leur vivant, décider ce que deviendra leur entreprise quand ils seront morts, se trompent complètement. Sur ce point, nul ne décide de rien» nous confiait-il un jour.
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Quant à Philippe Magrez, sans doute satisfait de l’annonce de son père, il reconnaît, pragmatique, que rien ne devrait vraiment changer dans l’organisation de l’entreprise. Comme d’autres, il a plus d’une fois entendu son père dire «mon entreprise, c’est ma vie».
