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«Une démarche commune vertueuse» : la Polynésie française travaille à la reconnaissance de son rhum par une appellation

Le rhum polynésien, en passe de bénéficier d’une IG ? SDP

La Polynésie française produit déjà des rhums de très grande qualité, mais la collectivité d’outre-mer a engagé une longue procédure pour faire reconnaître son savoir-faire à travers une indication géographique protégée.

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Et si la Polynésie française bénéficiait enfin d’une indication géographique pour son rhum ? C’est en tout cas le souhait des distilleries de l’archipel (Pari Pari, Tamure, Mana’O et Manutea) qui produisent du «rhum pur jus de canne». C’est-à-dire issu de la fermentation puis de la distillation du jus de canne à sucre, à la différence du rhum de mélasse qui représente 90 % des volumes de rhum produits sur la planète, mais comme le rhum agricole… Si ce n’est que les rhums de Polynésie ne peuvent se prévaloir de cette appellation qui est pour le moment réservée aux rhums des DROM. Pour rappel, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion bénéficient déjà d’une IG (rhums agricoles et traditionnels de sucrerie/mélasse), et la Martinique d’une AOC (rhum agricole) pour leurs rhums.

La Polynésie française couvre un immense territoire essentiellement marin de 5 millions de km². Les terres sont regroupées en cinq archipels et 118 îles, dont 76 sont habitées. Pour le moment donc, quatre distilleries produisent du rhum pur jus de canne. À commencer par Tamure, la pionnière. C’est en effet son propriétaire David Moux qui le premier, dans les années 1980, a relancé cette activité qui avait déjà vécu entre 1850 et 1880. «Mais ce n’est qu’à partir de 2015 que le rhum polynésien a réellement pris son essor avec la création de Mana’o sous notre impulsion, tout premier rhum pur jus 100 % certifié bio, puis Pari Pari sous l’impulsion de Laurent Masseron. Dans la foulée Manutea à produit son premier pur jus de canne sous l’impulsion d’Etienne Houot et Jean Michel Monot, et les Moux qui se sont remis à faire du rhum pur jus avec la nouvelle génération représentée par les fils de David Moux, Rony et Youk», raconte Marotea Vitrac, directeur d’exploitation de Mana’o et président du syndicat de défense de l’indication géographique du rhum agricole de Polynésie française.

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Un cahier des charges très qualitatif

Les quatre distilleries disposent de cannes à sucre plantées (en propre ou via des planteurs) sur Tahiti, Tahaa ou Rangiroa, Moorea, et pas n’importe lesquelles. «La canne à sucre est arrivée ici en provenance de la Nouvelle-Guinée voisine (qui est son berceau) avec les premiers Polynésiens autour de l’an 1000. En ce sens, nous sommes les seuls au monde à faire du rhum avec les cannes de nos ancêtres, les cannes nobles O’Tahiti Saccharum offcininarum. C’est pourquoi je parle plutôt de “cannes à rhum” que de cannes à sucre», précise Maroea Vitrac. En effet, les autres cannes à sucre communément utilisées sur la planète sont des hybrides beaucoup plus récents qui ont été développés pour produire en priorité du sucre.

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Le cahier des charges de l’IG tel qu’il est porté par le syndicat de défense a donc comme principale particularité de confier la production du rhum à une dizaine de variétés de canne à sucre O’Tahiti Saccharum offcininarum, toutes autochtones : sept variétés nobles, trois modernes et une variété sauvage sans jus ou presque. Le broyage de la canne doit se faire en une seule fois, sans adjonction d’eau, ce qui est très rare dans le monde du rhum, «ce qui nous contraint à des fermentations plus longues, difficiles à piloter, mais avec une aromatique plus complexe et des rhums typés “eau-de-vie” à la clé», décrypte Marotea Vitrac. Le texte ne contient pas de restriction sur les levures. Côté distillation, les alambics et les colonnes sont autorisés et le rhum doit sortir à 90 % maximum. Après la distillation, le temps de brassage minimum est fixé à trois mois, aucun additif n’est autorisé, ni sucre, ni caramel pour la coloration. Toutes les étapes du processus doivent être réalisées en Polynésie, sauf l’embouteillage qui peut être fait ailleurs.

Encore des étapes à franchir

Un cahier des charges plutôt restrictif et qualitatif donc, mais qui a encore quelques étapes à franchir avant d’être officiellement reconnu. La filière rhum pur jus de canne polynésienne a créé son Organisme de Gestion (ODG) il y a 6 ans et écrit son cahier des charges avec l’aide d’un bureau d’étude spécialisé dans les signes de qualité. Du fait du statut à part de la Polynésie française, c’est la direction de l’agriculture du territoire qui bénéficie d’une délégation de compétence pour délivrer la reconnaissance de l’IG au travers d’une loi de pays. «C’est donc notre référent et nous travaillons en très bonne entente avec eux. Ils ont conscience des enjeux et soutiennent la filière. Ils ont validé notre Organisme de Contrôle (ODC) qui est Certipaq et le plan de contrôle correspondant au cahier des charges a été déposé pour enquête publique», explique Marotea Vitrac.

Il reste encore cependant à l’IG d’être reconnue localement par un arrêté pris en conseil des ministres. Ce n’est qu’ensuite que le dossier pourra être présenté à Bruxelles, pour la faire inscrire dans le code des boissons spiritueuses et ainsi bénéficier d’une reconnaissance internationale. Ce qui risque de prendre encore quelques années. Mais l’attente vaut le coup. «Une démarche commune vertueuse, une qualité irréprochable garantie pour le consommateur et la protection de notre savoir et savoir-faire, voilà ce qu’on attend de cette reconnaissance, lance Marotea Vitrac. Aucun petit malin ailleurs en Océanie, où les coûts de production sont plus faibles, ne pourra “sortir” un rhum de Tahiti et, surtout, personne ne pourra faire du rhum de Tahiti de mauvais goût (ce qui serait pire que tout !), car il ne passerait pas la commission organoleptique, composée d’un jury d’experts, indépendants pour certains et institutionnels pour d’autres.»

En attendant, vous pouvez tremper les lèvres les yeux fermés (mais avec modération) dans les rhums made in Polynésie française, car ils sont déjà produits selon les règles du cahier des charges et sont d’une qualité incroyable, surtout les rhums blancs qui sont de magnifiques eaux-de-vie. Ils sont cependant un peu plus chers que leurs homologues des DROM. En effet, la distance qui sépare la Polynésie française de l’Hexagone est encore plus grande, les écueils pour produire le rhum encore plus nombreux, et ils ne bénéficient pas de contingents (volumes de rhums que les DROM peuvent vendre en étant moins taxés).

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1 commentaire
  • Macareux

    le

    Excellente initiative pour un très bon rhum.

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