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⇱ Whisky, rhum... Et si la Corse était (aussi) une île de spiritueux ?


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Whisky, rhum... Et si la Corse était (aussi) une île de spiritueux ?

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Paysage avec le village de Speloncato en Corse. Balate Dorin / stock.adobe.com

De la liqueur de myrte ancestrale au rhum de pur jus de canne cultivé sur l’île, en passant par le seul whisky insulaire de France, la Corse vit depuis quelques années un véritable réveil de sa culture de la distillation. Portrait d’une île qui a toujours su tirer l’alcool de son maquis, et qui réinvente aujourd’hui l’art du spiritueux de terroir.

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Avant d’être une curiosité pour amateurs de single malts ou de gins botaniques, la distillation en Corse est une pratique populaire, domestique, enracinée dans le quotidien des familles insulaires depuis des siècles. Comme dans toute la Méditerranée, les paysans corses fabriquaient leurs propres eaux-de-vie à partir de ce que leur offrait le maquis et les vergers : baies de myrte ramassées à la main en décembre, châtaignes en automne, prunes en été, raisins en septembre. Les baies de myrte, indigènes dans tout le maquis corse, sont appréciées depuis des millénaires, avec un goût puissant qui s’apparente à celui du genièvre, mais avec une typicité insulaire leur conférant une place de choix dans la gastronomie locale.

L’acquavita, l’eau-de-vie de raisin, se dégustait en digestif. Le myrte, avec ses arômes puissants et ses vertus médicinales, avait rapidement trouvé sa place dans les festivités locales, symbolisant l’hospitalité et la convivialité insulaire. Cette tradition artisanale populaire a longtemps été le seul visage de la distillation corse, et elle reste d’ailleurs vivace. Mais c’est au XIXe siècle que naît la première grande aventure commerciale des spiritueux insulaires, et son héros s’appelle Louis-Napoléon Mattei.

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1872 : Mattei invente le Cap Corse

Né le 12 juin 1849 à Ersa, à l’extrême nord du Cap Corse, Louis-Napoléon Mattei grandit dans une région tournée vers la mer et le commerce maritime. C’est au fil de ses voyages qu’il s’intéresse aux vertus d’une plante des Caraïbes : le quinquina, dont l’écorce contient la quinine. De retour sur son île, il marie cet ingrédient exotique aux produits les plus corses qui soient : une mistelle (vin de liqueur obtenu par mutage avant fermentation alcoolique) de cépages muscat et vermentinu, du cédrat et des plantes locales. Ainsi naît en 1872 le Cap Corse Mattei. D’abord appelé Amaro, il est rebaptisé «Cap Corse» en 1894 en hommage à son berceau nordiste. Le succès est immédiat et planétaire. Les commandes arrivent de Java, Sumatra, Port-Saïd, Djibouti, Dakar ou Tananarive. La marque remporte moult médailles dans les expositions universelles, de Paris à Londres en passant par Bruxelles, et vaut à son créateur la Légion d’honneur. Louis-Napoléon Mattei a même l’intelligence de placer son produit dans les films de Marcel Pagnol, notamment César en 1936 : le premier placement de marque cinématographique d’un spiritueux corse.

Des spiritueux typiquement corses toujours vivaces

Ce succès fait long feu, mais après des décennies difficiles, la marque décline dans les années 1970, jusqu’à ce que David Dary et deux associés rachètent et relancent l’entreprise en 2015. «Nous avons commencé par distribuer les produits Mattei en Corse en 2012, puis avons acheté l’entreprise en 2015», explique-t-il. Ils fusionnent alors Mattei avec le domaine Mavela, intégrant l’expertise en eaux-de-vie et en whisky de cette dernière. Désormais, outre le Cap Corse historique, qui représente encore «60 % des ventes en volume» selon David Dary, la maison produit les gins L’Immortel, Dry Gin et Clémentine Gin, ainsi qu’une gamme de whiskies P&M : notamment le Tourbé, le Red Oak vieilli plus de sept ans en fûts de vins rouges corses, ou le Single Corn Bio élaboré à partir de maïs local. «Nous essayons de sourcer nos matières premières locales en collaboration avec de jeunes agriculteurs corses, avec un objectif d’autonomie à terme», précise David Dary.

La liqueur de myrte est sans doute la plus emblématique des eaux-de-vie corses. Déclinée en rouge (baies pigmentées, récoltées en décembre) et en blanc (feuilles et jeunes bourgeons), elle s’obtient par macération longue dans une eau-de-vie de raisin suivie d’une distillation à l’alambic en cuivre. Elle fait partie de la tradition populaire de la Corse et de la Sardaigne. Elle peut se boire glacée en digestif, c’est un rituel insulaire immuable. Le cédrat, ce citron géant et bosselé cultivé depuis l’Antiquité sur les terrasses du Cap Corse, donne une liqueur et une eau-de-vie d’une grande fraîcheur aromatique. La châtaigne, pilier de l’alimentation corse pendant des siècles, produit une liqueur douce et ronde. Le Cap Corse Mattei constitue une catégorie à part entière : ce quinquina à base de mistelle corse n’a aucun équivalent en France. Sa recette, inchangée depuis 1872, associe deux cépages corses endémiques, du cédrat et des macérations d’écorces de quinquina importées. Face à l’essor des cocktails, la maison a développé le Mattei Spritz, ce qui a permis «de doubler les ventes en trois ou quatre ans», précise David Dary. La gamme s’est aussi élargie avec un CAP0 sans alcool, décliné en rouge et en blanc.

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Une filière qui s’invente

Le domaine de Padulone (Aléria) est la divine surprise de ces dernières années. Depuis plusieurs générations, cette exploitation familiale perpétue la culture de la vigne et l’élevage, mais elle s’est récemment lancée dans une aventure sans précédent. Grâce à une parcelle située au nord du 40e parallèle, Padulone produit un rhum de pur jus de canne issu de cannes cultivées sur l’île de Beauté. C’est Antoine Lavergne-Vincentelli, cinquième génération de la famille, qui pilote le projet avec sa sœur Andrea. L’aventure a démarré après qu’un chercheur du CIRAD de Montpellier leur a proposé des variétés de canne acclimatées à La Réunion. «Chez nous cela fait quinze ans qu’il ne gèle pas, ce qui permet à nos cannes d’arriver à maturité, explique-t-il. Elles poussent sur un sol miocène composé en surface de sable et de galets sur d’anciennes parcelles de vignes.» Les cannes, coupées manuellement en février-mars, sont pressées dans un broyeur traitant cinq tonnes à l’heure. Le jus fermente une semaine avec des levures sélectionnées pour atteindre 9 à 12 % d’alcool, avant d’être distillé dans un alambic hybride à bain-marie de 150 litres.

Au domaine de Padulone, on a planté des cannes à sucre pour produire du rhum. cl6ly

«Le rhum blanc présente des arômes de fruits exotiques, comme la banane, un herbacé avec la feuille de tomate, et bien sûr la canne fraîche», révèle Antoine Lavergne-Vincentelli. Une partie est élevée en ex-fûts de vins corses, et un vieux rhum de trois ans est en cours de maturation. Pour la petite histoire, Padulone n’a pas créé le premier rhum corse, puisque cet honneur revient à la distillerie U Massicciu (Ghisonaccia), mais qui aux dernières nouvelles était mise sur pause.

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Ce qui frappe dans ce panorama, c’est moins la taille de la filière – elle reste modeste – que son dynamisme. En une décennie, la Corse est passée de quasiment une seule distillerie professionnelle à une douzaine d’acteurs, couvrant des univers radicalement différents : le quinquina historique, le gin botanique de montagne, le rhum de canne insulaire, l’eau-de-vie de maquis. Chacun puise dans les mêmes ressources : ce soleil, ce maquis, ces cépages endémiques, cette eau de source, pour produire quelque chose de singulier. La Corse ne cherche cependant pas à concurrencer le cognac ou les single malts écossais. David Dary le formule clairement par ce mantra : «Rester un marché identitaire et qualitatif, porteur d’une histoire et d’un terroir irremplaçables». Antoine Lavergne-Vincentelli, lui, y voit aussi une réponse au changement climatique : quand la vigne souffre, la canne à sucre pousse. «Ce qui était une simple expérience est devenu peut-être un projet de vie.»

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4 commentaires
  • Alta-Rocca

    le

    Sans compter plus de 100 domaines producteurs de vins..

  • c'est sur.

    le

    Ces gens feraient mieux de recevoir les visiteurs correctement.

  • Antoine Bobo

    le

    Les Corses ne se sont jamais beaucoup intéressés à l'alcool qui ne fait pas partie de leur culture traditionnelle.

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