«Nous la collectons dans des aires d’autoroutes et dans des festivals» : l’urine, nouvelle alternative aux engrais chimiques pour la vigne ?
Une startup girondine propose plusieurs produits innovants à base d’urine pour subvenir aux besoins de la vigne. Six ans après son lancement, des viticulteurs ont adopté cette nouvelle solution.
Passer la publicité Passer la publicitéÀ l’heure où le respect environnemental semble être une question essentielle pour les viticulteurs avec 21% de la surface viticole française certifiée bio en 2024 selon l’Agence Bio, cette startup s’impose avec un projet un peu plus original que le simple fait d’adopter la viticulture biologique : créer des produits pour la vigne à base d’urine. Toopi Organics a vu le jour en 2019 avec pour objectif de répondre à deux enjeux : d’une part la lutte contre la pollution des sols et de l’eau, et d’autre part la préservation de l’eau potable. L’urine s’est étonnamment imposée comme une solution.
Ces entrepreneurs y ont vu un moyen de fabriquer des produits respectueux des sols dédiés à l’agriculture et la viticulture, tout en préservant nos précieuses ressources. «Nous collectons l’urine dans des aires d’autoroutes et dans des festivals. Elle est ensuite hygiénisée grâce à un filtrage très fin. Ensuite on la place dans des bocaux pour cultiver des actifs biologiques comme des bactéries, des levures ou champignons. Ce qui donne un produit activateur de développement et un stimulateur pour la plante», explique Frédéric Favrot, directeur général de Toopi. La startup propose en tout trois produits : un stimulateur de sol qui développe sa vie interne, bénéfique à la vigne, un stimulateur végétal qui s’applique sur la feuille, et permet de mieux appréhender le stress hydrique lié à la pluie ou à la chaleur, et enfin, un activateur racinaire qui stimule la plante au départ de la culture.
Passer la publicitéStimuler les flores bactériennes
Selon Frédéric Favrot, ces produits ne peuvent pas être considérés comme des substituts d’engrais, mais plutôt comme une solution innovante : «Ils stimulent les flores bactériennes présentes dans le sol et contribuent à leur équilibre.» Selon l’expert, cette flore se trouve dégradée par les engrais chimiques et les pesticides traditionnellement utilisés dans la viticulture. Résultat : la plante pousse moins bien et les sols sont appauvris. Les produits à base d’urine créés par Toopi entendent donc régénérer le sol, ce qui permet à terme «d’utiliser moins d’engrais chimiques ou aux minéraux car il devient autosuffisant».
Autre argument et pas des moindres : ces produits semblent être des répulsifs à sangliers plutôt efficaces, alors que la présence de suidés cause de réels dégâts dans les vignes. «Les agriculteurs qui utilisent ce produit n’ont pas de visite de sangliers, car ils reconnaissent l’odeur de l’urine des hommes, et ont l’impression qu’ils sont à proximité», explique Frédéric Favrot. Enfin, les économies d’eau liées à cette initiative sont non négligeables : la collecte d’urine a déjà permis d’économiser 7 millions de litres d’eau potable.
Bien que les vignerons ne représentent que 2 clients sur 10 de Toopi, ces derniers, de plus en plus sensibles au respect de leur terroir, semblent adopter les produits à base d’urine. 20 000 hectares de vigne en France et en Belgique sont déjà traités avec ces derniers selon le directeur général de Toopi. Et de grands domaines dans le Bordelais, notamment, seraient intéressés. «Il y a une vraie accroche et une compréhension chez les viticulteurs. Ça s’imbrique bien avec le contexte actuel qu’ils connaissaient, ils veulent davantage être en HVE, se réinventer, respecter leurs sols…», conclut Frédéric Fravot.
