VOOZH about

URL: https://avis-vin.lefigaro.fr/terroir-viticulture/pesticides-dans-les-vignes-il-faut-accepter-de-valoriser-davantage-le-travail-agricole-si-l-on-veut-reduire-l-usage-de-ces-substances-20251020

⇱ Pesticides dans les vignes : «Il faut accepter de valoriser davantage le travail agricole si l’on veut réduire l’usage de ces substances»


Aller au contenu

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

Passer la publicité Passer la publicité

Pesticides dans les vignes : «Il faut accepter de valoriser davantage le travail agricole si l’on veut réduire l’usage de ces substances»

Fiene Marie Kuijper. DR

ENTRETIEN - Normalienne, interne en neurologie à l’APHP et fille de vigneronne, Fiene Marie Kuijper s’intéresse de près au problème des pesticides dans les vignes.

Passer la publicité Passer la publicité

En juillet dernier, la pétition sur le projet de la loi Duplomb a recueilli plus de deux millions de signataires, un succès sans précédent dans l’histoire parlementaire de la Ve République. L’occasion de remettre en cœur du débat les dégâts des pesticides sur le cerveau de nos agriculteurs. Fiene Marie Kuijper, interne en médecine à Paris et fille de vigneronne, s’intéresse depuis des années à l’impact des produits phytosanitaires sur la santé de nos viticulteurs. Entretien.

Le Figaro Vin-. Vous avez travaillé sur les effets des pesticides aux côtés de la professeure Barbara Demeneix (Muséum d’histoire naturelle), spécialiste reconnue des perturbateurs endocriniens. Comment vous êtes-vous intéressée à ce sujet ?

Passer la publicité

Fiene Marie Kuijper-. J’ai grandi à la campagne, dans un domaine viticole. Mes parents travaillaient d’abord en viticulture conventionnelle, puis ils ont très vite souhaité passer au bio. Elle était profondément marquée par ce qu’elle voyait : les produits qu’on manipulait, les bidons avec des têtes de mort, les symboles de poissons morts… En entrant en médecine, j’ai voulu comprendre, de façon scientifique, ce que ces intuitions signifiaient. C’est ce qui m’a conduite à m’intéresser au lien entre environnement et santé.

Vous avez notamment travaillé sur les effets neurologiques de ces substances. Qu’ont montré vos recherches ?

À l’École normale supérieure, j’ai rejoint le laboratoire de Barbara Demeneix. Nos travaux ont montré que ces produits interfèrent avec les hormones thyroïdiennes, essentielles au bon développement cérébral du fœtus. Concrètement, cela peut affecter le quotient intellectuel, le langage ou certaines fonctions cognitives.

Plusieurs études françaises établissent aussi un lien entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson.

Oui, il existe des travaux très solides sur ce point. En France, les chercheurs Alexis Elbaz et Isabelle Baldi ont joué un rôle majeur. Ils ont suivi, pendant des années, des cohortes d’agriculteurs affiliés à la MSA (la mutualité sociale agricole, qui assure la couverture sociale des travailleurs du secteur de l’agriculture, NDLR) pour mesurer l’effet des expositions chroniques. Leurs résultats ont montré un risque accru de développer la maladie de Parkinson chez les personnes exposées de manière répétée. Ces études ont d’ailleurs contribué à faire reconnaître la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle chez les agriculteurs.

Passer la publicité

Comment la médecine aborde-t-elle aujourd’hui ces questions environnementales ?

Honnêtement, elles sont encore trop peu présentes dans la formation médicale. Nous apprenons à diagnostiquer et à soigner, mais la prévention environnementale reste marginale. Pourtant, comprendre comment des substances chimiques altèrent le système nerveux, parfois sur plusieurs générations, devrait être une priorité de santé publique. Les choses évoluent doucement : on commence à introduire ces notions dans les programmes. Mais il y a encore un grand retard entre les connaissances scientifiques disponibles et la manière dont la médecine s’en empare.

Vous avez une double culture (française et hollandaise) et une certaine ouverture sur le monde. Comment expliquez-vous qu’en France, pays où la vigne est omniprésente, il ait fallu autant de temps pour admettre l’impact sanitaire des pesticides ?

Je pense qu’il y a plusieurs raisons. L’une d’elles est évidemment la pression des lobbies agrochimiques. Cela fait près de vingt ans que nous disposons de données scientifiques solides sur la toxicité de certains produits, mais les interdictions se font au compte-goutte. Lorsque je travaillais dans le laboratoire de la professeure Barbara Demeneix, elle se rendait très régulièrement à Bruxelles pour présenter les résultats de ses recherches sur les effets des pesticides sur le cerveau. Ces preuves existaient, mais elles s’empilaient sur des bureaux sans jamais déboucher sur des décisions concrètes.

À lire aussi «La filière viticole est celle qui a le plus évolué depuis une dizaine d’années» : le sujet des pesticides dans les vignes refait surface

Les lobbies ne sont donc pas les seuls responsables ?

Passer la publicité

Non, je crois que la responsabilité est collective. En tant que citoyens, nous réclamons des produits moins toxiques, mais nous ne sommes pas toujours prêts à en payer le prix. Dans le secteur viticole, par exemple, beaucoup de producteurs aimeraient se tourner vers des pratiques plus saines, mais les contraintes économiques et les attentes du marché rendent la transition difficile. Il faut accepter de valoriser davantage le travail agricole si l’on veut réduire l’usage de ces substances.

Concrètement, que sait-on aujourd’hui de l’effet des pesticides sur le cerveau ?

Sur le plan épidémiologique, les données sont très claires : les travailleurs agricoles exposés aux pesticides ont un risque deux à trois fois plus élevé de développer la maladie de Parkinson. Ce risque augmente avec la durée et l’intensité de l’exposition. Ces produits sont directement neurotoxiques : ils franchissent la barrière hémato-encéphalique, qui protège normalement le cerveau, et provoquent des lésions neuronales. Nous savons aussi qu’ils favorisent le stress oxydatif et perturbent la chaîne mitochondriale. Ce mécanisme semble central dans la dégénérescence des neurones observée.

Les effets ne se limitent-ils qu’à Parkinson ?

Non, d’autres pathologies sont suspectées. Des études ont mis en évidence un risque accru de lymphome non hodgkinien chez les personnes exposées. On observe également des altérations cognitives : certaines recherches ont montré une baisse des scores à des tests comme le MOCA, utilisé pour dépister les troubles de la mémoire. On explore aussi des liens possibles avec la maladie d’Alzheimer ou d’autres formes de démence, même si ces résultats restent encore à confirmer.

Les ouvriers agricoles en témoignent parfois directement…

Oui, malheureusement. Beaucoup de travailleurs développent des troubles respiratoires ou neurologiques après des années d’exposition, sans toujours obtenir de reconnaissance médicale ou professionnelle. Ces récits humains illustrent ce que les statistiques démontrent : ces produits altèrent profondément la santé.

Existe-t-il des substances particulièrement incriminées ?

C’est là toute la difficulté. Il faut souvent plus de dix ans de recherche pour prouver la toxicité d’un produit spécifique. Quand les preuves s’accumulent, il est interdit… mais remplacé par un autre composé dont on ne connaît pas encore les effets. Les familles les plus concernées sont les organochlorés, les organophosphorés, le paraquat, ou encore les pyréthrinoïdes. Et un nouveau défi émerge : ce qu’on appelle l’effet cocktail. Un produit peut être dangereux seul, mais son association avec d’autres peut multiplier les effets toxiques de manière exponentielle.

Pesticides dans les vignes : «Il faut accepter de valoriser davantage le travail agricole si l’on veut réduire l’usage de ces substances»

S'ABONNER

Sauvegarder un article

Pour sauvegarder un article vous devez être connecté, vous pourrez ainsi les consulter sur tous vos appareils.

S'abonner
Passer la publicité Passer la publicité
9 commentaires
  • Antoine 74

    le

    En tout cas, cette fille de vigneronne à la tête bien faite et les pesticides n’ont pas altéré ses facultés intellectuelles lorsque sa mère etait enceinte d’elle.

  • On-peut-être-content

    le

    Le consommateur voit le prix. C'est normal, non ? Je crois que l'équation est simple : plus c'est cher pour le consommateur moins il achète. Augmenter les prix, pourquoi pas. Mais au lieu d'acheter un carton de 6 bouteilles, ce sera une bouteille. Et elle a intérêt à être très appréciée, parce que si non, il n'y aura pas de nouel achat. En conclusion, l'immigration musulmane boit peu et le vin est une dépense dont on peut se passer. A réfléchir !

  • anonyme 92774

    le

    Elle me plais bien cette petite dame, elle parle des agriculteurs qui sont touchés par les pesticides ce que je peux admettre, alors que les agriculteurs se protègent lorsqu’ils épandent des pesticides, vous ne travaillez pas dans les hauts fourneaux sans des protections contre la chaleur !!!

Passer la publicité
À lire aussi

«Nous avons reçu un courriel officiel du PDG» : comment l’interdiction de l’alcool est en train de bouleverser les liens sociaux et festifs des entreprises

ENQUÊTE - Dîners d’affaires et séminaires à l’eau plate, pots de départ au jus d’ananas, notes de frais scrutées… Au nom de la santé publique et de la prévention des risques, plusieurs grands groupes bannissent progressivement l’alcool de la vie professionnelle. Une évolution qui transforme aussi les sociabilités au travail.

Sur le même thème

Plus de services
Vous avez choisi de refuser les cookies
Et pourtant, la publicité personnalisée est un moyen de soutenir le travail de notre rédaction qui s’engage à vous proposer chaque jour une information de qualité. En acceptant les cookies, vous pourrez accéder aux contenus et fonctionnalités gratuites que propose notre site.

À tout moment, vous pouvez modifier vos choix via le bouton “paramétrer les cookies” en bas de page.

ou Refuser et s'abonner