Poids plume, alliance verre-plastique... Une start-up allemande a-t-elle mis au point la bouteille de vin du futur ?
Une nouvelle bouteille promet d’alléger l’impact environnemental de la filière : dix fois plus légère qu’un flacon classique, elle permettrait de réduire considérablement les émissions de CO2.
Passer la publicité Passer la publicitéCe n’est pas un scoop : le verre pèse lourd. Et il pèse lourd sur la filière vin. Entre la fabrication des bouteilles et leur transport, le poids du verre constitue un facteur important d’émissions de CO2. Selon l’éco-organisme Adelphe, 30 à 40 % de l’empreinte carbone du vin serait imputable à l’emballage. Une donnée que les acteurs de l’industrie surveillent de près. En effet, l’impact environnemental est devenu un levier d’achat majeur : 74 % des consommateurs déclarent qu’il pourrait influencer positivement leur décision, une proportion qui grimpe à 90 % chez les 25-34 ans, selon une étude OpinionWay.
À cette pression du marché s’ajoutent les directives européennes : «Avec le Pacte vert pour l’Europe (stratégie visant à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, NDLR), tout le monde cherche des solutions pour réduire son impact climatique», nous confie Jan Wüntscher, porte-parole de l’entreprise Weinton. Poussée par la volonté de faire bouger les lignes, la start-up allemande fondée par Jörg et Janina Krick a mis au point un contenant ultraléger qui pourrait réduire jusqu’à 49 % les émissions de CO2. Là où une bouteille traditionnelle pèse environ 500 grammes, la leur n’en affiche que 50. Pourtant, le vin est bel et bien conservé dans du verre, assure le groupe.
Passer la publicitéUne technologie hybride encore méconnue
Physiquement, elle ressemble à beaucoup d’autres. Mais en réalité, sa coque est fabriquée à partir de PET recyclé. Une bouteille en plastique ? Pas exactement. Une fine pellicule de dioxyde de silicium – le composant de base du verre – tapisse l’intérieur, explique Jan Wüntscher. Le vin est ainsi protégé de l’oxydation pendant au moins deux ans. Des tests sont actuellement menés par l’université de Geisenheim, dans l’ouest de l’Allemagne, près de Francfort, pour déterminer si cette solution pourrait convenir à des vieillissements plus longs. Pour l’heure, elle est surtout destinée à des vins de consommation rapide. Une fois terminée, la bouteille peut être consignée. Les consommateurs repartent ainsi avec 25 centimes et une conscience allégée : elle sera entièrement recyclée pour suivre un modèle d’économie circulaire sans déchets ni pollution, revendique le groupe.
Pour autant, la solution fait encore débat : un alliage plastique-verre est-il nécessairement meilleur que le verre seul ? «Pas forcément, nuance Pauline Tabourel, responsable éco-conception et réemploi chez Adelphe. Le gain de poids est un élément important, mais seule une analyse de cycle de vie permettra d’évaluer l’impact environnemental global.» Car le choix du plastique n’est pas anodin : même recyclé, il reste polluant, rappelle Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’INRAE. Selon la chercheuse spécialiste des emballages, le raisonnement est un peu biaisé : «Avec une telle bouteille, on réduit en effet l’empreinte carbone, mais on crée une nouvelle empreinte plastique en générant des microplastiques et nanoplastiques.» Et d’ajouter : «À la différence d’une bouteille en verre qui est réutilisable à l’infini, le plastique peut seulement être recyclé une ou deux fois. Et là encore, il y a toujours un danger sanitaire car il devient poreux.» Si cette innovation est porteuse d’espoir, elle ne permet pas encore de crier victoire. Elle ouvre en revanche la voie à d’autres pistes : la bouteille en papier développée par l’entreprise britannique Frugalpac, aujourd’hui dotée d’une poche en plastique à l’intérieur, pourrait peut-être un jour être remplacée par un revêtement de verre similaire. De quoi esquisser l’emballage du vin de demain.
