Supprimer «12.000 à 13.000 hectares» : le cognac se lance dans un vaste plan d'arrachage
Un plan d’arrachage temporaire, mais d’envergure, vient d’être annoncé par l’interprofession du cognac. Cela fait suite à l’augmentation des droits de douane américains et à la surtaxe chinoise.
Passer la publicité Passer la publicitéL'interprofession du cognac, qui voit ses ventes reculer depuis 2021 sur fond de tensions géopolitiques, a annoncé jeudi le lancement d'un vaste plan d'arrachage «temporaire» de son vignoble, destiné à faire remonter les rendements de production. Le dispositif, finançable «en intégralité» par la filière via des prêts bancaires, prévoit une aide de 4.500 euros par hectare arraché, dont 3.000 euros versés la première année et le solde au bout de cinq ans. À cette échéance, le viticulteur aura le droit de replanter en appellation cognac ou pourra bénéficier d'une surprime de 1.500 euros par hectare si l'arrachage devient définitif, a détaillé le Bureau national de l'interprofession (BNIC) lors d'un point presse.
L'objectif est de supprimer «12.000 à 13.000 hectares sur plusieurs années», soit près de 15% des surfaces de l'appellation. L'annonce intervient alors qu'un plan national d'arrachage définitif, cofinancé par l'État, n'a guère séduit dans le vignoble : il doit perdre moins de 600 hectares dans ce cadre d'ici à la fin 2026, bien en deçà des attentes de l'interprofession.
Passer la publicitéLe cognac voit ses ventes, qui se font dans leur quasi-totalité à l'export, baisser depuis cinq ans, avec une chute de 20% en volume au second semestre 2025 par rapport 2024. Elles ont été plombées par une augmentation des droits de douane américains, une surtaxe chinoise sur les eaux-de-vie et la baisse générale de la consommation d'alcool. «La situation ne s'est pas améliorée. Je dirais même qu'elle s'est légèrement aggravée avec ce qui arrive dans le Golfe, avec tous les effets collatéraux qu'il peut y avoir. À moyen terme, on ne voit pas d'éclaircie», a souligné jeudi Florent Morillon, président du BNIC.
La filière réclame une aide de l'UE pour soutenir son plan, en guise de «réparation» des dommages causés par la bataille commerciale qui a opposé Bruxelles et Pékin autour des brandys européens et des véhicules électriques chinois. Le BNIC estime à 500 millions d'euros «le préjudice» lié à ces tensions et va relancer, lors «de discussions officielles la semaine prochaine» à Bruxelles, sa demande d'aide de «30 à 40 millions d'euros», brandie depuis octobre. «S'il ne se passe rien, ça voudra dire que les filières agricoles et viticoles françaises, qui font régulièrement les frais de mesures de rétorsion diplomatiques, peuvent être sacrifiées gratuitement», a tancé Raphaël Delpech, directeur général du BNIC. Selon les douanes, le cognac a représenté en 2024 quelque trois milliards d'euros d'exportations, dont plus de la moitié vers les États-Unis (36%) et en Chine (20%).
