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Manque d’eau, chaleurs extrêmes... Comment les régions méditerranéennes, berceaux de la vigne, s’adaptent au changement climatique

La viticulture régénérative, espoir pour le vignoble méditerranéen ? SDP

Face au changement climatique, les vignobles, notamment méditerranéens, doivent s’adapter. Agroforesterie, nouveaux cépages, gestion de l’eau ou compostage, les expérimentations se multiplient et les solutions se dessinent.

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«Cinq ans de recherche et l’horizon qui s’ouvre», s’est réjoui Jean-Marc Lafage en évoquant la stratégie de R&D menée par ce domaine familial de 50 hectares dans le Roussillon. Car si la viticulture est historique en bord de Méditerranée, elle y est soumise à rude épreuve climatique, notamment déficit hydrique et chaleurs extrêmes, et doit trouver des solutions pour subsister. «Il faut voir le vignoble comme un écosystème, réintroduire la science dans la gestion agricole, mieux comprendre la vigne et le sol et prioriser la durabilité sur le rendement», affirme Jamie Goode, docteur en biologie végétale, spécialiste de la viticulture régénérative. Qui s’articule sur une panoplie d’outils : couverts végétaux entre les rangs, agroforesterie, intégration des animaux, semis et désherbage, compostage, biochar, hydrologie régénératrice ou encore nouveaux cépages.

Chez Lafage, on a opté pour «une approche holistique tenant compte de la biodiversité, du cycle du carbone et de celui de l’eau - un enjeu majeur dans les Pyrénées-Orientales, rappelle Antoine Lespès en charge de la cellule R&D mise en place en 2020. Il faut 100 ans pour construire un sol et deux jours pour le perdre dans la mer à cause de l’érosion.» Résultats : sur les 300 hectares (dont 66 en bio) du domaine Lafage répartis sur des terroirs allant des Aspres au bord de mer, 18 hectares sont certifiés en viticulture régénérative, 38 variétés de cépages sont plantées, dont 2 ha en résistants et 14 en cépages tolérants. Sans oublier 35 hectares de pâtures, 48 nichoirs à mésanges, 98 abris à chauve-souris et 9.5 kilomètres de haies. Les couverts végétaux sont gérés pour optimiser infiltration d’eau quand il pleut et compétition en période de sécheresse.

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Résilience du Roussillon au Var

Le biochar, ce composé carboné qui fonctionne comme une éponge, est expérimenté depuis 2021 «avec une économie d’eau dès la première année, une végétation aussi haute que sur vigne irriguée et des baies nettement plus grosses». Fosses pédologiques, stations météo et un bassin de traitement des effluents avec des vers de terre qui fabriquent du vermicompost complètent l’arsenal mis en place. «La viticulture régénérative permet de limiter ou de retarder le stress, notamment hydrique, de la plante, et en ajustant la date des vendanges, on parvient à cibler le profil aromatique souhaité dans les vins» ajoute Jean-Marc Lafage.

L’influence de l’agriculture régénérative sur la date des vendanges. SDP

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Dans le Roussillon toujours, le château de Rey a mis en place l’hydrologie régénérative, introduit vaches, fossés, haies et cépages oubliés avec plantation selon les courbes de niveau et taille physiologique. En 2023, le château de Nages dans le Gard a été le premier domaine certifié en agriculture régénérative viticole. Pour la 5e génération de cette propriété familiale convertie en bio en 2007, l’objectif est d’assurer la résilience de la vigne et des écosystèmes et de contribuer à la lutte contre le dérèglement climatique en améliorant la structure, la vie et la capacité de rétention d’eau du sol, la séquestration du carbone et la biodiversité.

Le domaine Matteri, dans le Var, veut quant à lui «devenir une référence en matière de viticulture biorégénératrice». «Peu de travail du sol et de labour, coculture pour diminuer la sensibilité aux aléas climatiques et aux ravageurs, création de haies, de zones humides et de fossés pour favoriser l’écoulement et le captage de l’eau, favoriser la vie dans le sol : nous adoptons des pratiques assorties d’indicateurs pour documenter l’impact sur la qualité des vins» souligne Fabrice Lucas, propriétaire.

Un enjeu européen

Pour le Pr. Alain Deloire, spécialiste de la gestion de l’eau dans la vigne, il n’existe pas de vitis vinifera résistante à la chaleur. Mais il y a des outils - fosses pédologiques, étude du système racinaire, notamment les racines fines qui absorbent l’eau, adaptation du porte-greffe, de la taille, de la conduite, de l’effeuillage, irrigation de précision - pour limiter le stress hydrique. Le projet Cultiv’Eau, porté par Lafage et financé par l’ADEME – France 2030, s’intéresse à l’irrigation de conservation pour prévenir les blocages physiologiques et de maturation de la vigne et du raisin.

Avec la volonté d’apporter «une preuve de concept et des réponses pour l’industrie viticole du bassin méditerranéen» souligne-t-on chez Lafage. Au niveau européen, le projet MEDCLIV (Mediterranean Climate Vine & Wine Ecosystem) réunit 6 pays viticoles (France, Italie, Espagne, Portugal, Chypre, Slovénie) pour accélérer la transition viticole face au changement climatique. Avec une plateforme collaborative, VINEAS, pour partager les expériences et dessiner l’avenir pour cette viticulture méditerranéenne en pleine révolution forcée.

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5 commentaires
  • helios mcIntyre

    le

    En Australie ils arrosent. En Argentine aussi.

  • Antoine Bobo

    le

    Il n'a jamais autant plu autour de la Méditerrané depuis l'Optimum Romain" qui s'est terminé il y a environ 16 siècles...

  • singularis sous censure

    le

    le climat est un système chaotique, il a toujours changé.

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