Dans un contexte de crise viticole, Château Angélus envoie un message fort avec un nouveau chai spectaculaire
La propriété de Saint-Émilion vient d’inaugurer un nouveau chai. Alors que Bordeaux traverse une période difficile, Stéphanie de Boüard-Rivoal démontre que tout est encore possible.
Passer la publicité Passer la publicitéCent trente invités arrivés des quatre coins du monde. L’Asie est bien représentée, avec des clients fidèles débarqués directement de Chine, Singapour, Hong Kong. C’est un premier bon signe. Les Américains et les Britanniques sont venus en force aussi. En début de soirée, ce vendredi d’avril, tous sont réunis dans le cloître flambant neuf contigu aux nouvelles installations techniques. La propriété de Saint-Émilion célèbre son nouveau chai, ou plutôt un nouveau chai puisque depuis une quinzaine d’années, c’est le troisième édifice technique dont le domaine s’équipe. Celui-ci, dédié au grand vin, avec ses 22 cuves suspendues à une voûte en béton, est une prouesse architecturale signée Olivier Chadebost pour un chantier homérique supervisé par Sébastien Tixier.
Quand le vignoble traverse une crise profonde, on aimerait penser que cet événement marque le début de l’embellie, le retour de la croissance. Seul l’avenir le dira. Il va sans doute encore falloir attendre un peu. Cependant, avec cette inauguration, Stéphanie de Boüard-Rivoal et son père Hubert de Boüard - qui lui a transmis la direction de la propriété en 2012 - délivrent une série de messages clairs et optimistes.
Passer la publicitéDe 30 à 130 hectares
Le premier est lié à la transmission d’une génération à l’autre des domaines viticoles, un sujet récurrent dans le secteur, et épineux quand il oblige à composer avec plusieurs dizaines de cousins actionnaires et des branches antagonistes. Stéphanie de Boüard-Rivoal s’est particulièrement bien sortie de cette épreuve, en multipliant les rachats de parcelles. Elle apporte la preuve que ce type d’opération, certes fort complexe, coûteuse et risquée, reste possible. Et aujourd’hui, chez Angélus, la fille continue de travailler avec son père, ou le contraire. En tout cas, ces deux très fortes personnalités ont trouvé un modus vivendi.
Deuxième message : face au réchauffement climatique et aux aléas météorologiques de plus en plus violents, il existe des solutions pour continuer à faire de grands crus sans procéder à des changements radicaux. Le remplacement des cépages traditionnels par des variétés plus résistantes, n’est pas une obligation. Car la technique viticole évolue - Hubert de Boüard en est un des plus grands experts -, et elle permet de pallier nombre de problèmes. Cela passe par la taille, la maîtrise de la surface foliaire, et une multitude de petits détails qui finissent par changer la donne. De la même façon, la vinification continue de gagner en précision. Résultat : des vins dont la qualité ne cesse de progresser.
La trajectoire d’Angélus ces dernières années illustre aussi l’indispensable adaptation à la demande. Aujourd’hui, si la propriété continue de réaliser et distribuer le grand vin qui a fait sa renommé, elle produit et vend aussi 300. 000 bouteilles de Tempo d’Angélus. Ce jus est élaboré avec des vignes acquises en 2017 situées à Castillon-la-Bataille, Saint-Magne-de Castillon ou Sainte-Colombe… Notons qu’entre 2012 et aujourd’hui, la propriété est passée de 30 hectares à 130 hectares. Une soixantaine d’hectares sont en appellation Saint-Émilion. Le reste est dédié à Tempo. Angélus dispose ainsi d’une gamme de huit cuvées qui commence par Tempo, un vin accessible à moins de 30 euros et, à l’opposé, de la cuvée Hommage à Elisabeth Bouchet, élaborée sur une parcelle de 0,5 hectare plantée en cabernet franc, soit 2 000 bouteilles par an au tarif de 1500 euros. Il ne reste plus qu’à les vendre. Pour cela, il faut donner de sa personne. Stéphanie de Boüard-Rivoal et son père comptent parmi ces Bordelais omniprésents sur les marchés, enchaînant les dîners et les masterclasses de New York à Kuala Lumpur. C’est ainsi, en 2026, que se remplissent les carnets de commandes.
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Angélus nous dit encore que la diversification n’est pas seulement un concept intellectuel. Le domaine dispose aujourd’hui d’hôtels et de restaurants dont Le Logis de la Cadène (une étoile Michelin) à Saint-Émilion et Le Gabriel (deux étoiles) à Bordeaux. Une diversification qui a entraîné de nombreux recrutements. Avec Stéphanie de Boüard-Rivoal, l’entreprise est passée de 25 à 170 salariés. Un autre signe positif.
