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⇱ Mathilde Thomas et Alice Tourbier : «Il va falloir que nous redonnions le goût des grands crus aux jeunes générations»


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Mathilde Thomas et Alice Tourbier : «Il va falloir que nous redonnions le goût des grands crus aux jeunes générations»

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Mathilde Thomas (cofondatrice de la marque de cosmétiques Caudalie) et Alice Tourbier (cofondatrice de la ligne d’hôtels, Les Sources), les propriétaires de Château Smith Haut Lafitte acquis par leurs parents en 1990. Nicolas Stajic.

Désormais propriétaires de château Smith Haut Lafitte, les deux filles de Florence et Daniel Cathiard évoquent leur attachement au grand cru classé de graves acquis par leurs parents en 1990.

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Ce sont deux sœurs. Pas jumelles pour autant. Ni demoiselles. Ni héroïnes de film. Mathilde Thomas et Alice Tourbier ne jouent ni ne dansent sous la direction du réalisateur Jacques Demy dans Les Demoiselles de Rochefort (1967). Cofondatrice de la marque de cosmétiques Caudalie (1995), gamme de soins aux extraits naturels de pépins de raisin, pour l’aînée. Fondatrice et propriétaire des Sources, Collection des hôtels du vignoble, parmi lesquels Les Sources de Caudalie, premier palace de sa catégorie, pour sa cadette de six ans. Les deux femmes sont des entrepreneuses reconnues. Chacune dans son domaine, et avec leur mari respectif, elles incarnent la réussite à la française. Dans l’univers de la beauté et celui de l’art de vivre, Mathilde Thomas et Alice Tourbier ont durablement innové. Elles ont imprimé leur style, continuent de le faire. Pour célébrer ses 30 ans, Caudalie a inauguré son nouveau siège mondial à Paris dans le Marais. Un ensemble somptueux. En février 2026, la Collection des hôtels du vignoble a ouvert Les Sources de Vougeot sur l’un des terroirs viticoles les plus emblématiques de France.

Depuis le début de l’année, il est un autre terroir, et non des moindres, sur lequel les deux sœurs veillent désormais : les 80 hectares de graves du château Smith Haut Lafitte. Un grand cru classé de Bordeaux acquis par leurs parents, Florence et Daniel Cathiard - décédé en janvier dernier -, en 1990 et qu’ils ont porté au sommet. Dans le monde entier, Château Smith Haut Lafitte personnifie surtout les valeurs et la philosophie de toute une famille alliant l’excellence au respect du vivant. Chez Caudalie, avec les Hôtels du vignoble et, bien sûr, dans leur façon de conduire leurs vignes, les Cathiard sont des pionniers. Agriculture biologiqueœnotourisme, création de marque, visibilité des femmes… Ils foncent. Charismatique, aussi élégante que directe, Florence Cathiard, qui incarne l’image de la propriété, a rejoint le conseil de surveillance et confié à leurs deux filles la double direction de Smith Haut Lafitte en plus de leurs entreprises mutuelles. Dans une brume d’Eau Fraîche des Vignes, produit phare de Caudalie, premières impressions après leur nomination.

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LE FIGARO. - Vous êtes désormais copropriétaires de Château Smith Haut Lafitte et Cathiard Vineyards en Californie. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?

MATHILDE THOMAS. - Concrètement ? C’est un honneur et une suite logique.

ALICE TOURBIER. - J’allais dire exactement la même chose. Une vraie fierté et une continuité. Smith Haut Lafitte est la matrice. Celle qui nous a permis de construire notre développement professionnel.

Vous aviez suivi les évolutions du domaine ?

M. T. - Beaucoup de choses se discutaient autour de la table de la cuisine. Nos parents partageaient leurs chiffres, leurs ambitions. Ils nous invitaient à goûter les vins. Toi, Alice, un peu plus que moi. Tu participais aux dégustations.

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A. T. - C’est vrai, j’étais invitée avec les marchands et les négociants, car j’ai fait mon lycée à Bordeaux, où j’ai habité durant huit ans pour développer les Sources de Caudalie. J’ai beaucoup d’amis dans la restauration, le vin. Je me prêtais au jeu.

M. T. - D’ailleurs, l’option agriculture certifiée bio, c’est toi !

A. T. - Tu es gentille de dire ça alors que Caudalie est à fond écoresponsable. Mais, oui, ils nous ont toujours mis un peu au boulot. Enfin, moi, à chaque fois que je faisais des voyages commerciaux à l’étranger pour les Sources, je leur donnais mon planning. Dans la journée, je rencontrais des agences de voyages. Le soir, ils m’organisaient des dîners pour présenter les vins, rencontrer des clients et des passionnés que j’invitais aussi à venir aux Sources de Caudalie. La synergie entre nos activités existe depuis longtemps, surtout à l’étranger.

La famille Cathiard et leurs enfants à Martillac, en Gironde. De gauche à droite, Mathilde Cathiard-Thomas et son mari, Bertrand Thomas, Florence et Daniel Cathiard (décédé en janvier 2026), Jérôme Tourbier et Alice Cathiard-Tourbier. Collection familliale

Mathilde, vos clientes connaissent l’origine des produits Caudalie ? Sont-elles au courant qu’ils sont issus des pépins de raisin, que l’idée est née à Smith Haut Lafitte ?

M. T. - Depuis trente ans, je le raconte. Et nous mettons des grappes de raisin partout. Mais savent-elles seulement que notre nom vient de Caudalie, qui signifie l’unité de mesure de la longueur d’un vin en bouche ? Je n’en suis pas certaine. L’Américaine qui achète nos produits au drugstore n’en a aucune idée. Mais nos clientes françaises et cultivées, sans doute. Car elles fréquentent aussi les sources de Caudalie, adorent aller au spa et déguster du Smith Haut Lafitte.

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Smith Haut Lafitte va-t-il devenir une marque ombrelle qui regroupera toutes les entreprises familiales ?

M. T. - Certainement pas ! Mais nos expériences dans des domaines différents vont apporter une réelle valeur ajoutée à Smith. Alice a révolutionné le monde du vin et du voyage. Elle a inventé l’œnotourisme. Et moi, j’ai fait plein de choses innovantes en cosmétique. Nous allons poursuivre ce travail de pionniers dans le vin.

On ne va pas se mentir : il y a une vraie crise du négoce à Bordeaux. Bien sûr, nous allons continuer à jouer le jeu de la place pour notre grand vin. Mais, pour les autres gammes, il faut essayer d’être plus créatif.

Alice Tourbier

Concrètement, comment allez-vous vous organiser ? Quelle sera votre contribution à chacune ?

M. T. - Je fais plus de 70 % de mon chiffre d’affaires à l’étranger. Donc, j’ai une très bonne connaissance de l’international et un réseau d’influenceuses. Nous avons également plus de quarante informaticiens chez Caudalie et une structure d’intelligence artificielle. Une force de frappe qui viendra en soutien du directoire, Fabien Teitgen (directeur général), Ludovic Fradin (directeur général adjoint) et Tracey Dobbin. On est là pour eux. Nous sommes aussi les rois de la logistique. Si vous passez commande d’un produit Caudalie, il est chez vous le surlendemain. Il faudrait que je mette mon nez dans les stocks de Smith. Même si la commercialisation du vin est plus compliquée.

Pour réaliser plus de vente directe ?

A. T. - On ne va pas se mentir : il y a une vraie crise du négoce à Bordeaux. Bien sûr, nous allons continuer à jouer le jeu de la place pour notre grand vin. Mais, pour les autres gammes, il faut essayer d’être plus créatif. Notamment envers notre base de clientèle qui fréquente notre boutique sur place. Quant à mon activité au quotidien, l’hôtellerie et la restauration, elle viendra en support.

Vous représentez l’avenir alors que le contexte est compliqué. 

M. T. - Il va falloir que nous redonnions le goût des grands crus aux jeunes générations. Je suis très confiante. Nous avons un réseau de créateurs de contenu dans le monde entier, ils sont très influents, très suivis. Le curseur va se replacer au bon endroit.

A. T. - L’art de la dégustation, sentir et reconnaître les arômes, en parler, tout cela fait partie de notre culture. J’y crois profondément. Avec nos sommeliers, dans les hôtels, les restaurants, nous portons cette parole.

À lire aussi «En 1999, c’était vraiment pionnier» : les dessous du lancement des Sources de Caudalie, le premier palace dans les vignes

Votre culture, justement, vos influences, quelles furent-elles ?

M. T. - Même si Alice et moi avons grandi ensemble à Grenoble, nous n’avons pas eu la même enfance. Nous avons six ans d’écart. Nos parents étaient très inspirants professionnellement mais travaillaient et voyageaient comme des fous. Nous étions un peu livrées à nous-mêmes, toi plus que moi, Alice. Ça nous a soudées. Pour ma part, j’ai vraiment été élevée par mes grands-parents maternels. Des personnalités géniales. Chaque été, nos parents me posaient chez eux dans les Alpes-de-Haute-Provence pour deux mois d’une vie simple dans la nature. Avec mon grand-père, prof de philo, on faisait des grandes marches, il m’expliquait les plantes, on ramassait des framboises, tandis que ma grand-mère, agrégée de lettres, récitait des vers. Ce sont eux qui m’ont rendue équilibrée. Je suis quelqu’un de très stable, très structurée. Je croyais que c’était normal, mais me rends compte que c’est rare.

A. T. - Moi, je les ai moins connus. J’avais 8 ans quand mon grand-père maternel est mort. Je me souviens de ma grand-mère qui adorait L’Homme qui plantait des arbres de Jean Giono. J’ai appris avec elle le goût des bonnes choses. On allait au marché, à la pêche. Mais j’étais plus proche de ma grand-mère paternelle. Elle avait été entrepreneuse, était très opérationnelle. Elle m’a appris beaucoup de son métier. Un apprentissage qui me sert aujourd’hui. La nécessité d’aller à la rencontre des clients, se rendre dans les points de vente, innover. C’est elle qui a monté avec son mari la petite chaîne de supermarché dans le sud-est de la France. Quand mon grand-père est mort prématurément, mon père a dû interrompre sa carrière sportive pour aider sa mère.

Vos parents formaient un couple soudé qui a marqué depuis trente ans le monde du vin après une carrière dans le sport, le commerce et la communication.

M. T. - Un sacré couple et un tandem complémentaire. L’eau et le feu. L’une qui parle beaucoup, l’autre, la force tranquille. Le dynamisme de ma mère est incroyable. Aux débuts de Smith Haut Lafitte, elle avait été comparée à «une Ferrari rouge sur des petites routes de campagne». Elle est très littéraire, ne s’entoure que de beau, allant jusqu’à enterrer les fils électriques à Smith Haut Lafitte pour que tout soit impeccable. Avec elle, jamais rien ne traîne, tout est rangé. C’est une ancienne publicitaire, elle est très forte.

En 2023, votre mère a réussi à faire venir le roi d’Angleterre, Charles III, à Smith Haut Lafitte.

M. T. - Oui ! Toute seule, sans agence, sans rien du tout. Respect éternel. Quant à mon père, c’est le roi de la maïeutique. Il nous a toujours aidées à accoucher de nos propres idées sans être intrusif. Avec mon mari, on s’est lancé dans Caudalie à 23 ans. Il a été parfait. D’ailleurs, c’est lui qui a dit à Bertrand : «Si tu veux garder ta copine, il faut que vous bossiez ensemble.» Pour toi aussi, Alice, c’est à vous deux que les parents ont fait une proposition. Ils étaient persuadés qu’on est plus fort à deux.

A. T. - Certes, il y a un atavisme profond. Ils aiment les duos.


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Raison pour laquelle, ils vous ont poussées ensemble au directoire de Smith Haut Lafitte.

A. T. - Certainement. Mais nous allons former un trio avec Tracey.

Un trio de femmes, donc.

A. T. - Florence est féministe. Elle nous a toujours montré que tout était possible et qu’en travaillant une femme vaut autant qu’un homme. Cela n’a jamais été un sujet.

Mathilde Thomas et Alice Tourbier : «Il va falloir que nous redonnions le goût des grands crus aux jeunes générations»

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18 commentaires
  • opinionlucyves

    le

    Le "luxe" n'est pas pour tout le monde hélas. Ces dames semblent l'ignorer !

  • AZERTY974

    le

    "Il va falloir que nous redonnions le goût des grands crus aux jeunes générations" Et de la brioche, peut-être ?
    Un Chateau Cheval Blanc 2018 coûte à peu près un demi-smic.
    Ça va être compliqué.

  • anonyme

    le

    Baissez les prix.

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