«Chaque petite entreprise américaine a été derrière moi» : cet importateur de vin aux États-Unis qui a tenu tête à Trump sur les droits de douane
Victor Schwartz, importateur basé aux États-Unis, est parvenu à contrer les taxes sur le vin européen instaurées par Donald Trump le 20 février dernier. Retour sur ce bras de fer mémorable, lourd de sens pour le monde du vin.
Passer la publicité Passer la publicitéÉtabli à Manhattan depuis 1987, Victor Schwartz ne s’attendait pas à devenir un symbole d’opposition à celui qui fait trembler la filière vin depuis son retour à la Maison Blanche. Déjà sous pression des nombreuses menaces de taxes sur les droits de douane exercées par le président américain, le business de Victor Schwartz, basé sur l’import de crus venus du monde entier, a pris un véritable coup avec l’annonce de taxes douanières dites «réciproques». Celles-ci avaient été annoncées début avril 2025 et l’Union européenne comptait parmi les cibles, avec un relèvement des droits de douane à hauteur de 20 % sur la quasi-totalité des importations, dont le vin.
«Cela nous a fait perdre certains contrats de vente au verre et d’autres opportunités de ce genre. Mais surtout, nous avons dû réduire considérablement nos stocks pour trouver les fonds nécessaires au paiement des droits de douane. Je dirais que c’est ce qui a été le plus déterminant. Même si les gens boivent moins de vin, les droits de douane ont été en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Chaque fois qu’on avait des conteneurs, c’était entre 9 000 et 15 000 dollars», raconte Victor Schwartz au Figaro. Au micro de BFM en juin dernier, il prenait notamment l’exemple d’un cabernet franc bordelais, le château Roquefort, qui affichait autrefois 22 dollars la bouteille, désormais passé à 35.
Passer la publicitéUne attaque en justice contre Donald Trump
Mais l’homme d’affaires a décidé de ne pas en rester là. Il entre alors en discussion en avril 2025 avec le Liberty Justice Center, un cabinet d’avocats américain à but non lucratif œuvrant pour la défense de l’intérêt public, qui intentait un plus large procès contre les droits de douane imposés par l’administration Trump. «Je voulais leur parler pour leur expliquer ce qui se passait dans le secteur des vins et spiritueux. Et quand je les ai contactés, ils m’ont demandé de me joindre à l’affaire, ce que j’ai fait avec grand plaisir», résume Victor Schwartz. Le 14 avril 2025, le cabinet d’avocats dépose plainte au nom de Vos Selections – la société de l’importateur américain -, mais aussi de quatre autres entreprises de matériel de sport, de musique et d’équipement de travaux. Celle-ci pointe les droits de douane dits «Jour de la libération», «qui dévastent les petites entreprises à travers le pays».
Mais la procédure n’était pas sans risque pour cet auto-entrepreneur en cas de défaite de sa démarche, selon lui. Ce dernier dit également avoir craint le côté «vindicatif» du président des États-Unis. «J’aurais très bien pu perdre toute mon entreprise, et c’est toujours une possibilité», reconnaît-il. «Si je perdais tout, ce n’est pas grave. Je fais ça depuis 40 ans et nous avons accompli quelque chose de vraiment fantastique», estime le sexagénaire.
Victor Schwartz, bien que le seul importateur à avoir pris cette audacieuse initiative, a été largement soutenu par les professionnels de son milieu, et plus encore : importateurs, restaurateurs, chauffeurs de camion et consommateurs se sont unis derrière lui. «Chaque petite entreprise américaine a été derrière moi. J’ai reçu des milliers de messages après notre victoire à la Cour suprême», raconte-t-il.
Car ce combat de David contre Goliath s’est soldé par un succès. Le 20 février dernier, le Liberty Justice Center annonçait sa victoire en Cour Supreme six voix contre trois. Comme l’expliquait le cabinet d’avocats dans un communiqué, la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA) invoquée par le président des États-Unis pour justifier les droits de douane, n’est valable qu’en cas de déclaration de l’état d’urgence nationale «en réponse à une menace inhabituelle et extraordinaire pesant sur la sécurité nationale, la politique étrangère ou l’économie américaine et provenant de l’extérieur des États-Unis». Or, l’excuse brandie d’un déficit commercial de biens «ne constitue ni une situation d’urgence, ni une menace inhabituelle ou extraordinaire».
Des remboursements attendus
La bonne nouvelle pour les importateurs demeure surtout le remboursement de ces droits de douane. Il s’agirait au total de 175 milliards de dollars de taxes, réciproques et punitives illégalement collectées selon Les Échos. Depuis le 20 avril, les douanes ont ouvert un portail permettant aux entreprises qui estiment avoir été victimes des taxes de Trump de demander un remboursement. Ils doivent ensuite être effectifs sous 60 à 90 jours. «Je viens d’entendre qu’on pourrait recevoir quelque chose d’ici la fin mai, ce qui est incroyable», rapporte Victor Schwartz, qui les attend de pied ferme.
Passer la publicitéConcrètement, cela permettra aux importateurs de «payer les fournisseurs, rattraper le retard, récupérer de l’inventaire qu’on n’allait pas prendre l’année dernière, nous permettant de faire du business». Mais cette victoire est avant tout symbolique pour Victor Schwartz : «Si une petite entreprise comme VOS Selections peut le faire, un sénateur d’un État comprenant des petites entreprises qui dit “ne remettez pas ces tarifs”, sera suivi par les législateurs, et les membres du Congrès. En ce qui concerne les grandes entreprises, ça leur a permis de se dire : “oui, peut-être qu’on doit résister”.» «Je pense qu’on a allumé une mèche», conclut-il.
