«Cela entraînerait une confusion pour le consommateur» : pourquoi il est impossible de trouver du vin sans appellation en Champagne
À l’heure où de nombreux viticulteurs souhaitent s’affranchir des appellations en optant pour la dénomination «Vin de France», il semblerait que le sujet soit plus délicat en Champagne, où l’on revendique un statut à part.
Passer la publicité Passer la publicitéPlusieurs domaines viticoles français ont récemment pris le parti de quitter le système des appellations, notamment pour bénéficier de plus de liberté. Y compris parmi les plus notables, comme le très renommé château Lafleur ayant abandonné la prestigieuse appellation Pomerol en août 2025. Si la démarche de ce déclassement volontaire se retrouve dans toutes les régions viticoles, l’appellation Champagne est la seule aire de production à faire exception à ce phénomène. «Notre vignoble est spécialisé sur le champagne et ne veut pas devenir un vignoble mixte dans lequel cohabitent des vins d’AOC avec un cahier des charges strict et des vins de France , qui bénéficient d’une grande liberté de production», martèle Pascal Bobillier-Monnot, directeur adjoint du Syndicat général des vignerons de Champagne.
Concrètement, cela veut dire qu’il est impossible de planter des vignes destinées à la production de l’appellation vin de France, dans l’aire d’appellation Champagne. Pour rappel, il s’agit d’un vin produit sans référence à une indication géographique (VSIG), qui ne se calque pas sur un cahier des charges. À l’inverse, il bénéficie de règles souples aussi bien pour la production que l’élaboration. Par exemple, les vins d’AOC et de Champagne sont limités dans leur production et ne doivent pas dépasser un rendement défini chaque année. Ce qui n’est pas le cas des vins sans indication géographique (VSIG) qui ne sont pas limités, comme l’explique le syndicaliste champenois. «Nous craignons également que ces vins singent les champagnes», ajoute-t-il.
Passer la publicitéUn vignoble en «non-mixité»
En effet, pour les Champenois qui souhaiteraient suivre ce modèle, la question est assez délicate. Pascal Bobillier-Monnot parle d’un vignoble en «non-mixité», où Vin de France et Appellation d’Origine Contrôlée (AOC) ne peuvent pas cohabiter. «Nous ne souhaitons pas voir apparaître d’autres plantations de ce type (les cépages de ces vins ne sont pas encadrés et peuvent différer des cépages établis par le cahier des charges champenois, NDLR). La présence de ces vignes ferait peser des risques pour l’AOC Champagne : risques sur la qualité des produits liés à des comportements frauduleux, comme de la circulation de raisins, risques de dépréciation de l’AOC par proximité géographique avec des Vins de France... C’est aussi une menace pour l’image et la notoriété de la Champagne qui est reconnue comme un terroir exceptionnel avec des pratiques exigeantes et une image haut de gamme reconnue mondialement. Ce qui entraînerait une confusion pour le consommateur et un risque de banalisation de la Champagne», énumère le défenseur de l’appellation.
Pascal Bobillier-Monnot nous fait d’ailleurs remarquer qu’à l’inverse des remontées de terrain partout ailleurs, la tendance s’oriente davantage à vouloir entrer dans l’appellation Champagne qu’à en sortir. Les vignerons en faisant déjà partie semblent quant à eux «très attachés à leur cahier des charges».
L’évolution législative depuis 2016
Jusqu’en 2016, la réglementation européenne encadrait de manière très stricte toute plantation nouvelle, que ce soit en AOC ou en Vin de France. Mais depuis dix ans, une réforme de libéralisation de plantation offre bien plus de souplesse. La filière Champagne y étant totalement opposée, la Commission a donc proposé de réintroduire un dispositif de régulation contraignant. La contrepartie de cette exception champenoise a été l’obligation faite à chaque bassin de production d’accepter un minimum de plantations nouvelles en AOC et en VSIG. «Chaque année depuis 2016, nous n’avons pas d’autres choix que d’accepter la plantation de 0.10 ha de plantations de VSIG», rapporte le co-directeur du Syndicat Général des Vignerons de Champagne.
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Mais dernièrement, le «Paquet vin», projet de réforme européenne du secteur visant à répondre aux difficultés du secteur vitivinicole, a été approuvé par la Commission, le Conseil et le Parlement européen. Parmi les avancées actées, on retrouve notamment la protection de l’appellation champenoise, et la possibilité de ne plus y accorder de plantations nouvelles. Concrètement, cette réglementation autorise la filière Champagne à demander l’absence de plantation nouvelle en AOC ou en Vin de France. Ce qui permet aux vignerons producteurs de champagne de s’opposer à la plantation de vignes non réglementées par l’appellation.
Passer la publicitéSi les quelques vignes plantées depuis 2016 pour la production de vins sans indication géographique ne vont pas pour autant être arrachées, le Syndicat général des vignerons de la Champagne a demandé aux pouvoirs publics un contrôle plus strict des raisins qui y sont produits et des vins qui en sont issus. L’objectif étant d’être certain que ces raisins soient utilisés uniquement pour du Vin de France. «La filière Champagne n’est pas opposée par principe aux vins sans IG et relève qu’il y a des plantations de vignes destinées à la production de vins sans IG en dehors de son aire, modère Pascal Bobillier-Monnot. Elle souhaite en revanche pouvoir décider de toutes les plantations nouvelles sur son aire.»
