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⇱ Château d’Issan, 400 ans d’histoire et un millésime 2022 élu «wine of the year» par un grand critique américain


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Château d’Issan, 400 ans d’histoire et un millésime 2022 élu «wine of the year» par un grand critique américain

Le millésime 2022 du Chateau d’Issan. Benjamin Bouchet

Le millésime 2022 de ce vin à la contemporanéité exemplaire vient d’être élu «wine of the year» au moment même où la propriété célèbre les 400 ans du château.

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Certaines récompenses, plus que d’autres, changent le regard des amateurs sur une propriété, comme la distinction «Wine of the Year» attribuée par le critique James Suckling. L’Américain compte parmi la poignée d’experts de dimension mondiale ayant repris le flambeau de Robert Parker, un autre Yankee qui fit la pluie, le beau temps et la fortune des vignerons durant presque trois décennies. James Suckling et son équipe dégustent chaque année des dizaines de milliers de cuvées, mais un seul vin touche le graal. Pour certains promus, il s’agit d’une sortie inespérée de l’anonymat. Pour d’autres, cela peut signifier un retour au premier plan. C’est sans doute le cas de Château d’Issan.

Jusqu’en décembre 2025, Issan est un troisième cru classé du Médoc, une institution de l’appellation Margaux dont la qualité est appréciée année après année par les spécialistes. À propos du millésime 2022, notre consœur Ella Lister, critique vin au Figaro, évoque dès 2023, lors des dégustations de primeurs, un «bouquet profond et intense, aux accents sombres et empreints de gravitas, où l’iris se mêle aux notes de terre. La bouche est pure, crémeuse, alléchante, avant une finale gourmande qui dévoile de somptueuses nuances de moka» et le gratifie d’un 96/100. Pour le grand public, le 2022 se distingue par des notes de framboise et de cassis, et un équilibre parfait entre lesdits fruits et l’alcool. En dépit d’un titrage alcoolique élevé (14,5 %) , il n’a rien d’un vin écrasant. Le jus reste rond et léger. «Nous sommes obligés de reconnaître que jusqu’à présent le réchauffement climatique profite à notre vignoble, d’abord en termes de maturité», reconnaît Emmanuel Cruse, copropriétaire de Château d’Issan.

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2022, un millésime qui fera date

À la faveur de conditions météorologiques particulièrement favorables, les vins produits en 2022 dans le Médoc comptent sans doute parmi les plus réussis depuis une trentaine d’années. Cette année-là illustre à merveille le slogan «Drink Bordeaux young» (Buvez les bordeaux jeunes), mis en avant par de nombreuses propriétés. Ce qui n’empêchera pas les puristes disposant d’une cave d’attendre une quinzaine d’années avant de dégainer le tire-bouchon.

Fort de ses vins d’exception, Issan navigue en eaux calmes, poussé par une faible bise commerciale, une situation déjà fort enviable dans un contexte économique agité. Le changement va venir des antipodes. À la fin de l’année dernière, James Suckling demande que soient envoyés dans sa maison de Nouvelle-Zélande tous les échantillons possibles des plus grands vignobles du monde. Issan fait partie de cette longue liste, comme bon nombre de ses voisins médocains. «Il nous a demandé de lui expédier deux bouteilles de notre 2022. Nous l’avons fait en ayant très peur que le vin souffre durant le transport», se souvient Emmanuel Cruse. Quelques semaines plus tard, la décision tombe : Issan est élu «Wine of the Year». «Les trois critères principaux du palmarès de Suckling étaient la finesse du vin, une production d’au moins 100 000 bouteilles par an et le rapport qualité-prix de la cuvée», explique Emmanuel Cruse. La petite histoire raconte que James Suckling et ses collaborateurs ont été surpris par l’immense buvabilité d’Issan 2022, découvert lors d’un apéritif après une dégustation. Autrement dit, le vin a été sifflé le temps de le dire. Ce qui est toujours un très bon signe.

Une construction achevée en 1626

Pour la propriété, le prix n’est pas sans conséquence sur les affaires. «Jusqu’à l’annonce, le négoce ne semblait pas s’énerver avec nos vins. Par exemple, pour ce 2022, nous avions mis en avant une offre sélective : 200 exemplaires d’une caisse composée de quatre bouteilles classiques et d’un magnum. Le tout pour 450 euros. Au début, nous avons vu certains négociants faire la grimace. Depuis l’obtention du «Wine of the Year», nous sommes en rupture de stock.»

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Issan ne pouvait rêver mieux pour célébrer ses anniversaires. Ses 400 ans tout d’abord. À la fin du Moyen Âge, la propriété appartient successivement aux Ségur, aux Salignac, aux La Vergne jusqu’à l’arrivée du chevalier d’Essenault (dont la contraction donnera Issan), conseiller au Parlement de Bordeaux, qui fait raser le vieux château pour en édifier un nouveau. «La construction de l’actuel château s’est achevée en 1626», précise Emmanuel Cruse. Les historiens du vin savent cependant que les premières vendanges ont lieu bien avant cette date. On trouve des traces du précieux cru lors du mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantagenêt, le 18 mai 1152, en la cathédrale de Poitiers. Une alliance aux conséquences politiques évidentes et aux incidences œnologiques durables. Ce fut du vin issu du fief de La Mothe-Cantenac, l’ancien nom du château d’Issan au XIIe siècle, qui fut servi pour l’occasion. Le début d’une longue histoire britannique pour le domaine. En 1453, suite à leur défaite à Castillon, les Anglais se retirent pour de bon mais prennent soin, au passage, de piller les caves du château, ce qui est encore perçu sur place comme une preuve de bon goût. Plus tard, des sommeliers de la couronne britannique, tel Henry Powell, sommelier du prince de Galles au début du XVIIIe siècle, s’entichent de ce margaux.

L’autre anniversaire est celui des 80 ans de la famille Cruse à la tête de la propriété. Emmanuel Cruse, premier du nom, acquiert Issan au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Il est l’héritier d’Hans Wilhem Herman Cruse, alias Herman Cruse, un fils de pasteur d’origine germano-danoise débarqué en 1815 de son duché du Holstein pour se lancer dans le commerce du vin, du sucre et des épices. La famille Cruse prospère et s’agrandit. Lors du dernier recensement réalisé en 2015 par David Lawton, expert en transactions de propriétés viticoles, ils sont 1 292 Cruse «vivants».


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Lors de l’achat par la famille, le vieux domaine est à l’abandon. Le vignoble ne compte que trois hectares de vignes plantées sur cinquante-deux. La renaissance de la propriété va s’étaler sur de longues années. Lionel Cruse restructure le vignoble. En 1995, il crée le second vin, baptisé Blason d’Issan. Son fils Emmanuel Cruse reprend le flambeau en 1998 et dote le château d’un nouveau cuvier et d’un chai à barriques à la hauteur de ses crus. L’évolution de la qualité des jus suit le mouvement. Emmanuel Cruse doit aussi repenser la direction de l’entreprise. Chez Cruse & Fils Frères, dix-sept membres de la famille sont associés et tous ne sont pas directement impliqués. En 2013, la famille Lorenzetti, également propriétaire de Château Pédesclaux à PauillacLilian Ladouys et Lafon-Rochet à Saint-Estèphe, va acquérir auprès des membres moins impliqués 50 % des parts de Château d’Issan. Le millésime 2022 est bien le résultat de ces multiples évolutions.

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6 commentaires
  • Rafael Hythlodaeus

    le

    Donc, désormais si un expert désigne un vin comme celui de l'année, c'est une élection ! Jean d'Ormesson, où que tu sois, aide-les !

  • Héraclite d'Ephèse

    le

    Me suis précipité pour en acheter. Les prix oscillaient entre 78 et 420€. Il n’en restait que peu. Hâte de découvrir ce nectar.

  • anonyme

    le

    120€ pour un vin?

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