«Une mémoire liquide» : des bouteilles de Château d’Yquem du XIXe siècle renaissent après être restées cachées pendant des décennies
D’antiques bouteilles du château d’Yquem ont tout récemment été reconditionnées par le très prestigieux domaine de Sauternes. Elles avaient été découvertes sous le plancher d’une chapelle en République tchèque.
Passer la publicité Passer la publicitéCes huit bouteilles de Château d’Yquem reviennent de (très) loin. Rescapées d’une collection de 130 bouteilles découverte sur le site d’un site médiéval à Becov, dans l’ouest de la République tchèque, certaines d’entre elles ont été produites au XIXe siècle, lors des millésimes 1892 et 1896. Rapatriées sur leur lieu de production, les bouteilles ont tout récemment été reconditionnées par les équipes du prestigieux domaine, qui ont procédé à une remise à niveau – suite à l’évaporation progressive – et à un changement du bouchon en liège. «Depuis quelques années, il y a un protocole que l’on a mis en place pour évaluer la qualité du vin et du verre, mais aussi pour dater avec précision les bouteilles. On accepte de les reconditionner uniquement si le processus est positif», explique au Figaro Lorenzo Pasquini, directeur général, qui confie avoir eu «la chance de goûter ce millésime». «C’est magique, on se projette tout de suite sur les conditions de production de l’époque», dit-il.
Les vins de Sauternes sont réputés pour leur potentiel de garde quasi infini, «non seulement grâce au sucre présent dans la bouteille», précise Lorenzo Pasquini, mais aussi «grâce à l’enzyme du botrytis», ce champignon qui contamine les baies de raisins avant la vendange et qui engendre la création de pourriture noble, conférant aux jus à la fois concentration et complexité aromatique. «Le botrytis, en quelque sorte, pré-oxyde un certain nombre de molécules instables, ce qui stabilise le vin car ces mêmes molécules ne pourront plus s’oxyder par la suite», complète l’œnologue italien.
«Des arômes de chocolat, de café»
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Passer la publicitéConfisqué par la Tchécoslovaquie au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le domaine médiéval de Becov, autrefois propriété de la famille aristocratique transnationale et germanophone des Beaufort-Spontin, a hébergé la fameuse collection de vins, oubliée pendant des décennies sous le plancher d’une chapelle. Elle fut finalement identifiée par la police secrète communiste en 1985, mais à l’époque, la présence d’un précieux reliquaire de grande valeur avait réussi à éclipser celle du vin. À tel point que les bouteilles sont restées sur place jusqu’à leur redécouverte il y a dix ans, à l’occasion d’un inventaire. C’est à ce moment précis qu’a débuté l’opération de reconditionnement des flacons. «C’est une mémoire, en fin de compte – une mémoire liquide, certes – mais c’est la mémoire de tous ceux qui nous ont précédés, du travail qui a été accompli», a confié le maître de chai d’Yquem Toni El Khawand, cité par l’AFP, décrivant des vins d’une «grande complexité» comme «typiques d’un château d’Yquem de cet âge : des arômes de chocolat, de café, d’oud».
Reste la question du devenir de ces bouteilles. Les sauternes vont repartir au château de Becov, qui a annoncé vouloir les exposer au public. Pour le reste de la collection, il est prévu de «procéder si possible à une analyse plus approfondie des vins», a indiqué la responsable des collections Katerina Nyvltova à l’AFP. «Et si on peut reconditionner le reste, on ne va pas se priver», a-t-elle ajouté. Aucune vente aux enchères n’a été envisagée pour l’heure, malgré l’estimation à cinq millions de dollars de l’ensemble des bouteilles par l’Institut national du patrimoine tchèque.
