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⇱ Terroirs volcaniques, savoir-faire d’exception et distilleries artisanales... La Guadeloupe, terre de grands rhums agricoles


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Terroirs volcaniques, savoir-faire d’exception et distilleries artisanales... La Guadeloupe, terre de grands rhums agricoles

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L’entrée de la distillerie Bologne William Plummer

REPORTAGE - L’île abrite une production d’exception, encore loin de la reconnaissance qu’elle mérite.

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Il se dit que la Guadeloupe ne s’offre qu’à ceux qui prennent le temps de la contempler. Il y a bien sûr ses plages idylliques, baignées d’une mer azur, sa végétation luxuriante, étirée à perte de vue, et ses reliefs volcaniques qui tutoient les nuages. Mais l’île papillon ne se résume pas qu’à ce décor de carte postale. Elle abrite d’autres trésors, plus confidentiels, qui ne se partagent qu’à bas mot. À commencer par une production de rhum agricole de haute volée, encore injustement à l’ombre des projecteurs.

Sur les vallons de Basse-Terre, face à la silhouette imposante et sombre de la Soufrière, la distillerie Bologne s’inscrit parmi les grandes signatures de l’île. Au cœur de leurs parcelles dressées vers le volcan, une singularité rare : la canne noire. Une variété fragile et presque oubliée, dont les tiges sombres concentrent une intensité aromatique unique. « Elle a été délaissée car ses rendements sont très faibles, mais c’est un vrai bijou », souffle Maëva Flandrina, responsable communication. « Aujourd’hui, elle représente l’ADN des rhums Bologne puisque nous sommes les seuls à l’exploiter en monovariétale », poursuit-elle. L’Old Black Cane en offre une belle illustration : un rhum vieux qui déploie une palette charmeuse de réglisse et d’épices, portée par la douceur d’une canne fraîche. Le tout ponctué d’une finale fumée, comme un écho aux terres volcaniques qui l’ont vu naître.

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Au-delà de cette singularité, la distillerie s’appuie sur un terroir volcanique hors norme. Les 150 hectares de parcelles, situées sur les pentes de la façade ouest de la Guadeloupe - le côté le plus sauvage de l’île - bénéficient d’altitudes et d’expositions variées, qui apportent tension et fraîcheur aux rhums. À cette lecture du terroir s’ajoute un engagement fort sur le plan agricole. Pionnière sur l’île, Bologne a été la première maison à lancer un rhum bio en 2020, au terme d’une conversion entamée dès 2017. Bien plus qu’un argument marketing, cette démarche a profondément transformé les pratiques de la maison. « En matière d’agriculture, on peut et on doit tous faire bien mieux en Guadeloupe », explique-t-elle. Un virage qui a permis d’affiner la compréhension des sols, d’améliorer les rendements et, surtout, de pousser plus loin encore l’expression du terroir dans les rhums.

La Soufrière William Plummer

À lire aussi «Un plateau calcaire naturellement propice» : le rhum de Marie-Galante, un pilier de l’économie locale

Une expérience touristique forte

Mais Bologne n’est qu’une porte d’entrée vers un univers bien plus vaste. Car sur l’île, le rhum agricole occupe une place centrale. « Notre production est une vraie fierté. D’autant plus qu’elle est mise en lumière par une Indication géographique protégée (IGP) », détaille Manuela Nirhou-Berville, responsable culture et patrimoine du comité du tourisme des îles de Guadeloupe (CTIG). Aujourd’hui, l’archipel des Caraïbes compte près d’une quinzaine de distilleries et rhumeries. Un véritable atout pour le territoire, qui ne manque pas de mettre en lumière toute l’histoire autour de ce spiritueux. « Touristiquement, on en fait une force, c’est un levier d’attractivité non négligeable pour nous. Et ça fait évidemment partie de l’expérience pour les touristes », ajoute Manuela Nirhou-Berville. Aujourd’hui, treize distilleries et rhumeries proposent en ce sens des parcours – qu’ils soient gratuits ou payants – pour les curieux.

Et nul doute que l’offre va s’étoffer dans les prochaines années. Le succès de l’œnotourisme en France a poussé les décideurs locaux à intensifier la dynamique en cours. L’idée ? « Institutionnaliser une route des rhums de Guadeloupe » à l’image des grands itinéraires viticoles qu’on peut rencontrer en Bourgogne ou encore en Alsace. « Notre ambition est de pouvoir proposer une vraie expérience immersive, en s’inspirant notamment de ce qu’on peut trouver également à Cognac. On va poursuivre ce travail en accompagnant les distilleries qui aujourd’hui développent de leurs côtés des offres de plus en plus premium », lance Manuela Nirhou-Berville.

La cave de la distillerie Bologne William Plummer

Des approches parcellaires

À Capesterre-Belle-Eau, les touristes sont justement nombreux à se presser dans les différentes distilleries des alentours. Sur ce versant est de la Soufrière tourné vers Pointe-à-Pitre, les champs de canne s’étendent en larges plateaux cherchant la mer. C’est ici que les Longueteau se sont installés à la fin du XIXe siècle, en transformant la petite sucrerie du Marquisat de Sainte-Marie en distillerie. Dès 8 heures du matin, les visiteurs démarrent les premières visites pour découvrir le patrimoine de la distillerie, qu’on considère comme la plus ancienne de l’île. Aujourd’hui, Nicolas Longueteau, épaulé par son père toujours très impliqué, perpétue cet héritage avec une approche rare : celle des rhums parcellaires. « Ça nous permet de retranscrire l’identité de nos terroirs. On voit bien que certaines parcelles ont une typicité bien particulière », explique-t-il.

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La maison a donc lancé une collection parcellaire de rhums blancs qui met en lumière l’alchimie entre un millésime, une variété de canne à sucre et un terroir. « On a aujourd’hui isolé 12 parcelles différentes qui sont soit cultivées avec de la canne rouge, soit de la canne bleue », détaille Nicolas Longueteau. En résultent des rhums fins, sans artifice, et fidèles aux sols qui les voient naître. Dans le prolongement de ce travail, certaines cuvées de la maison cherchent à faire dialoguer les parcelles ou les millésimes. Symphonie, un assemblage de différents distillats millésimés, en incarne pleinement l’esprit. Ce brut de fût, titrant à 51,2°, s’exprime avec retenue sur des notes torréfiées et safranées. Un rhum d’une grande élégance.

La saison de la coupe a débuté William Plummer

En sortant de la distillerie des Longueteau, à seulement une petite dizaine de mètres, se dressent les deux hangars de la rhumerie Karukera. En l’espace de seulement vingt ans, la maison s’est imposée comme l’une des signatures les plus singulières et qualitatives de l’île. À rebours des modèles intégrés, elle a fait le choix de se concentrer sur l’élevage, en sélectionnant des distillats issus de différentes distilleries guadeloupéennes. Toute la magie opère ensuite entre les mains du maître de chai, qui orchestre patiemment la rencontre entre le rhum et le bois. Car ici, le fût n’est pas un simple contenant : c’est un véritable outil de création. Chêne de plaine français, plus souple et discret, chêne de montagne venu du Caucase, au grain plus serré, ou encore fûts roux ayant autrefois contenu du cognac… chaque barrique imprime sa nuance. Ce travail d’orfèvre se lit dans les verres avec des rhums précis, aux élevages lisibles, qui prennent le temps de se dévoiler.

La religion du rhum blanc

Et comment terminer ce périple sans mettre le cap sur Marie-Galante, ce bout de terre bercé par les alizés. À une heure à peine de bateau de la Guadeloupe continentale, l’île semble vivre à son propre rythme, plus lent, entre champs de canne balayés par le vent et silhouettes immobiles de ses anciens moulins. L’île ne compte aujourd’hui que trois distilleries - Bielle, Bellevue et Père Labat - mais dont la renommée dépasse largement ses rivages. Chacune incarne à sa manière une facette du patrimoine de l’île avec, à chaque fois, une production à taille humaine et de caractère.

Ici, le rhum blanc - base sacrée du ti-punch - est une religion. Véritable spécificité de « l’île aux cent moulins », il titre à 59° pour préserver la pureté aromatique du jus de canne. Dans les bars, le rituel se répète à l’envi : un peu de sucre, un citron vert, et ce rhum ardent. Dans ce registre, Bielle s’impose comme une référence absolue avec son « blanc 59° ». Au nez s’échappent ces effluves sucrés de canne fraîche qui émanent des premières presses des distilleries et ce zeste de citron vert qui vient étirer l’ensemble, apportant tension et précision. Mais la maison brille aussi avec ces vieux rhums, à l’image de ce brut de fût millésimé 2018, soutiré en 2025, profond, patiné, où le bois, les épices et une chaleur solaire racontent l’île avec une indicible envie d’y revenir.

Terroirs volcaniques, savoir-faire d’exception et distilleries artisanales... La Guadeloupe, terre de grands rhums agricoles

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1 commentaire
  • Erwan@NTE

    le

    Article très agréable à lire.

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