Comment choisir sa platine vinyle ? Le guide pour ne pas se planter
Vous avez flashé sur un vinyle chez un disquaire, vous avez récupéré la collection de vos parents, ou vous en avez simplement marre d’écouter Spotify en pilote automatique. Bref, vous voulez une platine vinyle. Le problème, c’est qu’il en existe 200 modèles rien que sur Son-Vidéo.com, de 169 à 18 990 euros. On va démêler tout ça.
Avant de sortir la carte bleue
Oubliez les specs pendant cinq minutes. Posez-vous plutôt ces questions : est-ce que vous avez déjà un ampli et des enceintes ? Est-ce que vous êtes du genre à vouloir que ça marche tout de suite, ou est-ce que régler un contrepoids au dixième de gramme fait partie du plaisir ? Et surtout, quel budget vous êtes prêt à mettre dans l’ensemble du système, pas juste la platine ?
Parce que c’est le piège classique du débutant. Vous craquez pour une belle platine à 600 euros, et ensuite vous réalisez qu’il faut aussi un ampli, un préampli phono, des enceintes et des câbles. Le budget double sans prévenir.
Courroie ou entraînement direct : le faux grand débat
Sur internet, vous allez tomber sur des discussions interminables entre partisans de l’entraînement par courroie et défenseurs de l’entraînement direct. La vérité, c’est que les deux fonctionnent très bien.
La courroie, c’est le système le plus répandu. Un élastique relie le moteur au plateau. Cet élastique absorbe les vibrations du moteur avant qu’elles n’arrivent au disque. C’est simple, efficace, et c’est ce que vous trouverez sur la grande majorité des platines entre 150 et 1 000 euros. Seul truc : la courroie se détend avec le temps et il faut la changer tous les deux-trois ans. Ça coûte une dizaine d’euros et ça prend trente secondes.
L’entraînement direct, c’est le moteur directement sous le plateau, sans intermédiaire. C’est ce que Technics a perfectionné depuis les années 70. La vitesse est ultra-stable, le démarrage instantané, et il n’y a rien à remplacer. Les DJ adorent parce qu’ils peuvent manipuler le plateau. Les audiophiles aussi, quand le moteur est suffisamment raffiné. Mais les bonnes platines à entraînement direct commencent plus cher : la Technics SL-1500C est à 990 euros, la SL-1300G à 2 990 euros.
Pour débuter, prenez une courroie. Vous aurez le temps de vous faire un avis.
Automatique ou manuelle : une question de tempérament
Avec une platine automatique, vous appuyez sur un bouton, le bras se pose tout seul sur le disque, et il revient à sa place en fin de face. Pratique, surtout si vous écoutez de la musique en cuisinant ou si vous avez tendance à vous endormir devant un album de jazz à 23h.
Avec une platine manuelle, c’est vous qui faites tout. Vous soulevez le bras, vous le placez au-dessus du sillon, vous abaissez le levier et vous écoutez ce petit craquement avant que le premier morceau démarre. En fin de face, c’est à vous de relever le bras. Si vous oubliez, le diamant tourne dans le sillon de sortie en boucle. Ça ne casse rien, mais ce n’est pas idéal.
Le truc qu’on ne vous dit pas toujours : la quasi-totalité des platines de milieu et haut de gamme sont manuelles. Les Rega, les Pro-Ject, les platines au-dessus de 400 euros. Ce n’est pas un hasard. Moins de mécanismes dans la platine, ça veut dire moins de vibrations parasites et un son potentiellement meilleur. Et puis le rituel fait partie du charme. Si vous trouvez ça contraignant, le vinyle n’est peut-être pas fait pour vous : et c’est OK.
Faut-il un ampli pour une platine vinyle ?
Là, ça se complique un peu, mais restez avec moi.
Le signal qui sort d’une cellule phono est ridiculement faible. Quelques millivolts. Impossible de brancher ça directement sur des enceintes passives. Il faut d’abord passer par un préampli phono (qui amplifie et égalise le signal), puis par un amplificateur (qui alimente les enceintes).
Bonne nouvelle : beaucoup de platines d’entrée de gamme intègrent le préampli phono. L’Argon Audio TT MK2 à 219 euros, par exemple. Vous la branchez directement sur des enceintes actives ou sur n’importe quelle entrée ligne d’un ampli, et ça marche. Pas besoin de boîtier supplémentaire.
Encore mieux si le préampli est débrayable, c’est-à-dire que vous pouvez le désactiver. Au début, vous l’utilisez pour simplifier votre installation. Plus tard, quand vous aurez envie d’aller plus loin, vous le coupez et vous investissez dans un préampli phono séparé de meilleure qualité. Votre platine grandit avec vous.
Si votre ampli a une entrée marquée "Phono", vous avez déjà un préampli intégré à l’ampli. Branchez la platine dessus et c’est réglé. Certains amplis comme l’Onkyo TX-8470 à 549 euros proposent même une entrée phono compatible MM et MC.
Platine vinyle avec ou sans Bluetooth ?
Soyons honnêtes : mettre du Bluetooth sur une platine vinyle, c’est un peu comme acheter une voiture de sport pour rouler à 50 km/h. Ça fonctionne, mais ça passe à côté de l’intérêt.
Le Bluetooth compresse le signal audio. Même en aptX, vous perdez de la qualité par rapport à un câble. Si vous achetez une platine pour retrouver la chaleur et le grain du vinyle, lui coller du Bluetooth annule une partie du bénéfice.
Cela dit, si vous avez déjà une enceinte Bluetooth dans la cuisine et que vous voulez juste écouter vos disques pendant que vous faites la vaisselle, une Audio-Technica AT-LP60XBT à 179 euros fait le job sans prise de tête. Il ne faut juste pas attendre de l’audiophile.
Pour une vraie écoute, restez en filaire. Platine, préampli, ampli et enceintes. Ou platine avec préampli intégré et enceintes actives. C’est le circuit le plus court entre le sillon et vos oreilles.
La cellule : le composant que les débutants sous-estiment
La cellule, c’est le petit truc au bout du bras avec le diamant qui touche le disque. C’est elle qui transforme les vibrations du sillon en signal électrique. Changer la cellule sur une même platine peut transformer le son de manière spectaculaire. C’est souvent le meilleur rapport investissement/amélioration dans un système vinyle.
Les cellules MM (aimant mobile) sont les plus courantes. Le diamant se remplace facilement, le prix est accessible et la compatibilité est universelle. C’est ce qui équipe toutes les platines de moins de 1 000 euros.
Les cellules MC (bobine mobile) sont plus raffinées mais plus exigeantes. Signal de sortie plus faible (il faut un préampli compatible MC), diamant non remplaçable par l’utilisateur, prix plus élevé. En échange, moins de distorsion et une image sonore plus large. Mais c’est clairement un sujet pour plus tard, pas pour une première platine.
Ce qu’il faut retenir : la cellule Audio-Technica AT-3600L livrée avec les platines d’entrée de gamme est honnête, sans plus. Si vous montez sur une Rega Planar 2 avec cellule Nd3 ou une Pro-Ject avec Ortofon 2M Red, vous allez entendre la différence immédiatement. Le diamant elliptique de ces cellules extrait nettement plus de détails que la pointe conique des modèles de base.
Trois systèmes concrets selon votre budget
Autour de 500 euros, prêt à jouer. Le pack Argon Audio TT MK2 + enceintes actives Fenris A5 à 529 euros. Platine avec préampli intégré, enceintes avec ampli intégré, un câble RCA entre les deux et c’est parti. Zéro prise de tête. Le son est très correct pour le prix et le système est évolutif.
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Autour de 1 000-1 500 euros, le premier vrai système hi-fi. Une Rega Planar 2 Noyer avec cellule Nd3 à 629 euros, un ampli avec entrée phono, et une paire d’enceintes bibliothèque ou colonne. À ce budget, vous entrez dans le monde audiophile avec un son qui surpasse largement le streaming, même en Hi-Res.
Au-delà de 2 500 euros, l’installation qui dure une vie. Une Technics SL-1300G à 2 990 euros (ou une Rega Planar 3 RS Edition), un préampli phono séparé, un ampli stéréo de qualité et des enceintes colonne comme les Cabasse MC170 Jersey à 698 euros ou les Elipson Prestige Facet 24F à 1 390 euros. Ce genre de système ne se remplace pas, il se peaufine.
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L’entretien : trois gestes qui changent tout
Le vinyle demande un minimum de soin, mais rien de compliqué.
Passez un coup de brosse antistatique sur le disque avant chaque écoute. Cinq secondes, pas plus. Ça retire la poussière qui sinon s’accumule sur le diamant et dégrade le son. C’est le geste le plus important et le plus négligé.
Rangez vos disques verticalement, serrés comme des livres. Jamais empilés à plat, jamais au soleil, jamais près d’un radiateur. Le vinyle se déforme facilement sous l’effet de la chaleur ou du poids.
Remplacez le diamant quand il est usé. Comptez 500 à 1 000 heures d’écoute selon le type de pointe. Sur une cellule MM, le diamant se change en deux secondes et coûte entre 20 et 150 euros. Un diamant usé abîme vos disques de manière irréversible : c’est le seul vrai danger du vinyle.
Le mot de la fin
Le vinyle, c’est l’exact opposé du streaming. Il faut se lever, choisir un disque, le sortir de sa pochette, le poser, placer le bras, s’asseoir et écouter. Vraiment écouter, pas en fond sonore pendant qu’on scrolle sur son téléphone. C’est contraignant, lent, et c’est exactement pour ça que c’est bien.
Commencez avec ce que votre budget permet. Écoutez. Faites-vous plaisir. Et si le virus prend, vous aurez tout le temps de monter en gamme, un composant à la fois. C’est tout le principe du vinyle : chaque amélioration s’entend, et chaque disque sonne un peu différemment. On ne s’en lasse pas.
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