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Peyo, le cheval qui murmure à l’oreille des malades en soins palliatifs

👁 Découvrez la bande annonce du film «À Demain Sur La Lune», qui met en scène un cheval dans un service de soins palliatifs

LE FIGARO DEMAIN - Dans «À demain sur la lune », le réalisateur Thomas Balmès filme un cheval à la sensibilité exacerbée, qui détecte les malades et les soutient par ses visites, à l’hôpital de Calais. Émotion garantie.

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Et soudain résonne dans les couloirs du centre hospitalier Techer, à Calais, un bruit de sabots équins… Il faut avoir été prévenu qu’un cheval allait passer visiter les malades des soins palliatifs pour ne pas croire à un contresens auditif. À cette première surprise vient s’en ajouter une seconde: l’apparition de Peyo, étalon à la robe alezan, se promenant familièrement dans ces espaces ouatés qu’il semble bien connaître. Crinière hachurée en fines tresses, poils étrillés, sabots récurés, couverture à son nom… Le pur-sang de race barbe est sur son 31. Il doit ces coquetteries à Hassen Bouchakour, son dresseur. Cet homme qui sait trouver le ton juste entre la jovialité et la discrétion qu’exigent les lieux le tient sous sa longe depuis 13 ans.

Instinct très protecteur

«Une fois que Peyo a senti une faiblesse chez un humain, il déploie à son égard un instinct très protecteur explique-t-il. Pour autant, ça n’est pas de l’empathie telle que nous la concevons, insiste-t-il, en récusant toute tendance au romantisme anthropomorphique. Il n’a pas de pitié particulière ni de jugement». Selon Francis Stuck, spécialiste du langage équestre, chaque humain dégage une énergie magnétique que le cheval ressent. Peyo serait donc particulièrement sensible à l’abaissement des vibrations de cette énergie chez les personnes vulnérables. «Par ailleurs, on peut supposer que son sens olfactif très développé lui permet de sentir la maladie», hasarde-t-il.

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Ce sont ces qualités qui ont attiré l’attention du réalisateur Thomas Balmès et des studios Universal. Trois ans de travail ont donné le film À bientôt sur la lune. Le réalisateur y a fait le choix de mettre en avant une mère malade, Amandine, 39 ans, mère de deux enfants et atteinte d’un cancer terminal, à qui on a donné un an à vivre. Cette dernière s’est courageusement prêtée au jeu de ce sobre documentaire. «Elle souhaitait laisser cela à ses enfants», souligne Thomas Balmès.

Le réalisateur a choisi de suivre le parcours d’une mère de deux enfants en fin de vie. Universal Studios

Cette particularité a fait de Peyo un animal prisé par l’hôpital de Calais. Il rentre à petits pas dans les chambres, va voir les malades atteints de cancers sans qu’il faille le guider et reste quelque temps avec eux, en se risquant parfois à leur faire quelques papouilles du bout du museau. «Peyo a même tendance à aller voir les malades les plus avancés en priorité, susurre son propriétaire; je lui laisse choisir les chambres». Depuis maintenant huit ans, lorsqu’il n’est pas en tournée de spectacles, Hassen Bouchakour mène donc «Docteur Peyo», tel qu’il est surnommé dans le service, effectuer des visites. «La première fois que je l’ai vu ici, j’étais d’autant plus perplexe que je ne suis pas très à l’aise avec les chevaux, se rappelle la docteur Cécile Baelen-Techer, cheffe du service. Finalement, ça s’est toujours bien passé. Nous notons une baisse d’anxiété chez les patients qui demandent à le voir. Ils vivent un moment hors de la maladie», ajoute-t-elle.

Ses interventions font baisser l’anxiété

Le personnel soignant s’y est également habitué et trouve que le bruit des sabots dans les couloirs est apaisant. «Il est arrivé que sa présence débloque la parole chez des patients, constate Delphine Lavie, aide-soignante. Il fait baisser leur anxiété. Cela se répercute jusque dans les doses de médicaments que nous administrons». L’aide-soignante se souvient même du cas d’un patient alité de longue date, qui après le passage de Peyo s’était levé une toute dernière fois pour effectuer quelques petits pas de danse. Elle confirme aussi le caractère protecteur du cheval, qui sans brusquerie, lui fait parfois sentir qu’il ne souhaite pas sa présence dans la chambre. «Dans ce cas-là, je me retire et le laisse avec le patient, que je retrouve finalement apaisé et souriant», observe-t-elle.

Peyo a tendance à aller voir les malades les plus avancés en priorité. Je le laisse choisir les chambres

Hassen Bouchakour

De son côté, Hassen Bouchakour échange avec les malades en gardant toujours un œil attentif sur son cheval. C’est au fil de ses spectacles qu’il a peu à peu décelé ses étranges capacités. Alors qu’il menait Peyo auprès du public à la fin des représentations, il remarquait que l’animal s’arrêtait à côté des personnes fragiles. Un jour, il se tournait vers un enfant atteint d’un cancer. Un autre, il venait appuyer sa tête sur le chemisier d’une femme amputée d’une poitrine. Convaincu par un médecin, l’homme de scène a finalement mené son artiste à l’hôpital, en se prêtant lui-même volontiers à l’exercice de la visite. «À l’écurie, Peyo n’est pas du tout le même, confie-t-il néanmoins. Exclusif, il se laisse difficilement caresser et peine à partager le même box d’un autre cheval. Il présente des symptômes que l’on pourrait comparer à de l’autisme».

Hassen Bouchakour a acheté Peyo à un éleveur qui n’en voulait plus. Associable et capricieux, l’équidé était remisé au rang des irrécupérables. Il a fallu près d’un an à Hassen Bouchakour pour comprendre que ce cheval devait être dressé avec des méthodes bien différentes des autres. Le déclic s’est opéré alors qu’il s’apprêtait à son tour à s’en débarrasser. «Il a une hypersensibilité qu’il doit exprimer spontanément», insiste le dresseur, encore surpris de l’intime relation qu’il est parvenu à lier avec ce cheval, aujourd’hui âgé de vingt ans.

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Dans le film À bientôt sur la lune, Peyo tient finalement un rôle plus secondaire et reste une demi-énigme pour le spectateur. Peut-être est-ce une façon de lui laisser cette part de mystère que même son maître peine à percer…

«À bientôt sur la lune» . Documentaire de Thomas Balmès. Durée: 80’. Distribution: Universal Studios. En salles le 4 février. 

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14 commentaires
  • Querdenkrt

    le

    un auteur d'avant guerre (Giono, Gènevoix, à moins qye ce soit Rémy de Gourmont) avait proposé de traduire ce si malgracieument désigné comme " le bruit de sanots équins" par un néologisme nettement plus évocateur (et plus court): le "claquebot". Pas mal, non?

  • anonyme

    le

    Cela fait quelques années que j’ai une photo de Peyo découpée dans un « Ouest France » qui en avait fait un très bel article . Cheval extraordinaire..

  • Le brame du serf

    le

    Cet équidé est l’éléphant dans la pièce. Un lapin nain a les mêmes effets… (l’hygiène en plus…)

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