Surpoids et obésité : l’IMC est-il un bon outil ?
S’il reste un indicateur de référence, l’indice de masse corporelle, obtenu en divisant le poids par la taille au carré, est critiqué. Le point de vue de deux experts français ayant participé à une commission internationale réunie par la revue médicale The Lancet, qui a proposé une nouvelle définition de l’obésité.
Passer la publicité Passer la publicitéOUI : «L’IMC est très facile à calculer, c‘est un instrument de dépistage intéressant pour médecins et public»
Pr Martine Laville, professeur émérite de nutrition, ancienne coordinatrice du Centre intégré de l’obésité des Hospices civils de Lyon.
Je suis en accord avec la redéfinition de l’obésité comme un excès de masse grasse pouvant avoir des effets délétères sur la santé. Néanmoins, l’indice de masse corporelle (IMC) ne peut pas être complètement mis de côté et reste, avec d’autres mesures anthropométriques comme la mesure du tour de taille, le principal outil de diagnostic. Il est vrai qu’il présente des limites : il ne rend pas compte de la répartition du tissu adipeux et, pour une très faible partie de la population, il n’est pas pertinent.
Passer la publicitéMais de très nombreuses études ont montré que globalement, il existe une relation étroite entre l’IMC et les problèmes de santé liés à la surcharge pondérale. Par ailleurs, cet indice est très facile à calculer, ce qui en fait un instrument de dépistage intéressant, adapté à une utilisation par les médecins généralistes comme par le citoyen lambda, pour qui il constitue un marqueur important. Il faut veiller à ce que les personnes en surpoids ne soient pas stigmatisées, mais on ne se passera pas de monter sur la balance !
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Enfin, l’IMC est utilisé depuis des décennies et restera à la base des données épidémiologiques. Pour le suivi de l’épidémie d’obésité, il est essentiel de continuer à évaluer l’évolution du poids en fonction de l’âge, de la situation géographique, ou encore le niveau socio-économique, cette pathologie chronique étant un marqueur majeur des inégalités sociales de santé.
NON : «Les mesures prenant en compte la composition corporelle doivent être une alternative à l’IMC»
Pr François Pattou, chirurgien digestif au CHU de Lille, président de la Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques.
L’IMC a le mérite de la simplicité, mais au niveau individuel, il reste imprécis. Sa première limite est qu’il reflète mal la composition corporelle. La seconde, c’est que l’information sur le poids et la taille ne résume pas l’état de santé. Si on s’en tient à l’IMC, la moitié des joueurs de l’équipe de France de rugby serait considérée en situation d’obésité, alors que leur masse musculaire est très importante, et qu’ils ne présentent pas de risque de santé accru !
Au terme d’une réflexion collective robuste, nous appelons donc à définir l’obésité non plus exclusivement par l’IMC, mais par l’excès de masse grasse, en distinguant obésité préclinique et clinique, lorsque celle-ci est objectivement associée à des problèmes de santé : hypertension artérielle, diabète et maladies associées, retentissements fonctionnels, conséquences sur la santé mentale… L’alternative à l’IMC, c’est d’utiliser des mesures qui rendent compte de la composition corporelle et de la répartition des graisses. Incorporer le tour de taille aux formules est une mesure simple qui prend en considération les risques de santé associés à un excès de graisse viscérale. On peut aussi recourir à l’impédancemétrie, qui objective la composition corporelle en se basant sur la conduction du courant électrique. Cette technologie est réservée aux spécialistes, mais on trouve désormais dans le commerce des balances impédancemètres qui offrent une bonne approximation du taux de masse grasse.
