En 1957, les espoirs du plus grand gisement de gaz naturel d’Europe à Lacq
Par Figaro Archives
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À l’orée des années 1960, le gisement de gaz de Lacq dynamise l’industrie française et transforme l’économie du Béarn.
Passer la publicité Passer la publicitéUn des esprits chagrins et mal informés dont Paris regorge, tenant de sombres propos sur l’avenir économique de la France, m’a dit il y a quelques jours avec assurance : « Le gaz de Lacq n’est qu’une découverte électorale destinée à amuser la Bourse en courant le risque de faire sauter la moitié du Béarn. » Quelques jours d’enquête minutieuse sur place m’ont persuadé du contraire ; le gisement du gaz de Lacq présente une importance si grande qu’il va modifier l’équilibre industriel de la France entière et transformer de fond en comble l’économie d’une province. L’énergie naturelle sauvage, parfois même féroce, que recèle la terre natale du roi Henri est, maintenant, harnachée par les ingénieurs tandis que les géologues et les foreurs poursuivant leurs travaux dans la vaste zone dont la Société nationale des pétroles d’Aquitaine détient la concession voient tous les jours augmenter les possibilités prodigieuses du sous-sol sur lequel ils s’acharnent. (…)
Le gaz de Lacq sort actuellement de terre de six puits, à l’orée desquels il est proprement assommé par un détendeur qui abaisse une première fois sa pression. De là, il arrive à l’usine par une porte de derrière dans un enclos bien protégé, car il est encore vicieux ; des ouvriers en bleu, équipés, comme les hommes-grenouilles du commandant Cousteau, de masques spéciaux et de bouteilles d’oxygène, lui assènent quelques coups de matraque sur le mufle avant de lui permettre de pénétrer dans les alambics énormes qui lui prennent son soufre, sa gazoline, son butane, son éthane pour en faire un honnête travailleur.
Passer la publicitéLa présente usine, construite en quatorze mois grâce au labeur acharné de nombreuses sections de l’industrie française, traite depuis quelques jours 1 million de mètres cubes de gaz par jour. L’an prochain, ce chiffre sera porté à 5 millions qui en seront 10 en 1959 et 20 à la fin de 1962. Les réserves, d’abord timidement évaluées à 15 milliards de mètres cubes, sont maintenant estimées à 150 milliards minimum, après un nombre considérable de forages qui ont permis de déterminer avec précision la richesse de la structure.
Vingt millions de mètres cubes de Lacq correspondent à 4 millions de tonnes de fuel-oil ou encore à 5 % de la consommation totale d’énergie de la France entière ! Et le principal déchet de cette énergie se trouve être un métalloïde fort utile, le soufre, le bon vieux soufre ami des vignerons et des tonneliers, qui est une matière première industrielle de grande valeur (caoutchouc, acide sulfurique, etc.) dont la France, importatrice de toujours, va devenir un des principaux producteurs mondiaux. (…) On comprend que l’agitation soit vive autour de cette prodigieuse richesse nationale et chaque région réclame sa part du gaz.
Par Max Olivier-Lacamp, dans « Le Figaro » du 23 mai 1957
