«Vous êtes bien contents que je produise du pétrole en ce moment» : le patron de TotalEnergies renvoie ses détracteurs à leurs contradictions
Par Jean Kedroff
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Mis en cause sur la responsabilité de TotalEnergies dans le dérèglement climatique, le patron du géant pétrolier plaide pour le réalisme énergétique... et passe au grill l’Europe et la France.
Passer la publicité Passer la publicitéC’est le moment ou jamais de mettre les points sur les i. À un an de la présidentielle, Patrick Pouyanné s’est offert, ce lundi 20 avril, une véritable esquisse de programme économique, à l’occasion d’un échange organisé par BFM Business pour les Dialogues de Rexecode. Interrogé par six étudiants présents pour l’occasion sur la responsabilité de TotalEnergies dans le dérèglement climatique, le patron du géant pétrolier tricolore a renvoyé la jeunesse à ses propres contradictions : «Vous êtes bien contents que je produise du pétrole en ce moment pour vous fournir de l’essence, du diesel et du kérosène qui va manquer dans quelques jours !», a-t-il lancé, alors que le conflit en Iran fait planer une nouvelle menace sur l’approvisionnement.
Car la souveraineté énergétique de l’Europe ne se décrète pas : balayant les pudeurs de gazelles de ses interlocuteurs, Patrick Pouyanné a même estimé que le Vieux Continent devrait prévoir la construction de «centrales à gaz en Europe», sans lesquelles «on (irait) au-devant de graves problèmes». Et pour cause : 80 % de l’énergie mondiale reste aujourd’hui fossile, contre... 83 % lorsqu’il est entré dans le groupe. L’évolution ne se fera donc pas d’un claquement de doigts, fait-il comprendre, ce qui n’empêche pas TotalEnergies d’investir 25 à 30 % des dépenses de l’entreprise dans l’électricité et les renouvelables, rappelle-t-il.
Passer la publicitéCompétitivité et TVA sociale
«L’électrification de nos sociétés est inéluctable», estime en effet Patrick Pouyanné, et TotalEnergies compte bien être de la partie : «On sera dans les dix plus gros électriciens au monde en 2030, et 10 % de l’énergie que l’on produit, ce sont déjà des électrons, ce n’est plus du pétrole et du gaz», a-t-il souligné. La solution à moyen terme, selon lui ? Maintenir un équilibre raisonnable entre énergies fossiles et électricité. Sur ce volet, le chef d’entreprise n’a pas éludé la question stratégique de la solidarité européenne. «En France, on a du nucléaire, en Allemagne, de l’éolien et en Espagne, plein de solaire. La question, c’est : peut-on dépasser nos égoïsmes nationaux pour construire une Union plus forte et plus compétitive ?».
Mais c’est la France et son avenir économique qui préoccupent avant tout Patrick Pouyanné. Appelant à «faire croître le gâteau plutôt que de l’attaquer en disant qu’il est trop gros», il fustige notamment l’idée de combler le déficit en augmentant les prélèvements sur les entreprises. Sa recette : «relancer la politique de l’offre, en baissant les charges et en baissant le crédit d’impôt recherche». Autrement dit, réduire les cotisations sur les salaires et compenser en instaurant une TVA sociale. «On doit faire passer une partie de ces charges sur la consommation», a asséné le chef d’entreprise, qui espère que le débat aura lieu. Une feuille de route qui n’est pas sans rappeler les propositions d’Édouard Philippe, candidat à la présidentielle, mais que le patron d’industrie s’est bien gardé de citer.
