Angleterre : les troubles d’anxiété ne cessent d’augmenter chez les enfants depuis la pandémie de Covid-19
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The Guardian révèle que le système de santé public britannique NHS oriente chaque jour plus de 500 enfants vers des services de santé mentale, soit un toutes les trois minutes.
Passer la publicité Passer la publicité«Une progression dramatique du nombre d'enfants et de jeunes en proie à l'anxiété» au cours des dernières années, d’après la docteure Elaine Lockhart, présidente de la faculté des enfants et des adolescents du Royal College of Psychiatrists. Elle est citée aux côtés d’autres spécialistes de la santé mentale par The Guardian, dans un article publié le 27 août. Le quotidien britannique a récolté plusieurs témoignages de soignants ainsi que du National Health Service (NHS, le système de santé public britannique), qui alertent sur l’augmentation de l’anxiété chez les enfants en Angleterre depuis la pandémie de Covid-19.
Le bilan inquiète : non seulement parce qu’il est lourd, mais surtout parce qu’il a doublé depuis le début de la pandémie. En moyenne, selon les chiffres officiels du NHS transmis au quotidien britannique, 500 enfants sont orientés vers les services de santé mentale du système de santé publique britannique tous les jours. Cela représente un enfant toutes les trois minutes, et 4000 par semaine. Il s'agit du plus haut taux jamais enregistré outre-Manche.
Passer la publicitéCes chiffres montrent qu’au cours de l’année 2023-2024, 204.526 nouveaux patients âgés de 17 ans ou moins ont été orientés vers un service de santé mentale pour cause d'anxiété. À titre de comparaison, en 2019-2020, soit l'année précédant l'arrivée du Covid-19, 98.953 nouveaux patients étaient suivis pour de l’anxiété. En 2016-2017, ils étaient 3879.
«Ils nous laissent bouche bée»
Même pour ceux qui côtoient quotidiennement les patients, les chiffres sont stupéfiants. «Ils nous laissent vraiment bouche bée», a rapporté dans un second article daté du 27 août à The Guardian un médecin qui travaille dans le nord de l’Angleterre dans un service de santé mentale pour enfants. «Bien sûr, nous avons constaté une augmentation de la demande (dans les services), mais voir ces chiffres noir sur blanc… c'est extrêmement choquant». Certains estiment même que ces chiffres sont sous-estimés et ne représentent qu'une «partie émergée de l'iceberg». De nombreux enfants ne chercheraient, selon eux, pas d'aide ou ne seraient pas en mesure de le faire.
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Selon Laura Bunt, directrice générale de l'association caritative YoungMinds qui se consacre à la santé mentale des enfants, cette «augmentation considérable» est «l'un des plus gros problèmes sociaux de notre époque». Elle explique que l'anxiété est la principale préoccupation des parents qui appellent le service d'assistance téléphonique de l’association. Même s’il n’existe pas de données précises concernant les causes de cette anxiété elle est, d’après les professionnels interrogés, multifactorielle.
«Nous savons que pour beaucoup, grandir aujourd'hui est incroyablement difficile», indique Laura Bunt. «Les pressions s'accumulent en raison de la crise du coût de la vie, des guerres dévastatrices, de l'urgence climatique et des logements inabordables. Si l'on ajoute à cela une pression scolaire intense et un avenir incertain, il n'est pas étonnant que les jeunes soient plus nombreux que jamais à avoir des problèmes de santé mentale», conclut-elle.
D’autres facteurs sont également cités, comme l’influence des réseaux sociaux et de la cyberintimidation, les pressions croissantes liées à l'apparence, l'aggravation des inégalités ou encore des expériences personnelles traumatisantes, comme un accident de voiture, un incendie ou encore des conflits familiaux.
Passer la publicitéImpacts du Covid-19
Plusieurs experts estiment que la pandémie a provoqué des «perturbations importantes» dans la vie des enfants et amplifié toutes les autres pressions auxquelles ils étaient déjà confrontés. Plus de quatre ans après la propagation du Covid-19, de nombreux jeunes restent incertains du monde qui les entoure et anxieux au sujet de l’avenir.
Julia Clements, psychologue scolaire pour l’association Place2Be, soutient que les impacts de la pandémie, qu’ils soient médicaux ou liés aux perturbations qu’elle a engendrée, ne devait pas être sous-estimé. «La pandémie et les événements qui ont suivi à travers le monde ces dernières années ont été une période éprouvante pour beaucoup, y compris pour les enfants et les jeunes, de sorte que l'augmentation du nombre de cas d'anxiété signalés aux services de santé mentale n'est pas surprenante».
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«La pandémie a amplifié (les) pressions sur les enfants et les jeunes en perturbant leur routine et en augmentant les sentiments d'isolement et d'incertitude face au monde et à leur avenir» ajoute également Andy Bell, directeur général de l’organisation caritative Centre for Mental Health.
Du mal à gérer la demande croissante
Même si d'importants moyens ont été déployés pour sensibiliser les enfants à la santé mentale, de nombreux professionnels de santé se disent préoccupés. La docteure Elaine Lockhart explique que «les services de santé mentale ont du mal à gérer la demande croissante». Il en résulte que de nombreux enfants anxieux se trouvent sur des listes d'attente «d'une longueur inacceptable» avant de pouvoir être traités. Elle rappelle par ailleurs qu’une prise en charge tardive peut impliquer des dommages supplémentaires, à un moment crucial de la vie des enfants.
Claire Murdoch, directrice nationale de la santé mentale du NHS England, a déclaré que pour faire face à cette demande record, le système de santé public britannique «étend ses services en déployant des centaines d'équipes de santé mentale dans les écoles».
Passer la publicitéLe ministère de la santé et des affaires sociales a par ailleurs déclaré qu'il prévoyait de fournir un soutien spécialisé dans chaque école et centres de santé mentale sans rendez-vous. «Il est inacceptable que trop d'enfants et de jeunes ne reçoivent pas les soins qu'ils méritent, et nous savons que les délais d'attente pour les services sont beaucoup trop longs», a ajouté un porte-parole. «Nous sommes déterminés à changer cela».
